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Thaïlande: des manifestants sont entrés de force au siège de l'armée

29/11/2013 07:53 EST | Actualisé 29/11/2013 07:55 EST
Piti A Sahakorn via Getty Images
BANGKOK, THAILAND - 2013/11/29: Anti-government protesters during a rally at Asoke intersection in Bangkok. Several thousand protesters are continuing to occupy and protest at strategic parts of the capital including the Finance Ministry in an effort to paralyze the government of Prime Minister Yingluck Shinawatra. (Photo by Piti A Sahakorn/LightRocket via Getty Images)

Les manifestants thaïlandais ont occupé vendredi le quartier général de l'armée de terre et assiégé le siège du parti au pouvoir pendant quelques heures avant de se disperser, nouvelles démonstrations de force pour pousser le gouvernement à la démission.

La mobilisation dure depuis un mois contre la chef du gouvernement Yingluck Shinawatra et son frère Thaksin, ancien premier ministre renversé par un coup d'Etat en 2006, qui reste au coeur de la politique du royaume malgré son exil.

Mais elle a pris de l'ampleur cette semaine, avec l'occupation de plusieurs bâtiments officiels, dont le ministère des Finances. Les manifestants ont aussi assiégé par milliers plusieurs administrations, dont le quartier général de la police nationale, où l'électricité a été coupée jeudi.

Vendredi, quelques milliers d'entre eux ont jeté leur dévolu sur le siège de l'armée de terre, dont ils ont forcé le portail, entrant dans le complexe, avant de ressortir de leur plein gré un peu plus de deux heures plus tard.

"Le point-clef, c'est qu'ils n'ont pas de stratégie ou de but clair. Leur désir basique et celui de leurs meneurs est de créer le chaos et la destruction, en espérant sans doute que les militaires doivent intervenir et prendre le pouvoir", a expliqué à l'AFP Andrew Walker, spécialiste de l'Asie du sud-est à l'Université nationale australienne.

"Nous voulons savoir si l'armée se mettra du côté du peuple", a en effet déclaré l'un des meneurs des assaillants, Amorn Amornrattananont, affirmant néanmoins "ne pas vouloir d'un coup d'Etat militaire". Une hypothèse qui n'est pourtant pas absurde dans un pays qui a connu 18 coups d'Etat ou tentatives depuis l'établissement de la monarchie constitutionnelle en 1932, dont celui contre Thaksin il y a sept ans.

Mais un haut responsable du ministère de la Défense a assuré que les militaires ne sortiraient pas de leurs casernes. "Il n'y a pas de mouvement de troupes liés à la situation actuelle", a déclaré le général Niphat Thonglek, dénonçant l'action des manifestants.

Des milliers d'autres opposants, accompagnés du bruit assourdissant de sifflets qui sont devenus leur signe distinctif, ont marché vers le siège du parti Puea Thai au pouvoir, qui avait largement remporté les dernières élections de 2011, comme tous les autres partis pro-Thaksin avant lui depuis plus de dix ans.

"Risques de violence"

Après un face à face tendu devant le bâtiment protégé par des dizaines de policiers anti-émeutes, les manifestants sont repartis, alors que cette atmosphère insurrectionnelle est concentrée dans quelques endroits de la mégalopole de 12 millions d'habitants, où la vie suit son cours.

"Les manifestants ont radicalement changé depuis le début où les leaders avaient promis de manifester pacifiquement", a commenté Paradorn Pattanatabut, chef du Conseil de sécurité nationale, décrivant les manifestations comme "illégales", avec "des risques de violence".

Leur colère a été provoquée par un projet de loi d'amnistie, selon eux taillé sur mesure pour permettre le retour de Thaksin, en exil pour échapper à une condamnation pour malversations financières.

Malgré le rejet du texte par le Sénat, les manifestants, groupes hétéroclites rassemblés par leur haine du milliardaire, n'ont pas désarmé et exigent désormais la tête de Yingluck, qu'ils considèrent comme une marionnette de son frère.

Dans une capitale habituée aux violences politiques, ce mouvement, le plus important depuis la crise de 2010 qui avait fait 90 morts, fait craindre des débordements, notamment à l'approche du week-end qui devrait voir une nouvelle augmentation du nombre de manifestants après un pic à quelque 150.000 dimanche dernier.

Mais le mouvement pourrait faire une pause à l'approche de l'anniversaire du roi Bhumibol, le 5 décembre, un évènement très important pour les Thaïlandais, qui se doit d'être célébré dans le calme et le respect.

Si les rassemblements sont jusqu'ici restés largement pacifiques, quelques incidents mineurs ont eu lieu jeudi en dehors de Bangkok.

Quelques milliers de "rouges" campent d'autre part dans un stade de la capitale depuis dimanche et ont appelé pour samedi à un grand rassemblement.

En 2010, quelque 100 000 "rouges" avaient occupé le centre de Bangkok pour réclamer la chute du gouvernement Démocrate de l'époque, avant un assaut de l'armée. La crise, la plus grave qu'ait connue la Thaïlande moderne, avait fait quelque 90 morts et 1.900 blessés.

Elle avait également mis en lumière les profondes divisions de la société thaïlandaise entre masses rurales et urbaines défavorisées du nord et du nord-est du pays, fidèles à Thaksin, et les élites de la capitale gravitant autour du palais royal qui le voient comme une menace pour la monarchie.

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