DIVERTISSEMENT

Grand Corps Malade : le <em>flow</em> de l'équilibre

05/12/2013 01:49 EST | Actualisé 04/02/2014 05:12 EST
Jean-Francois Cyr

MONTRÉAL - Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, était de passage à Montréal début décembre pour jaser de son quatrième album, Funambule, dont les musiques très variées sont composées, arrangées et dirigées par le très sollicité Ibrahim Maalouf.

L'auteur est originaire de Saint-Denis, en France. Ayant vendu des tonnes de copies de son premier opus Midi 20 (2006), il fait toujours dans la poésie, mais cette fois, il apprivoise davantage l'univers de la chanson. Cela dit, le héraut du slam international n'a pas vendu son âme. Il récite toujours ses textes gonflés de rimes et de souffles de l'engagement social.

Le HuffPost s'est entretenu avec lui, voici ses réponses:

Q : Dans le texte de la chanson-titre de l'album intitulé Funambule, vous parlez beaucoup d'équilibre. Vous sentez-vous entre deux mondes?

R : Funambule provient de l'idée toute simple que je dois, comme tout le monde, trouver un équilibre à ma vie. Pour ma part, cet équilibre se trouve notamment dans la rencontre du milieu populaire d'où je viens et du monde un peu showbiz, strass et paillettes que je découvre encore... J'ai connu une certaine popularité, qui vient avec du bon et du moins bon. Saint-Denis (banlieue de Paris) c'est moi aussi. J'y suis né et j'y habite encore avec ma famille (avec sa copine et ses deux enfants, ndlr). Cette ville est une grande source d'inspiration. C'est une chance, une richesse. Cette proximité avec mon passé me permet de rester en contact avec la réalité.

Q : Dans la pièce Au bout du tunnel, vous abordez, entre autres, les thèmes de l'espoir, mais aussi de la prison, de la colère, de la maladie et du SIDA. D'où provient cette histoire?

R : C'est une histoire vraie. J'ai fait plein de choses en prison (à titre d'intervenant) comme des ateliers, des concerts. Du coup, j'ai rencontré Laurent à la prison de Poissy, en France. Dans son cas, l'écriture l'a carrément sauvé. C'est de la quasi-caricature, mais c'est ça : il s'exprimait avec ses poings et le jour où il s'est mis à écrire il s'est transformé. C'est un vrai scénario de film. Il a été 25 ans en prison. Au début, il a pris 10 ans pour meurtre d'un skinhead. Il a tenté une évasion, qui a duré un an, avant de se faire de nouveau arrêter pour braquages. Il s'est tapé 15 ans de plus. Tout ce temps, ça a été l'enfer. Il était séropositif, en prison, dans une période (les années '80) où il n'y avait pas de traitement. Laurent était persuadé qu'il allait mourir. Donc il n'avait rien à perdre. Il était très violent et imprévisible. Ce n'est pas un enfant de chœur ni une victime. Au final, il est sorti à 43 ans, en 2010. Aujourd'hui, il écrit, il fait des piges de journaliste, il a deux enfants... Nous sommes devenus potes. J'ai fini par lui demander l'autorisation de raconter son histoire.

Q : Il existe dans les arrangements une très grande disparité. C'est un choix conscient?

R : Oui, c'est en raison de la disparité au niveau des thèmes d'écriture. On retrouve des thèmes graves comme dans Au bout du tunnel et La course contre la honte, puis des thèmes plus légers comme dans J'ai mis des mots et Les lignes de la main. Du coup, j'avais envie que les musiques (hip-hop, jazz, orientale, arabisante, blues) renferment une grande variété. Quand tu as fini l'album, tu as fait un petit voyage dans plein d'ambiances différentes. C'est pas mal à l'image de mes autres disques.

Q : La musique semble prendre une place plus importante cette fois-ci, vrai?

R : Oui, la musique est plus présente. Mais ce n'est pas de la chanson, tout comme ce n'est pas du slam. Ibrahim Maalouf a pris beaucoup d'importance dans ce projet. C'est un trompettiste de jazz qui fait des tournées dans le monde entier. Il est jeune, mais c'est un génie. C'est le grand artisan musical de cet album. Il a fait aussi toutes les lignes de piano et de trompette. Après, bien entendu, on a invité plein d'autres musiciens. J'ai aussi eu la chance de partager des chansons avec Sandra Nkaké (Te manquer), Francis Cabrel (La traversée) et Richard Bohringer (Course contre la montre).

Q: Quel est votre rapport avec Richard Bohringer, qui livre une part du texte Course contre la honte?

R : Au départ, c'est une histoire d'amitié. On échange beaucoup. On se voit souvent. J'ai même fait un voyage en Afrique avec lui. Je crois qu'on arrive à se nourrir mutuellement. C'est une sorte de dialogue sincère entre deux générations. On parle de la folie du monde. De nos préoccupations. Un jour, on a eu l'idée de faire un texte ensemble. J'ai écrit toute ma partie, qui ressemble aux réflexions pessimistes d'un jeune. Quand j'ai fini la rédaction, j'ai donné cette partie à Richard afin qu'il puisse écrire les réponses.

Q : Quelle est la grande différence de Funambules avec les trois autres disques parus auparavant?

R : On est dans la même lignée, mais la collaboration de Maalouf a fait progresser énormément mon travail sur le plan de la musique. Les rythmes aussi sont plus musclés. Je pense au beat sur J'ai mis des mots ou encore Funambule. Pour la première fois, il y a des programmations électroniques. C'est aussi plus hip-hop. Bref, la musique a changé.