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Le Canada pourrait revendiquer davantage de plancher océanique dans l'Arctique

01/12/2013 02:09 EST | Actualisé 31/01/2014 05:12 EST

Le Canada veut repousser ses frontières dans l'Arctique dans une zone dont la superficie est équivalente aux trois provinces des Prairies.

Il devrait d'ailleurs le faire savoir d'ici vendredi, date limite pour déposer une demande à une commission des Nations unies pour obtenir les droits exclusifs sur 1,7 millions de kilomètres carrés de plancher océanique. Cette demande, faite en vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, sera le point culminant d'une décennie de travail ayant coûté plus de 200 millions $ de fonds publics.

La carte du fond sous-marin a été dessinée par nombre de scientifiques travaillant tant dans des laboratoires à Ottawa que dans des camps d'observation des glaces au nord de l'île Ellesmere, où ils n'ont pas hésité à plonger pour topographier le plancher océanique à des milliers de mètres de profondeur.

Cette opération a nécessité plus d'une dizaine de voyages en brise-glace, en plus d'expéditions en hélicoptère et en avion. Un sous-marin sans équipage contrôlé à distance a aussi passé plusieurs jours sous la glace.

Avec la coopération du Danemark, de la Russie et des États-Unis, de l'information a été rassemblée sur plus de 18 000 kilomètres de plancher océanique, dans une partie du monde moins documentée que la surface de la Lune.

Michael Byers, un expert en droit arctique et international de l'université de la Colombie-Britannique, admet que cela a été un défi gigantesque.

La Convention des Nations unies sur le droit de la mer détaille les droits que possède chaque pays sur ses eaux environnantes. En plus des 22 kilomètres d'eaux territoriales et la zone économique exclusive de 370 kilomètres, les pays côtiers peuvent réclamer des droits supplémentaires sur le plancher océanique s'ils peuvent démontrer que leur plateforme continentale s'étend au-delà de la zone économique.

Le gouvernement canadien a déjà publié des cartes des frontières maritimes qu'elle pourrait réclamer. La Russie a déposé sa demande en 2002 et le Danemark, la semaine dernière.

Les États-Unis n'ont pas signé la Convention, mais ont accepté de suivre la plupart de ses règles.

Peu de conflits devraient émaner de cette commission. Un calcul estime à un mince 75 000 kilomètres carrés les territoires doublement réclamés, sur un total de millions de kilomètres carrés de territoire arctique.

Rob Huebert, un expert de l'Arctique à l'université de Calgary, croit que le Canada pourrait réclamer un territoire allant au-delà du pôle Nord. Selon lui, cette demande serait justifiée: une crête sous-marine appelée la dorsale de Lomonossov s'étend vers le Nord à partir de l'île d'Ellesmere.

Les autorités canadiennes ont reconnu avoir effectué des vols de cartographie au-dessus du pôle et du territoire russe, qui s'arrête justement au pôle. Mais selon Michael Byers, il n'y a aucune preuve que le Canada ait amassé l'information nécessaire pour affronter la Russie.

«Nous avons peut-être de petits empiétements au centre, mais pour la majorité, il n'y aura pas d'empiétements entre la réclamation de la Russie d'un côté, et celles du Canada et du Danemark de l'autre», a-t-il expliqué.

Pour M. Huebert, tout dépend de la valeur que les autorités canadiennes accordent à ce territoire.

«Peut-être que ça n'en vaut simplement pas la peine. Peut-être qu'on s'est dit que ce n'était pas important au regard de la paix et de la stabilité internationales et qu'on allait baser notre réclamation sur ce facteur.»

Mais que le Canada réclame le pôle Nord ou non, une décision ne sera probablement pas rendue avant 20 ans. La seule vérification scientifique des informations du Canada pourrait prendre cinq ans, a indiqué M. Huebert.

Pour M. Byers, il n'y a pas d'urgence à régler ce dossier non plus. L'exploitation commerciale des ressources naturelles de ces territoires les plus éloignés et difficiles du monde n'est pas pour demain, affirme-t-il.

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