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« Revue et Corrigée 2013 » au Rideau-Vert : grosse année, bonne cuvée ! (CRITIQUE, VIDÉO)

29/11/2013 11:18 EST | Actualisé 29/01/2014 05:12 EST

Exutoire particulièrement apprécié en cette fin d’année mouvementée, la Revue et Corrigée 2013 du Rideau-Vert réussit plus souvent qu’à son tour à vous faire rire à gorge déployée.

Sous la direction d’Alain Zouvi, le sextet composé de Véronique Claveau, Suzanne Champagne, France Parent, Martin Héroux, Benoit Paquette et Marc St-Martin a sans le moindre doute charmé la grande majorité des spectateurs présents lors de la première médiatique.

Dès les premiers instants, le public semble exulter en assistant à la parodie de Cap sur l’été, l’émission animée par un Marc Hervieux qui s’écoute chanter, pendant que Marie-Josée Taillefer s’enfarge dans son sourire et se trompe dans ses questions.

Si la plupart des personnalités publiques représentées durant la soirée sont davantage évoquées qu’imitées à la perfection, certains personnages sont toutefois des réussites totales.

À son arrivée sur scène déguisée en Pauline Marois, Suzanne Champagne n’avait pas encore prononcé le moindre mot que l’assistance croulait déjà de rires, tant sa démarche, ses mimiques et son costume étaient réussis. Vint alors la suite du numéro où son ton de voix, ses hésitations de première ministre et son malaise face à l’«Étranger» ont fait culminer la joie des spectateurs à son paroxysme.

Véronique Claveau n’a peut-être pas le même timbre que Céline Dion – ce qui n’enlève rien à son énorme talent vocal – mais elle imite ses tics, sa posture et ses expressions corporelles à merveille. Dans un spécial de l’émission Le Banquier, Claveau personnifie d’abord la Céline qu’on retrouve sur les plateaux des émissions de variétés en France, avant de réaliser qu’elle est au Québec et qu’elle peut relâcher tout ce qui s’apparente à du tonus musculaire et verbal. Les références au bonheur de chanter dans une toilette sont un brin simpliste, mais elles sont vite oubliées lorsqu’on voit Julie Snyder, imitée de façon hilarante par St-Martin, cabotiner autour de la diva de Charlemagne.

La démone de TVA revient à la charge dans un numéro de feu de camp avec trois autres filles scoutes (les Jeanettes/Jannettes) : Djemila Benhabib la subtile, Michelle Blanc la délicate et Janette Bertrand qui aime bien raconter des histoires de peur. Moment sympathique et souriant.

On salue également la parodie drôle et percutante de La Voix avec Charles Lafortune (imitation sans faute) qui répète sans cesse le titre de l’émission en faisant un « V » avec ses doigts ; Marc Dupré qui fait constamment référence à sa célèbre belle-mère et qui se fait rabrouer chaque fois qu’il veut entonner la chanson de l’année ; Marie-Mai aux paroles laconiques qui est toujours aussi proche de son public (très, très jeune et très, très adorable si on en croit la vidéo présentée pendant le numéro) ; Jean-Pierre Ferland aussi imbu que perdu ; Ariane Moffatt qui en a plein les bras avec ses jumeaux et Valérie Carpentier (une autre réussite signée Véronique Claveau) qui a beaucoup plus de profondeur en chantant que lorsqu’elle s’exprime…

Au chapitre des imitations mémorables, il faut également mentionner la Michèle Richard de Véronique Claveau, qui est « habillée pareille comme dans le temps de Garden Party » pour le spectacle Les Restants de nos idoles, et celle du personnage de Micheline Lanctôt (Élise) dans Unité 9, savamment imitée par Marc St-Martin.

La politique municipale n’est pas en reste dans la Revue et Corrigée 2013. Louise Harel est rejetée de toutes parts, Denis Coderre attire bien des nouilles avec des recettes vides de contenu – le nouveau maire de Montréal, présent à la première, a une fois de plus profité du moment pour saluer la foule, faire preuve d’autodérision et attirer l’attention –, Jean Tremblay a enfin appris à prononcer un nom d’origine arabe et décide de nommer toutes les femmes musulmanes « Benhabib », Mélanie Joly mène une campagne du je-me-moi, Marcel Côté fait foirer tout ce que Louise Harel lui avait laissé, Régis Labeaume reçoit la fessée parce qu’il intimide les syndiqués, etc.

Toutefois, quelques numéros majeurs n’ont pas réellement levé.

À titre d’exemple, celui des Jeux olympiques de Sotchi 2014 où les sports qui font trop « gai » sont évincés : la luge à deux où des hommes sont couchés l’un sur l’autre et le bobsleigh qui ressemble à un gros spermatozoïde.

Ou celui du Choc des religions, en référence au Choc des générations, une pâle copie de La Fureur, animée par un Grégory Charles survolté qui doit absolument montrer à tout le monde à quel point il sait tout faire, avec des équipes opposant la pieuse Ginette Reno et le religieux Jean Tremblay à deux musulmanes platement caricaturées.

Toutes les sections du spectacle évoquant la Charte des valeurs québécoises sont faibles, maladroites, dénuées d’ironie pertinente ou de réflexion cohérente, en plus de faire le plein de blagues de mon’oncles.

Les chorégraphies du spectacle sont à des années-lumière de celles qu’on retrouve aux différentes éditions du Bye Bye depuis des années. Les références musicales sont largement ancrées dans le passé, au lieu de puiser dans ce qui a marqué les oreilles québécoises cette année.

Néanmoins, les interprètes sont fabuleux, leur énergie est contagieuse, la majorité des numéros font sourire ou éclater de rire, et on sort de notre soirée au Rideau-Vert avec l’impression d’avoir purgé tout le mauvais de la dernière année, pour mieux la finir en beauté !

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