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La commission entend en non-publication Lafortune, un accusé dans Diligence

28/11/2013 02:49 EST | Actualisé 27/01/2014 05:12 EST

La commission Charbonneau a commencé à entendre jeudi Louis-Pierre Lafortune, un homme d'affaires accusé de gangstérisme et de blanchiment d'argent dans la foulée de l'opération Diligence, à l'instar du Hells Angel Normand « Casper » Ouimet. Son témoignage, qui est frappé d'une ordonnance de non-publication, se poursuivra lundi.

Le nom de l'ex-vice-président des Grues Guay (2005-2009) est ressorti durant les audiences lors des témoignages de l'ex-syndicaliste Ken Pereira et de l'ex-directeur général de la construction Jocelyn Dupuis (1997-2008).

La commission a aussi fait entendre des écoutes électroniques effectuées dans le cadre de l'opération Diligence dans lesquelles il est l'un des interlocuteurs. Il apparaît aussi dans un rapport de filature de la SQ.

Louis-Pierre Lafortune ainsi que plusieurs individus ont été arrêtés en novembre 2009 dans le cadre de cette enquête policière visant à lutter contre l'infiltration de l'économie légale par le crime organisé. Le Hells Angel Normand « Casper » Ouimet est un des co-accusés.

Leur procès pour gangstérisme, extorsion et blanchiment d'argent doit reprendre d'ici la fin 2013. M. Lafortune travaille entre-temps pour Fondations Marc Saulnier avec l'aval de la cour.

L'ex-syndicaliste de la FTQ-Construction Guy Dufour, arrêté dans ce même coup de filet, a plaidé coupable le 17 janvier 2013 à des accusations de gangstérisme et de complot pour recycler des produits de la criminalité.

Lafortune avait ses entrées partout

Selon le témoignage de l'ex-directeur général du local 1982 des mécaniciens industriels de la FTQ, Ken Pereira, l'ex-vice-président des Grues Guay serait un individu qui possédait à la fois ses entrées dans le milieu du crime organisé et à la FTQ-Construction.

Ken Pereira a croisé deux fois le chemin de M. Lafortune, entre l'automne 2008 et le printemps 2009, après qu'il eut subtilisé les factures de Jocelyn Dupuis et entrepris, selon ses propres dires, avec MM. Lavallée et le président de la FTQ Michel Arsenault de s'attaquer à l'influence de M. Dupuis au syndicat.

Louis-Pierre Lafortune a d'abord tenté d'acheter son silence lors d'une rencontre aux locaux de l'entreprise, fin novembre, en lui faisant miroiter l'accès à de hautes fonctions au sein de la FTQ-Construction.

M. Lafortune avait d'entrée de jeu tenté de lui montrer son influence en brandissant un CD contenant les factures litigieuses que Ken Pereira avait remises à Richard Goyette après son élection comme directeur général de la FTQ-Construction, quelques semaines plus tôt.

« Écoute, Ken, je veux juste que tu saches quelque chose. Nous autres on est ici pour toi, puis n'importe qu'est-ce que t'as de besoin, tu peux me le dire », lui dit alors M. Lafortune, qui ajoute, lui lançant un papier : « Écris-moi ce que tu veux, et peut-être on peut t'accommoder ».

Mais Pereira ne le prend pas vraiment au sérieux, doute de son influence et crâneur, écrit : « directeur général de la FTQ-Construction ». M. Lafortune lui réplique alors que la chose serait difficile et lui parle plutôt d'un poste d'adjoint au DG.

Lorsqu'il rapporte cette discussion aux syndicalistes Bernard Girard et à Éric Boisjoli, les deux hommes lui disent : « Tu le sais que t'as les mains liées si tu acceptes ».

Ken Pereira note qu'il se serait plutôt attendu à ce qu'on lui dise que Lafortune n'avait pas ce pouvoir.

Lafortune, intermédiaire pour le mafieux Desjardins

M. Pereira a croisé une seconde fois Louis-Pierre Lafortune lors d'une rencontre avec Raynald Desjardins au Hilton de Laval, vers la fin 2008, sinon au début 2009.

À cette époque, MM. Desjardins et Dupuis sont déjà bien impliqués dans Carboneutre, pour laquelle ce dernier tente désespérément d'obtenir du financement du Fonds de solidarité.

M. Pereira pense que la rencontre avec ce mafieux proche de Jocelyn Dupuis, dont il ignorait tout jusqu'alors, avait été organisée par MM. Lafortune et Boisjoli.

Surtout, M. Lafortune sera présent lorsque Raynald Desjardins, qui propose lors de cette rencontre à M. Pereira « d'améliorer son sort avec la FTQ et Jocelyn Dupuis » en échange de son silence, lui donnera un aperçu de son influence.

En effet, selon sa version des faits, il est ressorti de ces discussions que c'est à la demande de M. Desjardins que M. Dupuis aurait manœuvré contre le président de la FTQ Jean Lavallée pour le sortir du syndicat afin de lui ravir son siège au Fonds de solidarité.

« C'est moi qui a demandé pour le tasser [...] C'est pas la décision à Jocelyn, c'est la mienne. C'est assez que Tony [Accurso] et Johnny [Lavallée] gèrent le Fonds, c'est à peu près temps qu'ils laissent une partie du gâteau à nous autres, à moi pis à Jocelyn », lui aurait alors dit M. Desjardins.

Selon M. Pereira, M. Desjardins affirmera aussi dans cette même conversation, et ce, devant M. Lafortune, que Jocelyn Dupuis « travaille pour moi », une allusion à Carboneutre.

La proximité Lafortune-Dupuis confirmée par la SQ

Les écoutes électroniques effectuées par la Sûreté du Québec dans le cadre de l'opération Diligence ont aussi permis d'établir la proximité qui existait entre Jocelyn Dupuis et Louis-Pierre Lafortune. Elles font notamment ressortir l'intérêt que ce dernier avait pour la lutte d'influence entre les clans Lavallée et Dupuis en 2008-2009, sur fond de querelle électorale.

M. Dupuis va notamment parler à M. Lafortune le 12 novembre 2008, soit le jour même du scrutin à la FTQ-Construction, pour l'informer de la victoire de ses candidats.

Il y est alors aussi question d'une chose que les deux hommes doivent faire « rapidement ». Un rapport de filature policière du 13 novembre indique que M. Dupuis s'est rendu chez Grues Guay dès le lendemain.

Ce même jour, la SQ a capté une conversation téléphonique entre M. Lafortune et Normand Dubois, dans laquelle le vice-président de Grues Guay se félicite de la victoire électorale du clan Dupuis sur Jean Lavallée.

« Tous les postes importants dans l'industrie de la construction pour faire du lobbying, c'est toute la gang à Jocelyn », ajoute M. Lafortune. Les deux hommes conviennent que Tony « Accurso a manqué son coup ».

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