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Ukraine: trois anciens présidents se rangent derrière les manifestants

04/12/2013 10:28 EST | Actualisé 03/02/2014 05:12 EST

KIEV, Ukraine - Trois anciens présidents ukrainiens ont donné raison, mercredi, aux manifestants dont la mobilisation secoue le pays depuis une semaine, prévenant que la crise pourrait bientôt échapper à tout contrôle.

Pour sa part, le président du Conseil de l'Europe, le principal organisme européen de droits de la personne, a rencontré des représentants du gouvernement et des manifestants pour tenter de relancer le dialogue, avant de déclarer que plusieurs Ukrainiens semblaient réticents au compromis.

Le chef de la police ukrainienne a ordonné à ses agents de ne pas avoir recours à la force face à des manifestants pacifiques, ce qui démontre que les responsables sont bien au fait de la colère suscitée par l'intervention brutale des policiers la fin de semaine dernière.

Des milliers de personnes ont manifesté mercredi sur une place centrale de Kiev, barricadé des rues voisines et bloqué l'accès à plusieurs ministères pour témoigner de leur détermination à obtenir la démission du gouvernement.

Dans un communiqué transmis aux agences de presse ukrainiennes, les trois premiers présidents du pays après l'ère soviétique ont exprimé leur «solidarité envers les gestes civils pacifiques de centaines de milliers de jeunes Ukrainiens».

«Toutefois, une issue à la crise n'a pas encore été trouvée. La crise s'envenime et nous risquons de perdre le contrôle sur la situation», ont déclaré Leonid Kravtchouk, Leonid Koutchma et Viktor Iouchtchenko.

Le président du Conseil de l'Europe, Thorbjorn Jagland, a rencontré des représentants de l'opposition et le premier ministre Mikola Azarov. «Nous essayons de déterminer si et comment un dialogue peut être ouvert. Mais j'ai pu constater qu'ils sont trop nombreux à se concentrer sur la détérioration de la situation», a-t-il affirmé par la suite.

Le premier ministre Azarov a demandé à l'opposition de lever son blocus des édifices gouvernementaux et a prévenu les régions de l'ouest du pays — où des grèves ont été annoncées — qu'elles pourraient perdre leur financement fédéral.

M. Azarov et son gouvernement ont survécu mardi à un vote de confiance chaotique au Parlement.

Les forces de l'ordre ont déposé des dizaines d'accusations contre les manifestants. Neuf personnes sont toujours détenues depuis que des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues, dimanche.

«Nous devons décider de tout ça dans un environnement calme. Pas dans les rues, mais par le biais d'un dialogue calme», a déclaré M. Azarov mercredi, lors d'une rencontre de son cabinet.

Les manifestants ont érigé des dizaines de tentes sur la place de l'Indépendance, épicentre des manifestations contre le gouvernement, en plus de bloquer plusieurs rues voisines avec des barricades. Des feux ont été allumés sur la place pour garder les manifestants au chaud.

«Nous défendons maintenant (...) 46 millions de personnes. Ou bien ils nous déferont, ou bien nous les déferons», a dit le leader de l'opposition, Arseniy Iatesniuk, devant les journalistes.

Le gouvernement Ianoukovitch a subitement suspendu, le mois dernier, les préparatifs devant mener à la signature d'une vaste entente politique et économique avec l'Union européenne, choisissant plutôt de resserrer ses liens avec la Russie. Moscou avait montré les dents pour faire dérailler cette entente et s'assurer de ne pas perdre son influence sur l'ex-république soviétique.

La colère monte aussi concernant le traitement des neuf manifestants qui ont été arrêtés et battus par la police dimanche. Six d'entre eux sont hospitalisés aux soins intensifs, tandis que les trois autres se trouveraient à l'infirmerie de la prison, selon leurs proches.

«Ils ne nous permettent même pas de lui fournir un avocat», a dénoncé Yana Stepanova, la fiancée du manifestant Mikola Lazarovskyi, un de ceux qui se trouvent aux soins intensifs.

Les partisans des manifestants arrêtés affirment qu'ils sont représentés par des avocats choisis par le gouvernement et que les avocats indépendants sont victimes d'intimidation pour les empêcher de s'occuper de ces dossiers. Les militants arrêtés sont passibles de peines de sept ans de prison.

Mercredi, des prêtres orthodoxes se sont rangés aux côtés des manifestants mobilisés depuis deux semaines, malgré les températures froides des derniers jours. Ils ont récité des prières.

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