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Stress post-traumatique: d'anciens combattants témoignent à Ottawa

05/12/2013 01:53 EST | Actualisé 04/02/2014 05:12 EST

OTTAWA - D'anciens combattants qui souffrent du syndrome de stress post-traumatique en raison de ce qu'ils ont vécu dans l'armée critiquent la réaction du gouvernement Harper aux plus récents suicides de soldats et jugent qu'il n'en fait pas assez.

Un quatrième soldat canadien se serait enlevé la vie, en quelques jours à peine. Il s'agit de Sylvain Lelièvre, de la base de Valcartier, qui appartenait au Royal 22e régiment.

Le gouvernement Harper saisit pourtant chaque occasion pour faire valoir qu'il est celui qui en a fait le plus pour ses anciens combattants.

Foutaise, disent trois vétérans venus à Ottawa pour dénoncer le traitement réservé aux soldats souffrant de stress post-traumatique ou d'autres troubles mentaux.

«Un suicide est déjà un de trop. Mais quatre constituent une tragédie nationale», a lancé l'ex-membre des forces armées Kate MacEachern en point de presse, la voix coupée par l'émotion.

La conférence de presse avait été organisée par le député libéral Jim Karygiannis.

«À la fois le ministre des Anciens combattant et le ministre de la Défense devraient s'engager à augmenter le niveau de support pour s'assurer que tous les vétérans, et les membres actifs, qui souffrent de stress en raison des opérations, soient tous au courant des ressources disponibles pour eux», a-t-il demandé.

Michael Cole, un ancien pilote de l'armée, a raconté son histoire pour démontrer ce qu'il considère être des failles majeures dans le système. Il a longtemps dû se battre pour finalement avoir accès aux bénéfices prévus.

Quant à Kate MacEachern, elle a fait valoir qu'un soldat blessé doit être soigné, sans égard à la maladie, et que les troubles mentaux ne doivent pas être ignorés.

La caporale qui souffrait de stress post-traumatique et qui songeait au suicide a demandé de l'aide. Elle raconte s'être fait dire de rentrer chez elle, avec dans ses poches un congé de deux semaines et des boîtes de pilules.

Jugeant inacceptable de voir des soldats s'enlever la vie, elle a entrepris un programme de sensibilisation pour les anciens combattants qui souffrent comme elle.

«On les perd à l'intérieur de nos frontières», a-t-elle dit au sujet de ceux qui se sont suicidés.

Elle-même dit s'est retrouvée sur le bord d'un pont et a presque sauté.

«Je n'oublierai jamais la sueur et les larmes sur mon visage», s'est-elle remémoré lors de la conférence de presse.

Elle ne croit pas le gouvernement qui affirme que l'aide est là pour eux.

«Beaucoup de mots sont maintenant prononcés, mais c'est trop tard pour plusieurs, a-t-elle dit, bouleversée. Pourquoi a-t-il fallu attendre jusqu'à maintenant?»

Les vétérans réclament un meilleur accès aux soins, de l'aide de leurs pairs et le respect du gouvernement sous lequel ils ont servi.

Daniel Drapeau, un autre vétéran, dit faire partie des chanceux qui reçoivent une pension. Il dit lui aussi souffrir de stress post-traumatique. Mais il pense à ses collègues moins fortunés.

«Mon cher M. Harper, j'ai une question pour vous: combien va-t-il falloir qu'il en meure avant que vous fassiez de quoi, sacramouse?»

À la Chambre des communes, le NPD et les libéraux ont pressé le gouvernement de questions au sujet des vétérans. Ils ont souligné que même si de l'aide est offerte, les soldats ont peur d'y avoir recours.

«La réalité est que les soldats s'inquiètent que s'ils parlent de leurs problèmes de santé mentale, cela va mettre fin à leur carrière», a lancé la députée néo-démocrate Irene Mathyssen.

Le ministre de la Défense, Rob Nicholson, a reproché à la députée de semer la peur chez les vétérans qui songent à demander de l'aide.

«L'aide est là» a-t-il insisté.

Le gouvernement s'est engagé à la fournir, a-t-il affirmé. Selon lui, le Canada compte le plus grand ratio d'experts en santé mentale par soldat de tous les pays de l'OTAN.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) n'est pas d'accord.

Le gouvernement est en train de fermer neuf bureaux de service aux vétérans, a souligné Thomas Mulcair.

«Qui plus est, le système actuel contient un paradoxe. On dit qu'on veut aider les anciens combattants mais si quelqu'un rapporte qu'il souffre de syndrome post-traumatique, il court le risque de se faire expulser» des Forces armées, a-t-il dit.

Il y a donc un grand risque que les soldats n'aillent pas chercher d'aide de peur de se faire montrer la porte, a déploré M. Mulcair.

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