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03/12/2013 11:13 EST | Actualisé 03/12/2013 11:16 EST

«Nebraska», film de crise (PHOTOS)

Courtoisie

Après une œuvre un peu moins réussie (The Descendants), le réalisateur américain Alexander Payne quitte son spleen hawaïen et revient dans son Midwest natal où il campe l'action de Nebraska, un road-movie d'un superbe noir et blanc, film jumeau de A Straight Story, ode élégiaque au territoire américain, à l'amour fraternel et à la famille signée David Lynch en 1999.

Nebraska est toutefois davantage caustique, moins romantique que le film du réalisateur d'Elephant Man. Les motivations sont aussi différentes. Dans A Straight Story, le protagoniste (Richard Farnsworth, remarquable dans son dernier rôle) partait sur son John Deere pour parcourir deux états afin de se réconcilier avec son frère malade. En ce qui concerne Nebraska, Woody (excellent Bruce Dern, prix d'interprétation à Cannes) veut marcher du Montana jusqu'au Nebraska afin de récupérer son prix après avoir reçu (comme beaucoup d'autres Américains) un faux chèque d'un Sweepstake.

Tout le long métrage montre donc la quête impossible de cet homme, alcoolique et vieillissant, aidé par son fils David (Will Forte) qui décide d'embarquer lui aussi dans la folie de l'entreprise. Ainsi, tous les deux partent en voiture pour cueillir le faux prix et s'arrête finalement dans la ville natale de Woody, Hawthorne au Nebraska. Ils sont rejoints par sa conjointe (hilarante June Squibb), petit bout de femme au verbe grivois qui n'a pas la langue dans sa poche.

L'arrêt dans cette ville est l'occasion pour le père et le fils de se rapprocher. Toute une galerie de personnages évolue autour du duo notamment celui d'un ancien «ami» qui veut toucher une partie du gros lot ou cet autre, très touchant, d'une ancienne flamme de Woody, qui travaille dans un journal local. Le périple se termine à Lincoln, Nebraska...

Toujours excellent peintre social, Payne aborde plusieurs thèmes qui touchent les Américains. Sa caméra se pose sur des gens ordinaires, scrute les mœurs de ces hommes vieillissants, ceux qui ont participé à la Guerre de Corée ou celle du Vietnam, ces mâles fatigués, qui ne parlent plus et qui écoutent passivement la télévision.

Nebraska est aussi un film de crise, celle de Woody, dans ses derniers retranchements qui croit avoir remporté 1 million de dollars, mais aussi sur la crise économique qui touche les États-Unis depuis plusieurs années. Cette quête du personnage principal, c'est aussi celle de plusieurs autres familles qui ont perdu leur maison en 2008, reprise par des banques qui leur avaient passé de l'argent à des taux d'intérêt trop élevés. Payne filme cette classe moyenne qui en arrache, sans fard, avec beaucoup d'humour et de tendresse.

Dans ce road-movie aigre-doux émane un amour sincère, celui de Payne pour la simplicité des gens du Midwest, mais aussi une certaine désespérance reliée peut-être à la vieillesse ou à l'abandon d'une vie meilleure. Mais le cinéaste ne juge jamais, montre les situations, au fil d'un scénario solide qui nous permet une véritable plongée dans cet univers.

Outre une réalisation de très grande expérience, Nebraska profite aussi d'une interprétation de premier ordre. Après avoir solidifié la carrière de Laura Dern dans Citizen Ruth, Payne offre à son père Bruce Dern, un habitué des seconds rôles, un superbe personnage, qu'il habite complètement. À ses côtés, Will Forte fait preuve d'une superbe retenue, contrastant avec June Squibb, véritable petite boule acide qui cache un grand amour pour son mari.

Nebraska – Paramount – Comédie dramatique – 115 minutes – Sortie en salles le 29 novembre 2013 – États-Unis.

EN IMAGES:

Quelques images du film «Nebraska»

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