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Les policiers de Kiev font usage de la force pour interrompre une manifestation

29/11/2013 09:49 EST | Actualisé 29/01/2014 05:12 EST

KIEV, Ukraine - Les autorités policières de Kiev ont fait usage de la force pour mettre fin à une importante manifestation dans la capitale ukrainienne, battant certains des participants avec des matraques.

Vers 4 h 30 samedi (heure locale), les policiers se sont déplacés en direction des quelque 400 manifestants, agitant leurs matraques et lançant des gaz lacrymogènes, selon Sergei Milnichenko, l'organisateur de la manifestation.

Ces manifestants avaient pris part, vendredi, à un rassemblement monstre ayant réuni quelque 10 000 participants qui exigeaient la démission du président Viktor Ianoukovitch, après qu'il eut mis sur la tablette une entente avec l'Union européenne au profit de liens plus étroits avec la Russie.

«C'était horrible. Nous prenions part à une manifestation pacifique et ils nous ont attaqués», a déclaré Lada Tromada. «Ils nous ont expulsés comme si nous étions des sacs à déchets.»

Des ambulances ont été appelées sur les lieux de la place de l'Indépendance, et certains des manifestants saignaient de la tête et des bras.

Environ 2000 policiers anti-émeute casqués avaient encerclé les quelque 10 000 personnes qui s'étaient rassemblées sur la place de l'Indépendance, la veille. Cette place a été l'épicentre des manifestations qui, en 2004, sont devenues la Révolution orange et ont entraîné la reprise d'une élection présidentielle frauduleuse.

Plusieurs manifestants agitant les drapeaux de l'Ukraine et de l'UE ont déchiré des images du président Ianoukovitch, qui a laissé tomber l'accord de libre-échange, vendredi, lors d'un sommet à Vilnius, en Lituanie. Quelques échauffourées mineures ont éclaté entre policiers et manifestants, mais on n'avait pas rapporté d'affrontements importants.

Les leaders de l'opposition qui ont pris la parole ont demandé aux foules de se faire encore plus nombreuses.

«Nous organiserons de grandes manifestations dans toute l'Ukraine. Ils doivent voir notre force», a dit Arseni Iatseniuk, un allié de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko, l'ennemie jurée du M. Ianoukovitch. Il a dit que l'opposition «fera tout» pour tenter de forcer la tenue d'une élection présidentielle avant celle prévue en 2015.

«Notre droit de vivre dans un pays européen a été volé», a quant à lui lancé le champion de boxe Vitali Klitshcko, une autre figure de proue de l'opposition.

M. Ianoukovitch a abruptement dévié de sa trajectoire vers une intégration avec l'UE la semaine dernière, quand son gouvernement a annoncé qu'il suspendait les préparatifs devant mener à la signature de l'entente.

Le président a fait valoir que l'Ukraine ne peut se permettre de sacrifier ses liens commerciaux avec la Russie, qui a tenté de bloquer l'entente en interdisant l'importation de certains produits ukrainiens et en menaçant d'imposer de nouvelles sanctions économiques.

Une dizaine de milliers de partisans de M. Ianoukovitch ont aussi manifesté à Kiev vendredi, à quelques centaines de mètres seulement du lieu de l'autre manifestation.

De leur côté, les leaders européens s'en sont pris à la Russie, vendredi, pour avoir fait échouer la signature de l'entente avec l'Ukraine. La plupart des dirigeants ont accusé la Russie d'avoir eu recours aux menaces et à l'intimidation pour faire avorter l'accord.

«Nous ne devons pas céder aux pressions extérieures, et encore bien moins à celle provenant de la Russie», a lancé le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, en utilisant un langage particulièrement musclé.

Le président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso, a ajouté que «l'époque de la souveraineté limitée est terminée en Europe», avant d'alléguer que la Russie semble toujours voir l'Ukraine comme un voisin servile.

La Russie avait notamment menacé l'Ukraine de lui refiler des factures astronomiques pour son approvisionnement en gaz naturel­.

«C'est évident qu'il y a eu des pressions, notamment par le biais du gaz naturel», a dit le président français François Hollande.

M. Ianoukovitch a dit qu'il désire maintenant une entente tripartite impliquant la Russie, mais cette notion a été immédiatement rejetée. «Quand nous concluons une entente bilatérale, nous n'avons pas besoin d'un accord tripartite», a dit M. Barroso.

Pour sa part, la chancelière allemande Angela Merkel a félicité des pays comme la Géorgie et la Moldavie qui ont continué à se rapprocher de l'occident en dépit de pressions similaires.

«Quand on voit comment, en partie, on exerce des pressions sur ces pays par les biais de restrictions commerciales, alors je dis que c'est vraiment une décision courageuse», a-t-elle dit.

L'hôte du sommet, Dalia Gribauskaite, a rappelé l'histoire de la Lituanie qui s'est affranchie de l'Union soviétique, déclarant que la décision doit ultimement être celle du peuple. «S'il y a une volonté politique de résister et de ne pas céder, alors les pressions restent sans effet», a-t-elle dit.

Certains analystes croient maintenant que M. Ianoukovitch quittera Vilnius plus faible qu'auparavant puisque l'Union européenne ne semble pas devoir lui offrir une aide supplémentaire, ce qui est de mauvais augure pour lui à quelques jours d'une rencontre avec les dirigeants russes.

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