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Les suicides de soldats de retour d'Afghanistan soulèvent des questions

28/11/2013 10:24 EST | Actualisé 28/01/2014 05:12 EST

OTTAWA - Au-delà des messages de condoléances, le gouvernement Harper et les Forces canadiennes semblaient incapables, jeudi, d'expliquer les suicides survenus au cours des dernières semaines parmi des vétérans de la guerre en Afghanistan.

Le cas le plus récent, survenu il y a quelques jours, concerne un sous-officier de la base de Petawawa, au nord-ouest d'Ottawa. La police militaire a ouvert une enquête et n'a révélé aucun détail. Le nom du soldat n'est pas connu.

Une enquête du ministère de la Défense est également en cours au sujet de deux autres décès de militaires dans l'ouest du pays, a indiqué le ministre de la Défense, Rob Nicholson, devant la Chambre des communes jeudi.

«Nos pensées et nos prières vont aux familles, aux amis et aux collègues de ces personnes disparues, et je souhaite à tous les proches de ces personnes la paix en ce temps difficiles», a déclaré M. Nicholson d'un air grave.

Plus tôt dans la journée, le ministre avait qualifié ces décès de «très troublants», tout en soulignant que depuis 2011, le gouvernement conservateur a consacré des millions de dollars supplémentaires pour le traitement et le soutien psychologique des soldats de retour d'Afghanistan.

Le commandant des Forces canadiennes s'est lui aussi dit perturbé par les récents décès de militaires.

«Je suis ébranlé par la perte de trois de nos soldats», a dit le lieutenant-général Marquis Hainse.

«Les Forces canadiennes se soucient profondément de chaque soldat. Cela va sans dire que nous prenons chaque décès au sérieux et en ce sens, nous étudierons toutes les facettes de ces situations afin d'en tirer des leçons et réduire le risque d'autres événements similaires, tout en fournissant le meilleur appui aux familles de militaires quand un décès survient.»

Les données rendues publiques l'été dernier par le ministère de la Défense nationale indiquent que 22 soldats à temps plein se sont enlevé la vie en 2011. Les données pour 2012 n'ont pas été rendues publiques.

Certains ont mis en doute ces chiffres parce qu'ils ne portent que sur les membres réguliers des Forces canadiennes et excluent les réservistes, dont le statut à temps partiel signifie qu'ils sont sous la juridiction d'entités civiles dans leur province de résidence.

La Gendarmerie royale du Canada enquête sur la mort, mardi, d'un soldat dans une résidence située près de la base des Forces canadiennes à Shilo, au Manitoba.

Les autorités n'ont pas publié son nom, mais des amis l'ont identifié comme étant le caporal-chef William Elliott.

En Alberta, les autorités enquêtent sur la mort, lundi à l'hôpital, d'un réserviste qui a été retrouvé en situation de détresse dans un centre correctionnel de Lethbridge. L'homme, identifié par ses amis comme étant Travis Halmrast, était détenu en lien avec des allégations de violence conjugale.

L'armée mènera une enquête pour chaque décès, une procédure de routine qui examine les circonstances et les questions institutionnelles qui pourraient avoir mené à un incident particulier.

Mais cela ne suffit pas pour le porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière de défense, Jack Harris, qui accuse le gouvernement d'abandonner ses soldats revenus d'Afghanistan. Quelque 50 enquêtes militaires sur des suicides commis depuis 2008 restent incomplètes, souligne-t-il.

«Nous avons des soldats qui ont défendu le Canada lorsque nous leur avons demandé de le faire. Nous devrions les défendre à notre tour et je ne pense pas que nous le fassions», a déclaré M. Harris.

Les commissions d'enquête sur les suicides se déroulent souvent derrière des portes closes et les proches n'ont pas automatiquement accès aux conclusions de l'enquête, souligne un expert en droit militaire.

Au Royaume-Uni, tout décès de soldat, que ce soit au pays ou à l'étranger, fait l'objet d'une enquête du coroner, indique le colonel à la retraite Michel Drapeau.

Il s'agit d'un meilleur système qui permet aux proches en deuil de connaître toutes les preuves recueillies et de participer à l'enquête, souligne M. Drapeau.

«La question n'est pas de blâmer l'armée», affirme-t-il. «La question est de nous assurer que nous tirons les leçons de chacune de ces tragédies et que nous prévenions la prochaine.»

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