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La garde des enfants de Lev Tahor devient un défi interprovincial

28/11/2013 01:25 EST | Actualisé 27/01/2014 05:12 EST
Radio-Canada

Le sort de 14 enfants de la secte juive Lev Tahor est maintenant entre les mains de la justice ontarienne. Le tribunal de la jeunesse du Québec a ordonné mercredi que ces enfants soient placés en famille d'accueil, mais les leaders du groupe fondamentaliste pensent que leur fuite en Ontario les place à l'abri.

Deux porte-paroles de la secte se sont dits déçus par le jugement qui, selon eux, nuirait au bien-être des enfants. Ils ont cependant confiance que les autorités ontariennes ne leur retireront pas les enfants, parce que, disent-ils, ces jeunes ne souffrent pas de négligence et que les règles entourant la scolarisation sont différentes dans les deux provinces.

« Le tribunal n'a aucun sentiment pour les enfants. Les enlever à leurs parents qui prennent bien soin d'eux pour les placer en famille d'accueil les marquerait pour la vie », croit Nachman Helbrans.

Les services sociaux ontariens trancheront

La balle est maintenant dans le camp des services sociaux de Chatham, dans le sud-ouest de l'Ontario, où le groupe a fui pour échapper à la Direction de la protection de la jeunesse du Québec.

Les services sociaux ontariens devront évaluer le dossier et déterminer s'il y a des motifs suffisants pour demander à un juge d'émettre une ordonnance afin que les enfants soient ramenés au Québec. Dans un communiqué, ils affirment collaborer avec les autorités québécoises, mais refusent de commenter davantage.

Selon la professeure en droit à l'Université d'Ottawa Mona Paré, même si l'Ontario n'a pas l'obligation légale de suivre les jugements qui viennent d'autres provinces, il existe tout de même un principe de reconnaissance. Elle croit que la décision du tribunal québécois donnent des munitions aux services de protection de la jeunesse de Chatham pour demander le retour des enfants au Québec.

Une décision devrait tomber dans les prochains jours, croit l'experte. « En général, les dossiers qui touchent la protection des enfants sont instruits beaucoup plus rapidement que les autres. »

En attendant, les membres de la secte continuent de s'installer à Chatham. Ils ont ouvert une petite synagogue et une école pour les garçons. Les filles auront la leur prochainement, dit-on.

Mauvais traitements allégués

Le juge du tribunal de la jeunesse au Québec a décidé de retirer les enfants de leur milieu, disant craindre pour leur santé mentale et physique. Les témoignages entendus mercredi, qui ont été frappés d'un interdit de publication, lui font croire que les jeunes vivent dans un climat de peur. Il a demandé à ce que les enfants voient rapidement un médecin et un psychologue.

La secte intégriste nie les allégations de négligence.

Selon le directeur de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pour les Laurentides, Denis Baraby, certaines maisons de la communauté étaient insalubres et des déchets jonchaient le sol. Les enfants, qui étaient scolarisés à la maison, n'étaient pas capables de faire des exercices de mathématiques de base et plusieurs ne parlaient ni anglais ni français, mais seulement le yiddish.

Le porte-parole de la communauté Nachman Helbrans a expliqué que le groupe voulait simplement offrir à ces enfants une éducation basée sur ses principes religieux et non en vertu de la Loi sur l'instruction publique. Selon lui, le déménagement en Ontario était planifié depuis un certain temps.

Avec les informations de Laurence Martin