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<em>Les survivantes</em>, à Télé-Québec : le combat de six mamans éplorées

01/12/2013 04:46 EST | Actualisé 31/01/2014 05:12 EST
Courtoisie: Télé-Québec

Justin, Jérôme, Daphnée, Émilie, Simon, Claudie, Jérémie, Karen et Lindsay ont été assassinés par leur papa. Daphnée, six ans, a été étouffée avec un oreiller. Émilie, 18 mois, a reçu des projectiles d'armes à feu. Simon, huit ans et dix mois, et Claudie, sept ans, ont été intoxiqués aux Valiums, puis asphyxiés dans une voiture. Jérémie, quatre ans, a été pendu. Et Justin, deux ans, Jérôme, six ans, Karen, onze ans, et Lindsay, treize ans, ont été emportés dans l'explosion ou l'incendie de leur maison.

Les papas de ces petits anges se sont suicidés après avoir commis leur crime. Mais leur maman, elles, survivent. Du mieux qu'elles le peuvent. Et elles veulent être entendues, même si les gens sont souvent mal à l'aise devant leur détresse. «Même si vous ne voulez pas nous entendre, on va en parler quand même!»

Cette phrase percutante, c'est Marie-Paule McInnis qui la lance dans le bouleversant documentaire Les survivantes, que Télé-Québec présentera ce lundi 2 décembre, à 21h. Après la mort de ses deux garçons, Marie-Paule a publié le livre La survivante, qui a interpellé plusieurs mères comme elle, dont les enfants ont été tués par leur ex-conjoint.

Toutes ensemble, elles ont formé un groupe, et mènent, depuis, un combat quotidien pour informer la population sur les causes qui mènent à ce genre de drame afin d'éviter que de telles tragédies ne se reproduisent. Ces six femmes, Marie-Paule McInnis, Huguette Archambault, Martine Bélanger, Nadine Brillant, Marie-Hélène Guimont et Caroline Poissant revendiquent plus d'aide de la part du gouvernement et réclament l'obtention du statut de victimes d'actes criminels. Elles seront à Tout le monde en parle ce dimanche, et vous les entendrez sur diverses tribunes dans les prochains jours, puisqu'elles s'apprêtent à déposer un manifeste énumérant leurs demandes, ainsi qu'une pétition pour faire accélérer les choses.

Récits épouvantables

Réalisé avec beaucoup de pudeur et de respect par Éli Laliberté et Karina Marceau, le documentaire Les survivantes raconte l'horreur vécue par Marie-Paule, Huguette, Martine, Nadine, Marie-Hélène et Caroline et dépeint les circonstances des événements. Dans presque tous les cas, le contexte menant au meurtre était similaire : ces femmes avaient pratiquement toutes subi de la violence conjugale et sexuelle de la part de leur ex-mari, et les gestes d'assassinat ont été posés lors d'une séparation ou d'un conflit entourant la garde des enfants.

Plusieurs des pères ne travaillaient pas lorsqu'ils sont passés à l'acte, certains avaient des problèmes avec la justice, ils refusaient tous d'accepter leur part du blâme dans l'échec de leur couple et n'avaient pas refait leur vie. Et, fait extrêmement troublant, quelques-unes d'entre elles avaient avisé la DPJ ou leurs avocats que leur ex pouvait être potentiellement dangereux, et rien n'a été fait pour éviter que le pire ne se produise. Sur ce point, les témoignages de Martine Bélanger et Marie-Hélène Guimont sont révoltants.

Les récits de ces survivantes sont à glacer le sang, notamment lorsqu'elles rapportent des propos tenus par leur ex au moment du drame. «Quand je serai en haut, je vais t'avoir à l'œil! Je vais toujours te lancer des sorts», a menacé l'un des pères à l'endroit de la mère de sa fille.

Impossible, aussi, de demeurer insensible devant la douleur de ces mamans éplorées, qui trouvent du réconfort là où elles le peuvent. L'une réécoute sans cesse un message laissé par sa fille sur sa boîte vocale et dort avec la couverture de son fils; l'autre dorlote une poupée aux cheveux longs, tandis qu'une autre encore a multiplié les tentatives de suicide. «L'âme est tellement défaite, que tu fais semblant de fonctionner, dans la vie»; «Pendant deux ans, j'ai frôlé la folie»; «C'est impossible de survivre à ça; tout le monde est transformé»; «La souffrance devient un compagnon de route. On lui fait une place et on marche avec». Ce ne sont là que quelques exemples de paroles qui vous iront droit au cœur.

Trop peu d'aide

On apprend aussi, dans le documentaire, que six à huit filicides - c'est ainsi qu'on nomme les homicides commis volontairement ou involontairement par des parents sur leurs enfants - sont perpétrés par année au Québec, et 25 au Canada.

Le gouvernement ne considère pas les parents orphelins de leurs enfants comme des victimes, mais comme des proches de victimes, ce qui signifie que le soutien qui leur est accordé se résume à bien peu : remboursement du nettoyage de la scène de crime et des frais funéraires, ainsi que 20 séances de psychothérapie payées par l'État québécois. Ces trop maigres conditions ne permettent pas aux mamans et aux papas affligés de traverser adéquatement leur deuil.

Journaliste et rédactrice pigiste, Nadine Brillant n'a pas droit au chômage et ne s'est alloué que cinq jours de congé depuis la disparition de ses deux trésors, il y a un an et demi. Huguette Archambault n'a jamais réussi à réintégrer le marché du travail depuis le départ de ses amours.

Les requêtes précises de ces six combattantes sont énoncées très clairement à la fin du documentaire, et ces femmes entendent poursuivre leur bataille. Car, comme le dit si bien l'une d'elles : «Se lever et essayer de changer les choses, ça donne un sens au non-sens.»

Pour en savoir plus sur les survivantes, on consulte le www.lessurvivantes.com. Le documentaire est diffusé ce lundi, à 21h, à Télé-Québec.