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Le nouveau président de la FTQ, Boyer, reconnaît son impuissance face à Goyette

29/11/2013 01:43 EST | Actualisé 29/01/2014 05:12 EST

QUÉBEC - Le nouveau président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Daniel Boyer, a déclaré vendredi son impuissance concernant la présence de «poussière dans les coins» au sein de syndicats affiliés.

M. Boyer a été élu sans opposition, vendredi, au dernier jour du congrès de la centrale syndicale, un événement qui a aussi permis l'élection de son colistier au poste de secrétaire général. Serge Cadieux a récolté le vote de 64 pour cent des délégués.

En amorçant sa première conférence de presse avec M. Cadieux, Daniel Boyer a affirmé, tout comme son prédécesseur Michel Arsenault, qu'il n'y avait pas de «gangrène» au sein de la centrale syndicale.

De son côté, Serge Cadieux a soutenu que le ménage avait été fait dans les rangs de la FTQ, et il a soutenu que les témoignages sur les liens entre le crime organisé et le syndicat, entendus à la Commission Charbonneau, réfèrent aux choses du passé.

Appelé à commenter la participation au congrès de Richard Goyette, ancien directeur général de la FTQ-Construction qui avait demandé l'appui d'un proche de la mafia montréalaise avant d'être élu à la tête du syndicat affilié, en 2008, M. Boyer a affirmé qu'il n'avait aucun recours là-dessus.

Refusant de se prononcer sur la pertinence de sa présence, M. Boyer a expliqué que M. Goyette était inscrit à titre de délégué de l'Association des manoeuvres inter-provinciaux (AMI), mais qu'il était exclu des instances de la FTQ.

«La FTQ, c'est une grande centrale syndicale avec des syndicats affiliés; moi, je n'ai rien à voir sur le fait que Richard Goyette est un délégué du local AMI, je n'ai rien à voir là-dedans», a-t-il dit.

M. Boyer n'a pas voulu dire s'il était opportun que M. Goyette, membre honoraire de l'AMI depuis qu'il a pris sa retraite, participe au congrès, mais il a néanmoins affirmé par la suite qu'il était prêt à jouer son rôle auprès des affiliés.

«On dit souvent que ce n'est qu'une autorité morale et c'est vrai, mais je pense qu'avec un certain leadership on peut renforcer cette autorité morale auprès des affiliés et c'est ce qu'on s'engage à faire Serge et moi», a-t-il dit.

Quelques minutes plus tôt, avant la rencontre de MM. Boyer et Cadieux avec la presse, un candidat défait au poste de secrétaire général, Claude Généreux, avait exprimé sa désapprobation en apercevant, alors qu'il discutait avec les journalistes, M. Goyette déambuler dans la vaste salle du centre des congrès de Québec presque vide après l'élection.

«Il marche encore sur le plancher du congrès: je vous laisse déduire qu'il y a encore un peu de poussière dans les coins, a-t-il dit. Mais ce n'est pas parce que dans la maison il reste de la poussière dans les coins que la maison n'est pas propre. Généralement parlant, elle est pas mal propre.»

Un porte-parole de la FTQ-Construction, auquel l'AMI est affiliée, a aussi plaidé l'impuissance face à la participation de M. Goyette, qui a récemment cosigné un essai avec Jocelyn Dupuis, ex-directeur général de la FTQ-Construction accusé de fraude.

Dans une entrevue téléphonique, Merlin Trottier-Picard, agent aux communications, a rappelé de surcroît que M. Goyette n'a fait l'objet d'aucune accusation judiciaire.

«L'AMI a choisi de déléguer M. Goyette, a-t-il dit. Nous autres à la FTQ-Construction, on n'a pas notre mot à dire, on ne peut pas faire de jugement sur le choix des délégués.»

M. Généreux, qui a été secrétaire-trésorier national du Syndicat canadien de la fonction publique, affilié à la FTQ au Québec, s'est rallié publiquement au nouveau duo à la tête de la centrale syndicale, juste après le dévoilement du vote, lorsqu'il a pris la parole sur le plancher du congrès.

«Je me rallie et je suis sûr que tous mes sympathisants se rallient, on va travailler dans l'unité dès à présent, a-t-il dit. Félicitations, on a déjà changé les choses à ce congrès-ci, on a eu une élection.»

Au début du mois, le président sortant de la FTQ, Michel Arsenault, était revenu sur sa décision de briguer un nouveau mandat, lorsque M. Généreux avait annoncé qu'il voulait l'affronter.

M. Généreux a renoncé lundi à affronter M. Boyer, dauphin de M. Arsenault, pour briguer les suffrages au poste de secrétaire général, où il a recueilli 30 pour cent des 1396 votes exprimés. Michel Parent, un autre candidat au même poste qui a obtenu 5,5 pour cent des votes, s'est lui aussi rallié.

Prenant la parole devant la presse pour la première fois à titre de secrétaire général, M. Cadieux a rappelé qu'il avait contribué à la mise en place d'un code d'éthique uniforme au sein de la FTQ, en 2010.

«On ne peut plus étirer ça, on ne peut pas dire que pour un l'éthique s'arrête là, pour l'autre elle commence là, a-t-il dit. Tout le monde a les mêmes barèmes, on a un code qui est clair. (...) Si on entend que quelque chose retrousse, c'est sûr qu'on va intervenir, on n'attendra pas, on n'hésitera pas une seconde pour intervenir parce qu'on sait que ça nuit à la crédibilité de notre mouvement.»

M. Goyette avait succédé à M. Dupuis à la tête de la FTQ-Construction, en novembre 2008. Des écoutes électroniques diffusées devant la Commission Charbonneau ont permis d'apprendre que M. Goyette avait informé M. Arsenault, en 2009, qu'avant d'être élu il avait obtenu l'appui de Raynald Desjardins, un proche du clan Rizzuto.

Tout en se ralliant, M. Généreux a promis qu'il continuera de surveiller le tandem Boyer-Cadieux et qu'il n'hésitera pas à se faire entendre s'il constate que les changements ne sont pas suffisants.

«Pour moi ce n'est pas de s'assoir dans des salles et définir des codes d'éthique, c'est de donner l'exemple, faire preuve de bon jugement», a-t-il dit.

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