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Québec doit reporter de deux ans le retour à l'équilibre budgétaire

28/11/2013 01:29 EST | Actualisé 28/01/2014 05:12 EST

QUÉBEC - La situation financière du Québec demeure très précaire, au point où le gouvernement Marois se voit obligé de reporter de deux ans le retour prévu à l'équilibre budgétaire.

Promis en 2013-2014, le retour au déficit zéro est donc reporté à 2015-2016.

L'annonce officielle de ce bris d'engagement du gouvernement péquiste a été faite jeudi par le ministre des Finances, Nicolas Marceau, en rendant publique sa mise à jour économique et financière.

En 2013-2014, le déficit atteindra donc 2,5 milliards $, et 1,7 milliard $ l'année suivante, en 2014-2015. Cette année-là, en raison de la pression accrue du régime de retraite des employés de l'État, Québec devra aussi trouver 400 millions $ supplémentaires pour ne pas aggraver les choses.

«Je suis prêt à reconnaître qu'on a eu des écarts importants dans nos prévisions», a convenu le ministre en conférence de presse.

Il a fait valoir qu'il avait choisi de s'éloigner de tout «dogmatisme», en dessinant la nouvelle carte des finances publiques du Québec. Il a donc préféré d'emblée écarter le scénario de hausses de taxes et d'impôts pour boucler son budget à tout prix, en se résignant à présenter plutôt deux autres budgets déficitaires, quitte à bafouer l'engagement maintes fois pris dans le passé.

Le report de deux ans d'une situation financière équilibrée s'explique essentiellement par une importante baisse des revenus anticipés dans les coffres de l'État, à hauteur de 2,5 milliards $ en 2013-2014 et 2,7 milliards $ l'année suivante, a expliqué le ministre.

Les prévisions du ministère des Finances faites au printemps, donc il y a à peine huit mois, ne tiennent tout simplement plus la route. Les rentrées fiscales des particuliers sont revues à la baisse de 885 millions $ en 2013-2014, alors que les revenus associés à la taxe de vente devraient chuter de 576 millions $.

Les contributions des sociétés d'État considérées comme les vaches à lait du gouvernement laissent aussi à désirer: le manque à gagner escompté chez Loto-Québec atteindra 114 millions $, contre 30 millions $ à la Société des alcools du Québec (SAQ).

La fragilité de l'économie québécoise s'explique aussi en partie par une baisse plus importante que prévu _ de 30 pour cent depuis l'été 2012 _ du nombre de mises en chantier.

Cette fragilité se traduit, au total, par une croissance économique qui demeure, elle aussi, décevante: la prévision pour 2013 est ramenée à une croissance de 0,9 pour cent, en baisse de 0,4 point de pourcentage par rapport au printemps dernier.

M. Marceau prévoit retrouver la voie de sortie des déficits en série en misant sur un contrôle serré des dépenses gouvernementales.

Au printemps, il avait fixé la croissance autorisée des dépenses de programmes à 1,9 pour cent. En 2013-2014, elle devrait atteindre 2,5 pour cent et 2 pour cent les deux années suivantes.

Parallèlement, Québec tentera de freiner la croissance de la dette. L'objectif est de ramener la dette brute à 45 pour cent du PIB et celle des déficits accumulés à 17 pour cent du PIB, d'ici 2025-2026.

Une grande inconnue: la réaction des agences de notations de crédit. Le ministre Marceau est demeuré évasif quand on lui a demandé s'il craignait que la cote du Québec puisse être revue à la baisse, à la suite du report du déficit zéro. «J'ai confiance», a dit le ministre.

L'annonce de deux années supplémentaires de déficits est devenue aussitôt pour les partis d'opposition l'étincelle qui manquait pour clamer que le gouvernement ne mériterait pas la confiance de la Chambre lors du dépôt du prochain budget, attendu en mars. S'il s'avérait, ce scénario entraînerait le déclenchement d'élections générales.

Le chef libéral Philippe Couillard, qui se serait engagé à rétablir l'équilibre budgétaire dès 2014-2015 s'il était au gouvernement, a exclu toute possibilité de voter en faveur du prochain budget du gouvernement minoritaire, si les données financières continuent de suivre la même tendance.

«Si les chiffres ressemblent à cela _ il n'y a pas de raison de croire, malheureusement, qu'ils seront très différents _, c'est très difficile pour nous d'envisager de maintenir notre confiance à l'Assemblée nationale envers le gouvernement lors du dépôt du budget», a dit en point de presse le chef du parti qui forme l'opposition officielle.

Même réflexe du côté du deuxième parti d'opposition, la Coalition avenir Québec (CAQ). Le chef de la CAQ, François Legault, a réaffirmé que sa formation votera contre le budget, le printemps prochain, s'il affiche un déficit.

Selon lui, le ministre des Finances a perdu toute crédibilité et il faudra attendre la prochaine analyse du vérificateur général pour avoir un portrait juste de l'état des finances publiques.

«M. Marceau s'est complètement trompé par rapport à ce qu'il disait au mois de septembre, alors s'il a de la misère à prévoir pour les deux prochains mois, pour l'année prochaine, j'ai des doutes que la croissance va s'accélérer», a-t-il dit.

De son côté, Québec solidaire a dit craindre de nouvelles compressions sauvages dans les services à la population. Le parti déplore que «l'austérité soit la seule stratégie mise de l'avant par le gouvernement péquiste pour combattre le déficit», a dit la députée de Gouin, Françoise David, exhortant le gouvernement à «chercher de nouveaux revenus ailleurs que dans les poches des gens ordinaires».

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