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Nelson Mandela, icône de la lutte contre l'apartheid, s'est éteint à 95 ans

05/12/2013 04:47 EST | Actualisé 04/02/2014 05:12 EST

JOHANNESBOURG, Afrique du Sud - L'ex-président sud-africain Nelson Mandela, qui est devenu l'une des personnalités politiques les plus admirées du monde pour sa lutte contre le régime de l'apartheid en Afrique du Sud, s'est éteint jeudi. Il était âgé de 95 ans.

Le président sud-africain Jacob Zuma en a fait l'annonce lors d'une conférence de presse. Il a déclaré que Nelson Mandela était mort «paisiblement», entouré de ses proches, vers 20 h 50 jeudi soir.

«Nous avons perdu notre plus grand fils. Notre pays a perdu son plus grand fils. Notre peuple a perdu un père», a dit M. Zuma. «Même si nous savions que ce jour finirait par arriver, rien ne peut atténuer notre profond sentiment de perte.»

Nelson Mandela laisse au monde le souvenir indélébile d'un homme d'une grande sagesse. Au fil des ans, des concerts de rock ont été organisés pour célébrer son anniversaire de naissance. Des vedettes de Hollywood l'ont glorifié à l'écran. Sa posture majestueuse, ses cheveux grisonnants et sa voix rauque étaient facilement reconnaissables partout dans le monde.

En tant que premier président noir d'Afrique du Sud, l'ancien boxeur, avocat et prisonnier numéro 46664 a ouvert la voie à la réconciliation raciale avec des gestes de pardon soigneusement choisis. Il a dîné avec le procureur qui l'a envoyé en prison, chanté l'hymne anti-apartheid en afrikaans lors de son investiture et parcouru des centaines de kilomètres pour prendre le thé avec la veuve de Hendrik Verwoerd, qui était premier ministre lors de son incarcération.

Son geste le plus mémorable est survenu quand il s'est avancé sur le terrain lors de la Coupe du monde de rugby de 1995 en Afrique du Sud. Quand il est arrivé vêtu de la tenue de l'équipe sud-africaine pour féliciter l'équipe nationale victorieuse, il a littéralement conquis une foule de 63 000 personnes majoritairement blanches qui scandaient «Nelson! Nelson! Nelson!»

En foulant le terrain du temple du rugby en Afrique du Sud, Nelson Mandela est entré dans un bastion des Afrikaners, et il a fait sentir aux partisans qu'ils appartenaient eux aussi à la nouvelle Afrique du Sud multiraciale.

En même temps, M. Mandela était mal à l'aise avec l'idée de devenir une icône, et il n'a pas échappé aux critiques en tant que personne et politicien, même si la plupart de ces critiques se sont tues face à son statut de symbole irréfutable d'intégrité et de principes.

En tant que président, il n'aura pas réussi à élaborer des solutions durables pour surmonter les pires problèmes post-apartheid de l'Afrique du Sud, notamment l'écart entre les riches et les pauvres, qui reste l'un des plus importants du monde. Dans ses écrits, il avait souligné le lourd tribut payé par sa famille face à sa décision de se dévouer entièrement à la lutte contre l'apartheid.

En 1964, il a été reconnu coupable de trahison et condamné à la prison à vie pour avoir dirigé une campagne de sabotage contre le gouvernement. Il a été envoyé à la prison de Robben Island.

Durant sa détention, il était interdit de le citer ou de publier sa photo, mais lui et d'autres membres emprisonnés du Congrès national africain (ANC) ont été en mesure d'acheminer des messages d'encouragement et des conseils à ceux qui continuaient de lutter contre l'apartheid.

Au fil des ans, la communauté internationale s'est de plus en plus intéressée à la situation en Afrique du Sud. À l'âge de 70 ans, M. Mandela était le prisonnier politique le plus célèbre du monde. Sa force mentale était telle qu'il a refusé des offres conditionnelles de libération et a même trouvé des façons de tirer avantage de son confinement.

«Les gens tendent à se mesurer par leurs accomplissements extérieurs, mais la prison permet à une personne de se concentrer sur ses aspects intérieurs, comme l'honnêteté, la sincérité, la simplicité, l'humilité, la générosité et l'absence de variété», dit M. Mandela dans l'une de ses nombreuses citations exposées au Musée de l'apartheid à Johannesbourg. «On apprend à se regarder soi-même.»

Des milliers de personnes sont mortes, ont été torturées ou emprisonnées durant les longues décennies de lutte contre l'apartheid. Quand Nelson Mandela est sorti de prison en 1990, souriant et saluant la foule, l'image est devenue un emblème international de la liberté.

Les dirigeants blancs de l'Afrique du Sud présentaient Mandela comme le fer de lance d'une révolution communiste et affirmaient qu'un gouvernement dirigé par la majorité noire provoquerait le chaos et un bain de sang.

Mais depuis la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud a organisé quatre élections parlementaires et a élu trois présidents, toujours pacifiquement, donnant l'exemple pour un continent où la démocratie reste fragile. La démocratie sud-africaine a ses défauts et l'ANC n'a pas toujours réussi à réaliser ses promesses. Le parti est considéré comme le meneur pour les élections de 2014, mais les scandales de corruption et d'autres faux pas ont sapé les espoirs de ses premières années au pouvoir.

«Nous avons confondu les prophètes de l'échec et accompli une révolution sans verser de sang. Nous avons rétabli la dignité de chaque Sud-Africain», avait dit Mandela avant de quitter son poste de président en 1999, à l'âge de 80 ans.

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