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La mort de Jean-Louis Roux crée un vide au sein de la communauté artistique

29/11/2013 02:37 EST | Actualisé 29/01/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - Maintenant que le rideau est définitivement tombé sur Jean-Louis Roux, d'anciens collègues et amis se rappellent de lui avec un mélange d'admiration et de nostalgie, mais ils ne peuvent s'empêcher d'éprouver un certain soulagement à l'idée de voir que ses souffrances sont terminées.

En entrevue à La Presse Canadienne, René Caron, qui l'avait notamment côtoyé sur le plateau de la série «Cormoran», n'a pas hésité une seconde à le qualifier «de grand, grand acteur canadien-français».

Du même souffle, il a ajouté qu'il ne pouvait que «s'incliner devant la compétence et le talent de ce monsieur-là», qui n'a jamais reculé devant des premiers rôles complexes.

Bien humblement, M. Caron a admis qu'il n'aurait jamais pu camper avec brio les grands rôles interprétés par son camarade, et qu'il avait donc préféré jouer les seconds violons.

Janine Sutto estime, pour sa part, que le défunt était certes «une grande figure du théâtre», mais aussi «un homme exceptionnel au point de vue [...] du dévouement pour les autres». Elle se souvient, par exemple, que «si des camarades étaient malades la nuit et qu'ils le contactaient, il y allait».

L'actrice, qui a participé au téléroman «Septième Nord» avec le disparu, a enchaîné en précisant que, récemment, l'état de santé de Jean-Louis Roux avait beaucoup décliné. Dans les circonstances, elle «était contente qu'il soit parti parce que ses derniers moments ont été terribles» et empreints de souffrance.

La directrice artistique et générale du Théâtre du Nouveau Monde, Lorraine Pintal, se rappelle elle aussi avec tristesse de cette ultime période qui a précédé la mort de l'artiste de 90 ans. Elle soutient qu'elle était désolée de le «voir confiné dans une chambre, à rêver à des projets, parce qu'il avait encore toute sa tête mais que le corps ne suivait plus».

Mme Pintal refuse, néanmoins, de conserver seulement ce triste souvenir de l'homme. Elle tient plutôt à garder bien vivant l'héritage de M. Roux, qui était, à ses yeux, «un bâtisseur». Elle lance sans ambages que le TNM n'existerait pas si Jean-Louis Roux et Jean Gascon ne l'avaient «pas tenu à bout de bras pendant des années et des années».

Mme Pintal insiste sur le fait qu'ils ont dû se «battre contre vents et marées», parce que ça n'a «jamais été simple d'avoir des subventions suffisantes pour produire des spectacles d'envergure, de présenter du grand répertoire, de tenir la barre, d'attirer le public».

Lorraine Pintal affirme qu'en tant que metteure en scène, «elleen prendrait encore beaucoup des Jean-Louis Roux».

Après avoir eu entre autres la possibilité de monter «Don Juan» de Molière en sa compagnie, Mme Pintal juge que la relève gagnerait à s'inspirer de celui qu'elle qualifie de «pionnier».

«Il était très facile à diriger, il était disponible, il était audacieux, il aimait être remis en question», soutient-elle avec une trace de sourire dans la voix.

Jean Chrétien

Côté politique, Jean Chrétien, qui avait ouvert les portes du Sénat à Jean-Louis Roux, a fait, quant à lui, allusion aux inébranlables convictions politiques du regretté personnage. M. Chrétien s'est ainsi dit peiné par la disparation d'un «fédéraliste inconditionnel».

L'ancien premier ministre libéral a salué le fait qu'il «exprimait avec beaucoup de clarté son point de vue, et qu'il n'était pas intimidé par la pression de son milieu», plus naturellement indépendantiste.

Son franc-parler lui avait d'ailleurs valu son lot d'ennuis. À l'occasion de la campagne référendaire de 1995, M. Roux avait dressé un parallèle entre les séparatistes et les nazis. Un an plus tard, il avait reconnu avoir arboré une croix gammée sur son sarrau à l'époque où il étudiait la médecine. Dans la foulée de cette révélation, Jean-Louis Roux avait dû renoncer à ses fonctions de lieutenant-gouverneur du Québec.

En dépit de ce pénible épisode, il avait été nommé plus tard président du Conseil des arts du Canada par le gouvernement fédéral.

Selon Jean Chrétien, M. Roux méritait largement d'occuper cette fonction car, à son avis, ça a été «un des rouages indispensables dans la communauté culturelle» de Montréal, de la province et du pays pendant près de 70 ans.

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