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Les manifestants thaïlandais envahissent le quartier général de l'armée

29/11/2013 10:17 EST | Actualisé 29/01/2014 05:12 EST

BANGKOK - Des manifestants thaïlandais ont envahi vendredi le quartier général de l'armée pour demander aux militaires de les aider à chasser la première ministre Yingluck Shinawatra du pouvoir.

Une lettre adressée au chef de l'armée par les manifestants ne réclame pas de coup d'État mais demande aux leaders militaires de prendre position dans la crise politique. L'armée insiste qu'elle n'a aucune intention de s'impliquer dans la dispute.

La foule de quelque 1200 personnes est demeurée sur place pendant environ deux heures avant de quitter pacifiquement. Il s'agissait d'une manoeuvre audacieuse et très symbolique dans un pays qui a connu 18 coups d'État ou tentatives de coups d'État depuis 1930.

Le plus récent s'est produit en 2006 quand l'armée a détrôné le frère de Mme Yingluck, Thaksin Shinawatra, qui vit maintenant à l'étranger pour échapper à sa condamnation pour corruption mais qui joue néanmoins un rôle de premier plan dans le conflit actuel.

Le commandant de l'armée, le général Prayuth Chan-ocha, a demandé aux manifestants d'être démocratiques et respectueux des lois.

«N'essayez pas de pousser l'armée à prendre parti parce que l'armée considère que nous sommes tous des Thaïlandais, donc le gouvernement et les dirigeants et les gens de tous les secteurs doivent s'unir pour trouver une solution pacifique le plus tôt possible», a dit le militaire par voie de communiqué.

Le ministre de l'Intérieur et le chef de la police nationale ont demandé à la population, lors d'une apparition à la télévision officielle, de ne pas participer aux démonstrations. Le vice-premier ministre Pracha Promnok a dit que les autorités tenteront d'éviter tout recours à la force, avant d'accuser le leader des manifestants, Suthep Thaugsuban, d'avoir gravement endommagé le pays.

Les manifestants exigent la démission de Mme Yingluck, qui a été élue en 2011. Ils prétendent que son gouvernement est en réalité contrôlé par son frère. Ils affirment que leur but est non seulement de la chasser du pouvoir, mais aussi d'éliminer complètement l'influence de Thaksin.

Mme Yingluck a déclaré à la BBC britannique, vendredi, que la tenue d'élections anticipées ne réglerait rien. «On doit se demander (si) les manifestants seraient satisfaits ou non», a-t-elle dit.

Une autre foule s'est rassemblée vendredi devant le quartier général du parti Pheu Thai de Mme Yingluck, où une centaine de policiers anti-émeute montaient la garde pour les empêcher de pénétrer à l'intérieur.

Une foule distincte d'environ 1000 personnes a défilé au coeur de Bangkok pour se rendre jusqu'à l'ambassade américaine, où un parlementaire de l'opposition, l'ancien ministre des Finances Korn Chatikavanij, a déposé une lettre dénonçant le leadership de Mme Yingluck.

Le général Prayuth a expliqué que les soldats ont refusé d'intervenir pour empêcher les manifestants de pénétrer dans leur enceinte.

«L'armée n'a pas voulu utiliser la force et nous ne voyons pas les manifestants comme des ennemis ou des adversaires. Ce sont des Thaïlandais qui ont des vues politiques différentes. De toute manière, les mesures de sécurité seront maintenant resserrées», a-t-il dit.

Le quartier général de l'armée est voisin du siège social de l'ONU pour la région Asie-Pacifique.

La première ministre est très hésitante à avoir recours à la force pour mettre fin aux manifestations, de peur de provoquer des affrontements avec les militants — ce qui pourrait effrayer les investisseurs étrangers et nuire à l'industrie touristique du pays.

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