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Égypte: le camp laïque revit au coeur des abus policiers, selon trois militantes

28/11/2013 06:03 EST | Actualisé 28/01/2014 05:12 EST

CAIRE, Égypte - Trois femmes, qui figurent parmi les militants les plus actifs pour la démocratie en Égypte, déplorent avoir été maltraitées par la police. Sous différentes autorités au cours des trois dernières années — l'autocrate Hosni Moubarak, les militaires et les islamistes —, elles ont été au premier plan des mouvements de protestation, ont documenté les abus de la police et peiné à limiter le pouvoir militaire.

Une nuit éprouvante cette semaine a souligné à quel point peu a changé pour elles — et pourquoi ces femmes et d'autres militants ouvrent un nouveau front non islamiste contre le gouvernement soutenu par les militaires mis en place après le coup du 3 juillet ayant écarté le président islamiste Mohammed Morsi.

Ces trois militantes — Rasha Azab, Mona Seif et Nazly Hussein — et 11 autres femmes ont été rouées de coups et amenées de force à l'écart par la police durant une manifestation au Caire. Au milieu de la nuit, les femmes ont été coincées dans un camion de la police et transportées à travers un désert à l'extérieur du Caire, en n'ayant aucune idée de l'endroit où on les amenait ou des intentions de la police.

Puis, la police les a abandonnées dans le noir, le long d'une autoroute déserte.

Il s'agit d'une tactique d'intimidation dont avait l'habitude le régime de Moubarak, au pouvoir pendant 29 ans jusqu'à son expulsion en 2011.

Rasha Azab a goûté à cette médecine en 2010. À ce moment, elle était seule, tabassée par la police, et abandonnée dans un coin reculé.

Son expérience en a fait une présence rassurante cette fois pour les autres femmes, dont certaines n'avaient jamais été entassées dans un camion de police.

«Les filles étaient ébranlées, a exprimé la journaliste de 31 ans. Certaines ont éclaté en sanglots dès leur sortie du véhicule.»

Les militants laïques ont été largement incités au silence depuis l'expulsion de Mohammed Morsi, auquel ils s'opposaient. Depuis le coup, les islamistes ont tenu des actions de protestation presque quotidiennes contre les militaires au coeur d'une répression policière sanglante.

Aujourd'hui, le camp laïque revit, soutenant que les nouveaux leaders en Égypte écrasent les ambitions démocratiques en abdiquant leur autorité au profit des abus policiers et du pouvoir militaire dont les révolutionnaires espéraient se départir avec l'expulsion de Hosni Moubarak.

Cette semaine a été marquée par une série de petits rassemblements de militants, alimentés par la colère contre une loi draconienne publiée lundi, qui interdit toute manifestation sans permis émis par la police.

Blessées et épuisées, les trois femmes ont discuté avec l'Associated Press avant l'aube, mercredi, peu après que des amis les aient secourues dans le désert.

Rasha Azab souffrait encore d'avoir été frappée au dos par la police. Mona Seif boitait en raison de coups reçus aux jambes. Nazly Hussein disait avoir été ruée de coups au poste de police avant le déplacement en camion pour avoir tenté d'aider une femme tirée par les cheveux jusqu'au bas d'un escalier.

«Les coups reçus ne sont rien, a dit Rasha Azab. Nous allons dormir, nous réveiller demain pour continuer notre combat contre les autorités.»

Dans des médias égyptiens, des responsables de la sécurité ont nié que des femmes puissent avoir été tabassées ou abandonnées dans le désert — malgré des vidéos amateurs des agressions.

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