NOUVELLES

Charbonneau: la licence d'un autre qui sert à faire de la fausse facturation

04/12/2013 01:04 EST | Actualisé 03/02/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - La Commission Charbonneau a entendu, mercredi, un ancien entrepreneur en construction dont la licence de la Régie du bâtiment a servi à d'autres acteurs de l'industrie pour faire à son insu de la fausse facturation.

Bernard Bellavance, aujourd'hui surintendant de chantier, a raconté qu'il avait lancé son entreprise, Les Constructions Riche-lieu inc., en 2002. L'entreprise n'était pas active, parce qu'il avait un emploi à temps plein de surintendant de chantier.

En 2003, il a été contacté par un teneur de livres qu'il connaissait, Clément Desrochers, et qui connaissait lui-même un autre entrepreneur, Normand Dubois, qui disait avoir des contrats, mais avait besoin, pour les réaliser, d'une licence de la Régie du bâtiment.

Le procureur de la commission, Me Paul Crépeau, a souligné que Normand Dubois avait été arrêté récemment dans le cadre d'une opération visant à démanteler un réseau de fausses factures dans l'industrie de la construction.

M. Bellavance a donc accepté que sa licence de la Régie serve à l'entrepreneur Dubois et à M. Desrochers. Il avait été convenu que les profits seraient répartis moitié-moitié.

Au fil des mois, M. Bellavance constatait bel et bien des activités dans le compte bancaire de son entreprise et a même touché «trois ou quatre» chèques de 5000 $ par mois.

Mais peu à peu, il a perdu le contrôle de son entreprise, maintenant gérée à partir d'un bureau de Laval, alors que lui se trouvait sur la rive sud de Montréal, où il travaillait parfois 70 heures par semaine.

Puis, un jour, il a reçu un appel de Revenu Québec qui lui demandait les livres comptables de son entreprise.

Inquiet, M. Bellavance s'est informé auprès du teneur de livres Clément Desrochers. Ce dernier a alors changé de ton. «J'ai rappelé Clément, et là, Clément m'a quasiment dit de rester tranquille, de me mêler de mes affaires», a relaté le témoin.

«C'était quasiment des menaces ouvertes: tu restes tranquille, puis il n'arrivera rien à toi et à ta famille», s'est rappelé M. Bellavance.

«Ça fait peur», a-t-il conclu.

M. Bellavance a fait une faillite personnelle en 2005.

Il n'a pas refait affaires avec Normand Dubois, mais a eu d'autres contacts avec Clément Desrochers, malgré «un peu» de rancune nourrie envers ce dernier, a-t-il dit.

M. Bellavance a admis avoir ensuite occasionnellement travaillé au noir, se faisant payer en argent comptant.

«À un moment donné, j'ai voulu aussi prendre compte du fait que je pouvais faire un peu d'argent avec ça moi aussi. Alors en allant travailler, de temps en temps, je lui ai demandé "hey, peux-tu me passer une facture?", et de temps en temps, il m'en passait une», a-t-il rapporté.

PLUS:pc