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Vouloir changer de sexe lorsqu'on est enfant

03/12/2013 01:15 EST | Actualisé 01/02/2014 05:12 EST

Un texte de Florence Reinson

Cinq hôpitaux pour enfants au Canada comptent un service spécialisé pour les enfants transgenres. Le Dr Shuvo Ghosh est le seul pédiatre au Québec spécialisé en identité de genre.

Depuis 10 ans, il a vu plus de 300 enfants et adolescents qui se questionnent sur leur identité de genre. Des services spécialisés en dysphorie du genre existent aussi à Ottawa, Toronto, Winnipeg et Vancouver.

La dysphorie de genre est reconnue par les psychiatres.

« Quand il y a incongruence entre les deux, il y a trouble de l'identité, maintenant on utilise le terme dysphorie du genre ou variance du genre », précise-t-il.

Ces enfants sont biologiquement un garçon ou une fille, mais leur cerveau leur dit le contraire. Pour poser le diagnostic, l'enfant doit avoir exprimé verbalement, sur une longue période, son inconfort avec son sexe biologique et son sentiment d'être du sexe opposé.

« La plupart du temps, on pense qu'il y a exposition à la testostérone, l'œstrogène, pendant la grossesse, avant la naissance. Peut-être que c'est trop de testostérone, ou un manque d'hormones, qui cause une petite différence du cerveau », indique le Dr Ghosh.

La médecine ne cherche pas à les guérir, mais plutôt à les accompagner dans leur transition.

Annie Pullen Sansfaçon habite dans l'ouest de Montréal avec son mari, son fils Alex, et sa fille Olie, qui s'appelait Oliver lorsqu'elle est née.

Son désir d'être une fille était bien présent dès sa première journée à la maternelle, se souvient sa mère.

« Je vais toujours m'en souvenir, parce que c'était la première fois qu'elle voyait les autres amis, et elle a dit : "Mais maman, pourquoi je n'ai pas le droit de mettre une jupe", et donc je me suis dit : "Ben voyons, Oliver, t'es un garçon tu ne peux pas mettre de jupe, les garçons, ça met des pantalons ».

Olie, aujourd'hui âgée de 11 ans, a commencé progressivement sa transition vers le sexe opposé il y a quatre ans.

Elle a porté sa première jupe et son premier soutien-gorge l'année dernière. « Je pensais que la jupe allait plus ressortir et que tout le monde allait me demander : "Ah pourquoi tu portes une jupe?" Mais non, la brassière elle était comme over the top. Ils disaient : "Pourquoi tu portes une brassière, t'es même pas censée en porter une". »

Olie est loin d'être la seule enfant à vivre avec un problème d'identité de genre, appelé aussi transgénérisme.

Peur du regard de l'autre

Elle a la chance d'être une jeune fille très épanouie, mais la grande majorité des enfants transgenres vivent cachés.

« J'aime mettre des jupes et des chandails avec des mots, et des couettes », raconte celui que nous appellerons Martin, car il souhaite garder l'anonymat.

À l'école, Martin est un préadolescent comme tous les autres, mais dès qu'il rentre à la maison, il troque ses vêtements amples pour des robes à paillettes.

« Il peut être habillé en robe, on regarde la télé et ça sonne à la porte. Oh, qui est là? Qu'est-ce que je fais? Il va se cacher dans la salle de bain. C'est très difficile, on n'a pas honte, mais on ne veut pas qu'il se fasse humilier, que les gens se moquent de lui. Alors, il est obligé de se cacher », explique « Maryse », sa mère.

Martin souhaite lui aussi être une fille, depuis qu'il est tout-petit. Sa mère a mis du temps à le comprendre.

« Il retournait toujours vers ces choses de filles : poupées, robes, déguisements, jeux de rôle, il jouait avec des filles. Ça persistait, il ne voulait que ça », raconte-t-elle.

Après des années de questionnement, Maryse, qui vit dans la région de Montréal, a emmené son enfant, alors âgé de huit ans, chez le Dr Ghosh.

« C'est là que j'ai vu que c'était réel. Mon enfant, vraiment, dans sa tête et dans son cœur, il n'est pas un garçon », admet-elle.

Association de parents

Les parents d'enfants transgenres ne sont pas forcément prêts à faire face à une telle situation. Un groupe de parents a décidé de fonder l'organisme Enfants transgenres Canada, dont Annie Pullen Sanfaçon est la vice-présidente, afin de s'entraider.

À l'anxiété des parents, s'ajoute la difficulté de se faire accepter à l'école.

« À la maternelle, on s'est moqué de lui parce qu'il mettait les robes dans le coin déguisement, il jouait dans la cuisine, des enfants se sont moqués de lui. Là, il a su que c'était plus correct. Et il s'est mis à le cacher un peu », raconte la maman de Martin.

Bien des jeunes transgenres en arrivent au suicide, à force d'être rejetés. Annie Pullen Sanfaçon a réussi à obtenir le soutien du personnel de l'école d'Olie. La psychoéducatrice a aussi présenté des ateliers sur la diversité aux camarades de classe d'Olie.

Olie se sent aujourd'hui parfaitement normale au sein de son groupe. Martin n'a pas eu la même chance qu'elle.

« Je leur ai expliqué ce qui se passait, mais ils ne savaient pas quoi dire. Ils m'ont dit : "Tenez-nous au courant". Je leur ai demandé si on pouvait parler de diversité. Pas vraiment non, ils ne veulent pas aborder ce sujet-là », regrette Maryse.

Traitement hormonal

À l'approche de la puberté, Olie et Martin ont maintenant peur que leur corps les trahisse.

« Olie est très anxieuse à l'idée d'avoir des poils qui lui poussent dans le visage, ou une pomme d'Adam, ou la voix qui change », raconte la maman de la jeune fille.

Pour pallier le problème, elle suit, depuis quelque mois, un traitement hormonal, le seul prescrit aux enfants transgenres. Martin franchira lui aussi bientôt cette étape.

À 18 ans, s'ils le désirent, ils pourront alors passer sous le bistouri.

En attendant, Martin se prépare à se manifester au grand jour. Il entrera au secondaire en septembre prochain, en tant que Martine, mais ses nouveaux camarades ne connaîtront pas son ancienne identité.

La famille déménagera pour permettre à Martine de commencer une nouvelle vie.

Quant à Martin, il aspire à une vie normale. « Je suis une personne normale qui veut juste ne pas être différente, mais être un autre genre de personne ».

D'après un reportage de Bouchra Ouatik

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