QUÉBEC - Malgré un apparent virage à 180 degrés, Pauline Marois affirme avoir fait preuve depuis 15 ans d'une «cohérence totale et absolue» sur la question du port des signes religieux.

À l'Assemblée nationale, jeudi, l'opposition libérale a cité des passages de la Politique d'intégration scolaire signée en 1998 par la ministre de l'Éducation d'alors, Pauline Marois, qui encourageait pourtant la «visibilité» de la diversité religieuse «parmi le personnel scolaire».

«La crédibilité du discours sur l’ouverture à la diversité ethnoculturelle et religieuse s’appuie en bonne partie sur la visibilité de cette diversité parmi le personnel scolaire», soulignait le document d'une quarantaine de pages. Un autre passage ajoutait que «la diversité ethnoculturelle, linguistique et religieuse imprègne la société québécoise et a droit d’expression».

De même, les «valeurs communes» du Québec incluaient, dans la politique de Mme Marois, «l’ouverture à la diversité» en matière «ethnoculturelle, linguistique et religieuse».

Le document mentionnait également que «le simple port du hijab ne peut être interdit dans les écoles québécoises» parce que cela ne contrevient ni aux lois, ni aux chartes canadienne et québécoise des droits.

Il importe de noter qu'au tournant des années 1990, le Parti québécois cherchait encore à se relever du traumatisme causé par la déclaration incendiaire de l'ex-chef Jacques Parizeau après la défaite référendaire de 1995 sur le «vote ethnique». Le PQ voulait s'affranchir du nationalisme des «pure laine» en adoptant un nationalisme plus inclusif, dit «civique».

Selon les libéraux, la position adoptée à l'époque par Mme Marois est en complète contradiction avec son projet de charte des valeurs qui prévoit interdire le port de tous les signes religieux visibles par le personnel des réseaux scolaires primaire et secondaire, collégial et universitaire.

Avec la charte des valeurs, la première ministre rompt avec les messages d'ouverture qui se sont succédé au Québec depuis 15 ans, a déploré le chef parlementaire libéral, Jean-Marc Fournier, pendant la période des questions.

«En 1998, la politique de l'actuelle première ministre; en 2008, le rapport Bouchard-Taylor; en 2013, la Commission des droits; une suite de documents et d'études, mais un seul fil conducteur: l'inclusion. Maintenant, vous voulez imposer un code vestimentaire qui va à l'encontre de l'approche historique du Québec sans étude, sans science. La question, c'est: Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi tant d'incohérence et tant de mauvais gestes pour la population en excluant des gens?», a lancé M. Fournier.

Mme Marois s'est défendue en soutenant qu'il n'y avait aucune contradiction dans son discours. Au contraire, que ce soit en 1998 ou dans le débat actuel sur la charte des valeurs, l'intention du gouvernement a toujours été de favoriser «le vouloir vivre-ensemble» et «un Québec pour tous», a-t-elle expliqué.

«Jamais, jamais, dans ce document, nous ne parlons de signes ostensibles. Jamais, parce que, dans les faits, comme je suis très cohérente, ce n'était pas dans ce document, puisque dans la charte nous empêcherons qu'il y ait le port de signes religieux ostensibles, et cela va dans le sens du respect, de chacun et de tous et de toutes», a argué la première ministre.

Prenant le relais de Mme Marois, le ministre responsable de la charte, Bernard Drainville, s'est levé en Chambre pour accuser ses vis-à-vis du Parti libéral de faire la promotion du tchador islamiste.

«Pour eux, la diversité, c'est pour le tchador. Ils sont en faveur du tchador, eux autres, pour tout le personnel de l'État», a-t-il avancé, en guise d'argumentaire au débat.

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