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Thaïlande: Bangkok secouée par des violences autour du siège du gouvernement, plusieurs morts

01/12/2013 01:49 EST | Actualisé 31/01/2014 05:12 EST
REUTERS

Voilà un mois que les opposants à la Première ministre thaïlandaise Yingluck Shinawatra et à son frère Thaksin manifestent quasi quotidiennement. Un cap a toutefois été franchi ce week-end avec les premières violences de rue meurtrières. Dimanche 1er décembre, des milliers de manifestants menaçaient de prendre le siège du gouvernement à Bangkok, où des affrontements ont fait deux morts la veille.

Au coeur de la colère des manifestants, une alliance hétéroclite de bourgeoisie conservatrice et de groupuscules ultra-royalistes: une haine profonde du frère de la Première ministre, le milliardaire Thaksin Shinawatra, ancien Premier ministre renversé par un coup d'Etat en 2006, accusé de rester aux commandes malgré son exil à Londres. La colère des manifestants est née d'un projet de loi d'amnistie, selon eux taillé sur mesure pour permettre le retour de Thaksin. Malgré le rejet du texte par le Sénat, les manifestants n'ont pas désarmé.

Parmi les "chemises jaunes" à Bangkok, des manifestants violents disputent la part belle à d'autres plus pacifiques. Quelques centaines de manifestants équipés de masques, essayant de déplacer les blocs de béton et de couper les rouleaux de fil barbelé installés devant l'entrée du siège du gouvernement, avant d'être repoussés par des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Devant une autre entrée, un sit-in pacifique était organisé et la formule "Berlin wall in Bangkok" ("le mur de Berlin à Bangkok") peinte en lettres de couleur sur les parpaings.

Après l'occupation et le siège dans la semaine de ministères et d'administrations (que les autorités ont laissé faire de crainte d'aviver la tension) les manifestants ont été autorisés à pénétrer dimanche dans l'enceinte du ministère de l'Intérieur. Mais ils n'ont pas pris pour l'instant le contrôle de chaînes detélévision, contrairement à leurs menaces.

Un peu plus tôt dimanche, les meneurs des "chemises rouges" pro-pouvoir, réunies par dizaines de milliers dans un stade à Bangkok, avaient appelé leurs troupes à se disperser, par crainte de violences. Mais le maintien de l'ordre pourrait se compliquer si l'opposition réussit à réunir autant de monde que dimanche dernier, quand plus de 150.000 manifestants l'ont rejointe.

Un meneur des "rouges" a évoqué sur scène la mort de quatre des leurs. Seules trois morts au total ont été confirmées par la police, un étudiant et deux "rouges". Les violences ont éclaté samedi soir près du stade, quand des opposants ont attaqué à coups de pavés un bus rempli de "chemises rouges". Un homme de 21 ans, première victime de la crise, a été tué par balles dans des circonstances troubles.

Les meneurs du mouvement d'opposition ont appelé à un ultime effort pour arriver ce dimanche à la "victoire" avant l'anniversaire du roi Bhumibol le 5 décembre, célébrations pendant lesquelles il est impensable de manifester, dans une société thaïlandaise très attachée à son roi.

En 2010, quelque 100.000 "rouges" avaient occupé le centre de Bangkok pendant deux mois pour réclamer la chute du gouvernement de l'époque, avant un assaut de l'armée. La crise, qui avait fait environ 90 morts et 1.900 blessés, avait mis en lumière les profondes divisions de la société entre masses défavorisées du nord et du nord-est, fidèles à Thaksin, et les élites de la capitale qui le voient comme une menace pour la monarchie.

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