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La violence se poursuit en Thaïlande; la première ministre appelle au calme

02/12/2013 09:37 EST | Actualisé 01/02/2014 05:12 EST

BANGKOK - Le leader de l'opposition thaïlandaise a promis lundi d'intensifier sa campagne pour renverser le gouvernement.

Il a appelé ses partisans à prendre d'assaut le quartier général de la police nationale après qu'ils se soient battus pendant toute la journée avec des policiers protégeant des édifices lourdement barricadés.

Plus tôt pendant la journée, la première ministre thaïlandaise Yingluck Shinawatra s'était déclarée prête à tout faire pour mettre fin aux manifestations violentes contre son gouvernement et pour rétablir la paix, tout en se disant «incapable» d'accepter la demande anticonstitutionnelle de l'opposition de remettre le pouvoir à un conseil non élu.

Mme Yingluck a été élue avec une majorité écrasante en 2011, et plusieurs observateurs estiment que les demandes des manifestants sont déraisonnables et même ridicules.

«En ce moment nous ne voyons aucune issue à la crise en respect avec la Constitution», a dit la première ministre lors d'une brève conférence de presse télévisée d'une douzaine de minutes.

Ses propos illustrent l'impasse politique dans laquelle se trouve la Thaïlande, sans issue évidente alors que la violence continue à s'intensifier dans les rues.

La querelle s'est intensifiée quand l'opposant Suthep Thaugsuban y est allé en fin de journée lundi d'un discours incendiaire devant des milliers de partisans en liesse rassemblés dans une enceinte gouvernementale capturée la semaine dernière, au début des manifestations antigouvernementales.

Les manifestations visant à renverser le gouvernement de Mme Yingluck ébranlent une des économies les plus solides d'Asie et surviennent à quelques semaines seulement de la saison touristique la plus achalandée.

Même si Mme Yingluck dissout le parlement et organise des élections, a dit M. Suthep, il entend «continuer le combat (...) parce qu'ils pourront toujours revenis sucer le sang du peuple, voler le peuple, faire fi de la Constitution et faire de nous leurs esclaves. Si le peuple se contente des élections et rentre chez lui, alors je resterai ici seul», a-t-il lancé.

Plus tôt pendant la journée, des manifestants s'étaient emparés de camions à ordures et de bouteurs pour essayer d'enfoncer les barrières de ciment qui protègent le siège du gouvernement et d'autres édifices. Les policiers ont tenté de les repousser avec des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des balles de caoutchouc, tandis que les manifestants répliquaient avec des bombes artisanales.

Au moins trois personnes ont été tuées et plus de 200 blessées au cours des trois derniers jours de manifestations, le point culminant de rassemblements qui ont vu jusqu'à 100 000 personnes descendre dans les rues. La police affirme ne pas avoir utilisé de balles réelles, mais un hôpital de Bangkok a dit avoir soigné au moins deux personnes pour des blessures par balles.

Les manifestants sont essentiellement des partisans du Parti démocratique et des membres de la classe moyenne de Bangkok. Ils accusent Mme Yingluck d'être la marionnette de son frère, l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, qui a été chassé par l'armée en 2006 et qui vit en exil pour échapper à une peine de prison pour corruption.

«S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour redonner la paix au peuple thaïlandais, je serai heureuse de le faire, a dit Mme Yingluck sur un ton conciliant mais ferme. Le gouvernement est très ouvert aux pourparlers, mais pour ma part, je ne vois aucune solution à ce problème qui respecte la loi et la constitution. Le gouvernement ne cherche pas à s'accrocher au pouvoir.»

Un deuxième mandat d'arrestation, celu-ci pour insurrection, a été émis lundi contre M. Suthep. Ce dernier affirme que sa campagne est pacifique, ce qui ne l'a pas empêché de demander à ses partisans de prendre le contrôle du quartier général de la Police métropolitaine de Bangkok.

La violence de lundi s'est concentrée autour d'institutions vitales comme le siège du gouvernement, le parlement et le quartier général de la police. Le secteur de Bangkok où se trouvent certains des principaux attraits touristiques de la ville n'est pas touché.

L'analyste Thitinan Pongsudhirak a expliqué à l'Associated Press que si les demandes de M. Suthep peuvent paraître farfelues, elles sont bien accueillies par une population qui n'a plus aucune confiance envers le système électoral et qui croit devoir créer son propre gouvernement et écrire ses propres règles.

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