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Accord Ukraine-UE: plus de 300 000 personnes manifestent à Kiev

01/12/2013 01:08 EST | Actualisé 31/01/2014 05:12 EST

KIEV, Ukraine - Une manifestation réunissant environ 300 000 Ukrainiens en colère par la décision de leur gouvernement de bloquer l'intégration avec l'Occident a tourné à la violence, dimanche, lorsque des manifestants ont assiégé le bureau du président avant que la police ne les repousse à retraiter à l'aide de matraques, de gaz lacrymogène et des grenades aveuglantes, blessant des dizaines de personnes.

Ce rassemblement de masse est venu défier l'interdiction du gouvernement ukrainien de manifester sur la place de l'Indépendance dans le centre-ville de Kiev. Il s'agit de la plus importante manifestation à avoir eu lieu depuis le refus du président de l'Ukraine, Viktor Ianoukovitch, de signer une entente d'association avec l'Union européenne, vendredi.

Pendant que les leaders de l'opposition réclamaient une grève nationale et l'ajout de manifestations pacifiques dans les rues pour demander la démission du gouvernement, plusieurs milliers de manifestants ont quitté les rangs et pris la direction du bureau de M. Ianoukovitch.

Quelques centaines parmi eux, portant des masques, ont lancé des roches et d'autres objets vers la police, et ont tenté de briser la muraille policière à l'aide d'une chargeuse. Après plusieurs heures d'affrontements, l'escouade anti-émeute a fait usage de la force pour les repousser.

Des dizaines de personnes apparemment blessées à la tête ont été emmenées dans des ambulances. Plusieurs journalistes ont eux aussi été blessés dans les heurts, dont quelques-uns sous les coups des policiers.

Les leaders de l'opposition ont dénoncé les heurts comme des provocations visant à discréditer la manifestation pacifique et ont affirmé que les personnes ayant incité la foule à s'attaquer aux bureaux présidentiels étaient des bandits embauchés par l'État.

Plusieurs leaders de l'opposition, dont Vitali Klitschko, ancien champion mondial de boxe et chef du parti Udar, ont marché jusqu'aux bureaux du président Ianoukovitch pour exhorter les manifestants à demeurer sur la place et à rester pacifiques.

L'ordre semblait avoir été rétabli dimanche soir, alors que plusieurs rangées de policiers anti-émeute montaient la garde derrière des barricades métalliques.

Certains manifestants se sont dirigés vers la résidence officielle du président, en banlieue de Kiev, mais leurs voitures ont été interceptées par la police.

Selon le ministère ukrainien de l'Intérieur, l'affrontement devant le bâtiment gouvernemental a été provoqué par environ 200 personnes portant des masques, qui ont eu recours à une chargeuse frontale pour essayer de passer à travers le barrage policier et ont aussi aspergé les policiers de gaz.

Prenant la parole du toit d'un autobus, les leaders de l'opposition ont réclamé la démission de M. Ianoukovitch et la fin de son gouvernement.

Ils ont également demandé la tenue d'une grève générale et invité les manifestants à installer des tentes sur la place de l'Indépendance afin de l'occuper 24 heures sur 24.

«Notre plan est clair: ce n'est pas une manifestation, ce n'est pas une réaction, c'est une révolution», a déclaré Iouri Loutsenko, une autre personnalité de l'opposition.

Des cris de «révolution» ont résonné à travers l'océan de drapeaux jaunes et bleus ukrainiens et d'emblèmes de l'Europe sur la place. Des milliers de manifestants sont demeurés à cet endroit jusqu'à très tard dans la soirée, et certains étaient même prêts à y passer la nuit.

Il s'agissait, de loin, de la plus importante manifestation depuis le début des troubles sociaux, il y a une semaine, et rappelait le souvenir de la Révolution orange de 2004, lorsque des dizaines de milliers de personnes s'étaient installées sur la place, à tous les soirs, et monté des tentes le long de la principale avenue menant à la place.

Kiev a été le théâtre de manifestations quotidiennes depuis que le président Viktor Ianoukovitch a refusé de signer un accord qui aurait établi une zone de libre-échange entre l'Ukraine et l'Union européenne. Il a justifié sa décision en disant que le pays ne pouvait se permettre de rompre ses liens commerciaux avec la Russie.

L'entente devait être signée vendredi et, depuis, la contestation fait rage dans les rues de la capitale ukrainienne.

La colère des manifestants étaient aussi nourrie, dimanche, par l'intervention musclée de la police contre des contestataires sur la place de l'Indépendance dans la nuit de vendredi à samedi. Certains ont été blessés à la tête après que les policiers de l'escouade anti-émeute les eurent battus avec des matraques.

L'entente avec l'UE était fortement attendue par les Ukrainiens qui désirent que leur pays de 45 millions d'habitants quitte l'orbite de Moscou. De récents sondages révèlent que 45 pour cent de la population soutiennent une plus forte intégration avec l'UE, et qu'un tiers des citoyens ou moins étaient plutôt en accord avec un resserrement de la relation avec la Russie.

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