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Transport routier: la future agence aura plus de pouvoirs que le ministère

04/12/2013 01:35 EST | Actualisé 03/02/2014 05:12 EST

QUÉBEC - Le gouvernement Marois va de l'avant avec son projet de retirer au ministère des Transports le développement et la gestion du réseau routier pour confier ces tâches à une agence, qui aura plus de latitude et de pouvoirs.

Le ministre des Transports, Sylvain Gaudreault, a déposé mercredi le projet de loi 68, en vue de créer l'Agence des infrastructures de transport du Québec, qui prendra en bonne partie la relève du ministère des Transports. Ce dernier deviendra pratiquement une coquille vide, amputé de 90 pour cent de ses 6500 employés.

Ce changement de structure ne sera pas que cosmétique: la future agence n'étant pas assujettie à la Loi sur la fonction publique, ses dirigeants auront la flexibilité requise pour, par exemple, offrir des salaires beaucoup plus compétitifs aux ingénieurs qu'ils auront à embaucher.

En conférence de presse, le ministre a indiqué qu'il s'agissait d'un changement majeur, en disant souhaiter qu'il s'accompagne d'un «coup de barre», d'un changement de culture relativement aux pratiques privilégiées pour développer et gérer le réseau routier.

Il a dit avoir procédé ainsi pour mieux contrôler le coût des projets, renforcer l'expertise du Québec en transport et éloigner ce secteur d'activité de l'influence politique et partisane.

Le mot «souplesse» est celui qui convient le mieux pour résumer la pensée du ministre: «plus de souplesse dans l'embauche, plus de souplesse dans la rémunération, plus de souplesse dans le classement des employés».

Il a décrit la création de l'agence autonome comme un geste de «rupture avec les années libérales».

«Il faut arrêter de penser qu'on va gagner des élections sur des bouts d'asphalte», a-t-il dit pour justifier son initiative et prendre ses distances de l'administration précédente.

L'agence, qui devrait être fonctionnelle à compter d'avril 2015, sera gérée par un conseil d'administration, composé de 9 à 13 membres. Les coûts de transition sont évalués à 10 millions $. Elle aura des bureaux dans toutes les régions du Québec.

Le ministère des Transports ne conservera qu'un rôle de planification stratégique des grandes orientations à privilégier en transport.

Il n'est pas acquis que le projet de loi passera comme lettre à la poste. Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, a réagi en se montrant inquiet de «l'absence d'imputabilité», selon le scénario proposé. Il a dit qu'il analyserait plus à fond le projet de loi avant de dire s'il lui donnerait ou non son appui.

Pourtant, le ministre Gaudreault s'était voulu rassurant à ce chapitre. Il a indiqué que l'agence aurait «une imputabilité auprès du ministre des Transports, auprès du gouvernement, une imputabilité auprès de l'Assemblée nationale». L'agence, a-t-il ajouté, devra aussi rendre des comptes à travers le dépôt de son plan stratégique et de son plan annuel de gestion.

Mais cela n'a pas convaincu la Coalition avenir Québec, qui a annoncé d'emblée qu'elle s'opposerait de toutes ses forces au projet de loi.

Le député caquiste Jacques Duchesneau, qui a dirigé l'Unité anticollusion du ministère des Transports, a jugé que c'était un «non-sens» de créer une agence autonome, alors que le problème de culture au ministère des Transports en est un de gouvernance, pas d'indépendance.

«C'est une opération Ponce Pilate», a-t-il commenté, en ajoutant que lorsqu'il y aura «des dérapages (à l'agence), on dira: "on ne le savait pas". C'est d'un ridicule consommé.»

Son collègue Éric Caire a prédit que l'agence serait un nid de «favoritisme», précisément parce qu'elle serait tenue trop à distance du gouvernement.

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