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03/12/2013 11:10 EST | Actualisé 02/02/2014 05:12 EST

«Les Callas» de Pierre Lapointe : Satellite of love (ENTREVUE/VIDÉO)

MONTRÉAL- L’ambitieux album Punkt étant paru cette année, on ne s’attendait guère à voir surgir une seconde créature musicale du monde de Pierre Lapointe. C’est mal connaître le prolifique auteur-compositeur-interprète qui propose cette fois un joli et romantique album-concept intitulé Les Callas.

Dépouillé de la flamboyance que l’on retrouve sur Punkt (un peu inégal), Les Callas est un univers sensible, touchant et un brin sombre. Tantôt il berce, tantôt il provoque la mélancolie. Sur 11 pièces d’une durée totale de 24 minutes, l’amour est partout: se passionner de l’autre est bon, mais cet abandon a parfois un prix... Celui de la déchirure et de la nostalgie.

«Ce n’est pas habillé comme la musique que je fais normalement, explique en entrevue Pierre Lapointe. C’est encore plus vrai comparativement au dernier album [Punkt], où l’on est dans l’autre l’extrême. L’élément de départ du disque Les Callas était lié au projet de Punkt pour lequel je voulais enregistrer des chansons dans des endroits inattendus, comme dans un parc. Je pense au film Jules et Jim où il y a Jeanne Moreau qui chante Le tourbillon de la vie assise dans un salon. C’est enregistré live avec le son ambiant […] L’atmosphère dégageait une autre émotion par rapport aux 16 autres pistes. En fait, cette chanson décalait trop du reste de l’album. Je l’ai finalement mise de côté, mais j’avais en même temps une pièce pour faire un autre disque… »

«Mon équipe chez Audiogram craignait qu’un second disque tue un peu Punkt, précise-t-il. On a donc trouvé un compromis et décidé de produire un disque d’un peu moins de 25 minutes. J’étais à l’aise avec cette idée. J’écris souvent des pièces courtes. J’aime créer des chansons concises. Barbara faisait des chansons hyper courtes. Ça rentre dedans, c’est souvent plus efficace, car tu n’as pas le temps de te lasser. Au lieu d’être écoeuré de l’entendre, tu as envie de la réécouter. »

En toute simplicité

Projet satellite qui gravite autour de Punkt, Les Callas a été enregistré dans la plus grande simplicité - parfois sur un iPhone, dans le salon de Lapointe, en studio ou encore dans un parc avec ses complices Philippe B et Ariane Moffatt (nous faisons référence à la pièce Je déteste ma vie). Comme ultime accompagnement aux textes poignants du chanteur, le piano. Un travail qui rappelle celui sur son autre opus Seul au Piano. Sur le morceau Quelques gouttes de sang, les mots se font la guerre entre la douceur et la rancoeur, entre l’imagé et le cru.

« Et le soleil se lèvera sur un autre jour sans toi / Et ce soir je me branlerai encore en pensant à toi / Si les amours se séparent et ne se retrouvent pas / Je préfère tuer l’amour maintenant sinon c’est lui qui me tuera. »

« J’avoue que c’est assez direct par moment, confie Lapointe. Mais je mets au défi quiconque de me dire qu’il n’a jamais fantasmé à propos d’une relation amoureuse passée. Je pense que notre tête vit beaucoup plus longuement la déchirure que le corps. On continue de rêver l’autre. Oui, les mots de cet album sont assez crus, mais c'est beau de dire ou chanter ce que l’on pense vraiment. Il existe des albums comme ça. Il existe des passages très profonds, des fois sombres, c’est vrai. Pourquoi pas? Puisque c’est court, je m’en suis permis davantage. Ça fait du bien la mélancolie. Une chanson comme S’il te plaît [fait en collaboration avec Monia Chokri et Félix Dyotte] est comme un télégramme envoyé à quelqu’un qu’on aime ou que l’on déteste. »

Intimiste, personnel, autobiographique, quelle est la source de ces mots ? «Tout le monde se fait laisser. Toute personne a voulu posséder l’autre même s’il ne nous appartient plus. Mon but est de toucher l’universel. Je n’ai pas écrit ces textes à une personne précise. Ça résume des sensations vécues personnellement ou chez les autres. On vit à peu près toujours les mêmes histoires d’amour. On rencontre, on aime, on tombe et on se relève… Quand je raconte ces histoires, je m’amuse à démystifier l’amour. C’est du théâtre, vraiment du théâtre! »

À vrai dire, Les Callas porte une tristesse plus romancée que déchirante. C’est une poésie moderne, qui laisse penser aux airs d’Erik Satie ou de Léo Ferré. La construction lyrique fait la belle part au piano qui se retrouve sur tous les morceaux excepté Les enfants du diable, sur laquelle Lapointe a troqué le clavier pour la guitare acoustique. C’est un disque personnel qui libère en quelque sorte le personnage désinvolte et arrogant vêtu de fringues exubérantes et ultras sophistiquées.

Un disque romantique sans flafla qui révèle Pierre Lapointe au grand jour.

La pochette de l'album, montrant le chanteur, bouquet de callas blanches à la main, est une oeuvre du peintre montréalais Joe Becker.

Le disque sera distribué à seulement 3000 exemplaires (album physique) en accompagnement de l’album Punkt sorti à l’hiver. Il sera également disponible (300 copies seulement) en format vinyle.

Pierre Lapointe est actuellement en tournée au Québec. Il offrira notamment un spectacle dans le cadre du festival Montréal en lumière en février 2014.

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