NOUVELLES

Quand 100 000 jeunes beurs marchaient sur Paris

01/12/2013 07:00 EST | Actualisé 31/01/2014 05:12 EST

Trente ans plus tard, la grande marche contre le racisme en France résonne encore dans nos débats contemporains.

Un billet de Michel Labrecque

Cette semaine, à Désautels le dimanche, je vous raconte une histoire peu connue qui a pourtant changé profondément le visage de la France. Un événement qui s'est produit il y a 30 ans, mais qui ressurgit de façon brûlante dans l'actualité, et qui résonne aussi au Québec avec les débats autour de la charte des valeurs.

En 1983, des jeunes Français issus de l'immigration maghrébine entreprenaient une marche à travers toute la France pour dénoncer le racisme souvent violent qui avait cours dans les « cités » défavorisées des grandes villes. Ils l'ont baptisée la marche pour l'égalité et contre le racisme.

Le film La marche, sorti en France mercredi dernier, mettant en vedette Djamel Debbouzze, raconte leur histoire.

Ils étaient une trentaine au départ de Marseille. Ils ont terminé leur marche à 100 000 à Paris. Leur message : « Nous sommes d'une origine différente, mais nous voulons être Français comme vous ».

Farid Lhaoua, qui a participé à cette marche, raconte comment tous ces jeunes, « relégués » dans des quartiers populaires, ont « fait le chemin pour casser cet enfermement ».

L'impact de cette marche est profond : la France se découvre beaucoup plus multiethnique qu'elle ne le croyait. Des mouvements comme SOS Racisme, et leur célèbre slogan « Touche pas à mon pote! », voient le jour.

Et aujourd'hui?


Mais 30 ans plus tard, le film La marche prend l'affiche alors que la France est plongée dans des débats tumultueux sur le racisme. La ministre de la Justice, Christiane Taubira, une Noire originaire de Guyane, a été récemment traitée de guenon par des membres d'une extrême droite en pleine ascension.

Le sociologue Abdellali Hajjat, auteur du livre La marche pour l'égalité et contre le racisme, croit que les objectifs de la marche sont loin d'être atteints, même s'il y'a certains progrès.

Si le sujet vous intéresse, écoutez mon reportage radio. Vous pouvez également voir l'excellent documentaire Les marcheurs, chronique des années beurs, de Samia Chala, sur Internet.


« On ne part pas avec les mêmes chances que les autres »

Il y a 10 ans, j'ai fait un reportage dans le quartier des Minguettes, en banlieue de Lyon, 10 ans après la Marche des beurs. J'y ai notamment rencontré de jeunes Français d'origine maghrébine désillusionnés et Christian Delorme, un prêtre catholique qui œuvrait dans les banlieues lyonnaises. Le père Delorme y constatait alors que « les jeunes issus de l'immigration maghrébine font partie des gens exclus de notre société, de la richesse, du pouvoir. »

Voici un extrait du reportage :

En vue de l'émission de cette semaine à Désautels le dimanche, à 10 h, nous vous posons la question : les jeunes Français d'origine maghrébine ont-ils marché pour rien il y a 30 ans? Dites-le-nous dans les commentaires ci-dessous.

PLUS:rc