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Débat sur la charte: Bernard Drainville annule sa présence à Concordia

28/11/2013 10:34 EST | Actualisé 28/01/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - N'ayant pas obtenu l'assurance que le débat sur le projet de charte auquel il devait participer jeudi midi à Montréal pourrait se dérouler en toute sûreté, le ministre Bernard Drainville a préféré annuler sa présence.

Une manifestation avait été organisée pour accueillir le ministre responsable des Institutions démocratiques, invité à l'Université Concordia afin de prendre part à une discussion sur son projet de loi 60.

Mais à la lumière de ce qui a été écrit sur les réseaux sociaux au cours des 48 dernières heures, il a été établi qu'il y avait un «véritable risque» que l'événement ne dégénère, a affirmé jeudi matin M. Drainville en mêlée de presse à l'Assemblée nationale.

«Pleutre» et «Champion de la xénophobie du Québec» («Quebec's xenophobe poster boy») figurent parmi les commentaires publiés sur Twitter auxquels le ministre faisait référence et que son attaché de presse, Manuel Dionne, a transmis jeudi à La Presse Canadienne.

Une internaute a quant à elle brandi sur le même réseau social le spectre d'une émeute en faisant référence à la visite du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou en 2002. Le politicien devait livrer un discours à l'Université Concordia mais l'allocution a été annulée en raison des violences qui avaient éclaté dans un pavillon de l'institution.

«Je pense que j'ai pris la décision responsable en annulant ma présence. J'espère pouvoir retourner à Concordia éventuellement pour participer à une discussion sur la charte», a expliqué jeudi le ministre Drainville en anglais, refusant toutefois de préciser s'il avait personnellement fait l'objet de menaces.

Les organisateurs de la manifestation — le Groupe de recherche d'intérêt public du Québec (GRIP) à Concordia — ont en outre refusé de s'engager à ne pas perturber l'activité, a-t-il ajouté.

En entrevue avec La Presse Canadienne, mercredi, le militant Jaggi Singh n'avait pas voulu préciser si l'objectif du rassemblement était de bouleverser le déroulement du débat, organisé par l'Association étudiante des cycles supérieurs de Concordia (GSA).

«C'est clair qu'on n'a jamais décidé d'avoir comme objectif d'entrer dans la salle ou quoi que ce soit. La seule chose qu'on voulait, c'était de se rassembler à l'extérieur pour pouvoir exprimer notre désaccord avec la charte», a toutefois exposé jeudi Christina Xydous, coordonnatrice au GRIP.

Le groupe de recherche, qui a assuré jeudi n'avoir eu aucun contact avec des membres du cabinet de Bernard Drainville, s'est désolé de la défection du ministre et a suggéré que celui-ci a peut-être craint de se retrouver en territoire trop hostile.

«C'est pas un milieu qui est très pro-charte. Je pense qu'on peut s'entendre sur le fait que M. Drainville aurait fait face à des questions assez musclées et qu'il n'était pas à la hauteur», a lancé Mme Xydous.

Une poignée de manifestants

Le responsable des campagnes de la GSA, David Clos-Sasseville, s'est dit déçu d'avoir perdu le panéliste vedette du débat sur la charte de la laïcité.

L'événement a eu lieu malgré tout, mais seulement en présence de la députée libérale Kathleen Weil et d'André Frappier, ancien président de Québec solidaire. Moins d'une dizaine de manifestants se sont finalement présentés au pavillon où se déroulait le débat.

M. Clos-Sasseville estime que Bernard Drainville a raté une occasion en or de faire valoir le point de vue de son gouvernement auprès de la communauté étudiante de l'Université Concordia, formée en grande majorité d'anglophones et d'allophones.

«C'est une communauté qui est aussi composée de beaucoup de personnes immigrantes, donc on est assez déçus qu'il ne prenne pas cette opportunité-là pour venir discuter avec ces gens-là», a-t-il plaidé.

L'aspect sécuritaire de l'événement est présenté par le cabinet du ministre comme la raison de l'annulation. En fin de soirée, mercredi, l'attaché de presse de M. Drainville a affirmé à La Presse Canadienne qu'il avait exigé de la part des représentants de l'établissement des «garanties» à l'effet que la sécurité des participants et des panélistes serait assurée.

L'Université Concordia n'a pu s'y engager. «Comme c'est le cas pour tous les événements sur le campus, l'université ne pouvait assurer avec certitude que l'événement se déroulerait sans débordements», a dit la directrice des relations avec les médias de l'institution, Christine Mota. «Nous en avons informé le bureau du ministre, et il a été décidé que le ministre se retirerait de l'événement pour cette raison», a-t-elle ajouté.

Bernard Drainville a encore une fois répété jeudi, dans les couloirs de l'Assemblée nationale, qu'il souhaitait voir les débats entourant cet épineux dossier se dérouler dans le respect et dans le calme.

«Je le regrette d'avoir dû décliner l'invitation à débattre. J'aurais vraiment aimé débattre très pacifiquement et très respectueusement comme je tente de le faire depuis que le projet de loi a été déposé», a-t-il soutenu.

Aussitôt que les premières bribes d'information sur le projet de charte ont commencé à couler dans les médias, l'été dernier, les députés péquistes et la première ministre Pauline Marois ont affirmé sur toutes les tribunes qu'ils souhaitaient un débat citoyen serein.

La conversation a néanmoins tourné au vinaigre à différentes reprises et en divers endroits. Samedi dernier, à l'Université du Québec à Montréal, un débat a dérapé et s'est conclu par le départ précipité d'Amir Khadir, député de Québec solidaire, et d'Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec.

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