POLITIQUE

Commission Charbonneau: climat de fin de règne au Fonds FTQ

28/11/2013 09:16 EST | Actualisé 28/01/2014 05:12 EST
Capture d'écran

Les dernières écoutes de 2009 présentées jeudi par l'enquêteur Michel Comeau témoignent du climat de fin de règne au bras immobilier du Fonds de Solidarité alors que s'effondre la « filière » constituée par l'ex-président du C.A. de la SOLIM, Jean Lavallée, son PDG, Guy Gionet, l'entrepreneur Tony Accurso et l'homme d'affaires Denis Vincent.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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Ce climat est bien illustré par une conversation du 3 mai 2009 entre Denis Vincent et le président des Grues Guay Jean-Marc Baronnet.

Denis Vincent, un individu réputé proche des Hells Angels de Trois-Rivières, raconte, catastrophé, à M. Baronet que le PDG du Fonds Yvon Bolduc a mis dehors Guy Gionet, jusqu'alors PDG de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds.

« Bolduc a décidé de faire le ménage [...] il arrête pas de crier, faut sortir les dossiers de Vincent », lance ce même Vincent qui s'exclame : « Yvon Bolduc est rendu fou ! »

M. Baronet a été présenté par Ken Pereira comme un grand ami de Jean Lavallée, le président tout juste déchu du C.A. de la SOLIM.

Denis Vincent ajoute que Jean Lavallée est en colère et qu'ils vont aller retrouver ensemble, sous peu, Tony Accurso pour voir ce qu'ils peuvent faire. Jean Lavallée explique-t-il, souhaiterait notamment que l'ex-président de la FTQ Henri Massé « s'en mêle ». Jean Lavallée entend aussi relancer l'actuel président de la FTQ, Michel Arsenault, et Yvon Bolduc.

« Michel Arsenault, il sait plus quoi faire, il laisse aller Bolduc », déplore Denis Vincent, qui ajoute : « Il est dangereux Yvon, faut qu'il sorte de là »

« Le party est fini »

« D'après moi, le party est fini » confiera le même jour M. Vincent à Gaétan Pellerin, propriétaire d'une pourvoirie à Saint-Alexis-des-Monts.

« Faut juste qu'ils règlent mes affaires », conclut M. Vincent, qui qualifie Yvon Bolduc de « traître » pour avoir suspendu Guy Gionet. Il précise d'ailleurs qu'il doit rencontrer ce dernier sous peu pour régler un dossier.

Indigné de la tournure des évènements, il ajoute : « Les fondateurs [du Fonds], y avait Louis Laberge, Tony pis Johnny », en parlant de Tony Accurso et Jean Lavallée, qui seraient donc ainsi, eux aussi, trahis.

M. Vincent, qui vient de rencontrer Jean Lavallée et Tony Accurso, souligne que ce dernier est nerveux de la couverture médiatique. « [Si] y en a un qui nous vu entrer icitte ensemble, y appelle un journaliste. C'est sûr que la bombe atomique vient de partir », aurait-il dit à cette occasion.

Le départ de M. Gionet, dit-il, l'obligera à mettre 1 million de dollars dans son compte en banque, une somme qu'il espérait obtenir de la SOLIM.

Le lendemain, en marge de ses rencontres avec MM. Accurso et Lavallée, Denis Vincent informe cette fois du sort qui l'afflige un certain Gaétan, présenté comme un partenaire d'affaires par l'enquêteur Comeau

« Fais que là t'as pu de contrôle même sur ce que toi tu voulais faire » lui réplique Gaétan, qui reconnaît que la mise à l'écart de Jean Lavallée et Guy Gionet, n'est pas une bonne chose pour « ses affaires ».

« C'est pas fini, y'a encore plein d'affaires, y'on pas sorti des rapports de l'enquête du blanchiment d'argent », ajoute M. Vincent, sans plus de précisions.

Vincent cité à comparaître

L'enquêteur Comeau a par ailleurs révélé qu'il avait rencontré Denis Vincent le 3 septembre dernier, à Québec, pour lui remettre une assignation à comparaître devant la commission. 

« Au début, il ne voulait pas nous rencontrer. Pour le subpoena, il a accepté de nous rencontrer. En fin de compte, la réunion a duré une heure quarante. Il nous a posé beaucoup de questions. Il était intéressé à ce qu'on était pour lui poser comme question », a-t-il relaté. 

« Au début, il niait avoir fait affaire avec le Fonds, la Solim et la FTQ. Quand on lui parlait de M. Lavallée, il nous disait que c'était un chum de chasse, de pêche. Après ça, c'est lui-même qui a amené le dossier Tipi en disant : "je sais que vous allez me parler de ce dossier-là, je pourrais vous en parler longtemps" ».

« Il était choqué qu'on n'avait pas arrêté Laurent Gaudreau [...] parce que le 12 mai 2009, M. Vincent, alors qu'il était à son chalet, a appelé la Sûreté du Québec , le poste de MRC Mékinac, pour porter plainte de menace de mort contre Laurent Gaudreau. [...] « Si on regarde les lignes d'écoute électronique, les plusieurs que j'ai écoutées, on peut penser que c'était pour ébranler la crédibilité de M. Gaudreau. »

L'enquêteur Comeau dit l'avoir alors informé que les écoutes électroniques effecuées dans le dossier Foudre, portant sur le projet TIPI, avaient démontré que ce n'était pas le cas. « Je l'ai confronté au fait que c'était un méfait public, que je n'étais pas ici pour ça, mais il pouvait être arrêté pour ça. Il nous a avoué qu'effectivement, c'était un appel qu'il avait fait... que ce n'était pas vrai ».

M. Comeau dit avoir interrogé M. Vincent au sujet d'un « fast track » au Fonds de solidarité FTQ. « Il a répondu en riant : "Écoute, les dossiers n'avanceraient pas sans ça. C'est rendu tellement compliqué. Il y a tellement d'intervenants pour monter un dossier que ça n'avancerait plus. »

L'enquêteur de la commission a aussi dit qu'il avait rencontré Tony Accurso, et que ce dernier trouvait « extrêmement dur » que son nom soit mentionné si souvent dans les journaux.

En contre-interrogatoire, l'enquêteur Comeau a révélé que d'autres individus pouvaient être reliés au quatuor Accurso-lavallée-Gionet-Vincent. Il a notamment évoqué les noms de Louis Bolduc, membre du conseil d'administration du Fonds, et de l'entrepreneur Joe Lombard.

Fin de règne à la SOLIM

Les audiences publiques de mercredi se sont terminées par l'audition de conversations révélant l'effondrement d'une « filière » constituée par l'ex-président du conseil d'administration de la SOLIM, Jean Lavallée, son président-directeur général, Guy Gionet, l'entrepreneur Tony Accurso et l'homme d'affaires Denis Vincent.

La séance a été interrompue après la présentation de conversations enregistrées au moment où le Fonds, présidé par Yvon Bolduc, a décidé d'effectuer une enquête interne à la SOLIM, en demandant à Guy Gionet de rester chez lui.

Dans une conversation captée par les policiers le 2 mai, Guy Gionet informait Denis Vincent de ce nouveau développement. L'homme d'affaires, qui semble ébranlé, lui répond qu'il va discuter de tout ça au cours des prochains jours avec Jean Lavallée et Tony Accurso. 

La SOLIM a finalement annoncé le 12 mai que le contrat la liant à Guy Gionet avait été rompu d'un commun accord. Les termes de cette séparation n'ont jamais été divulgués. 

Dans une autre conversation captée en mars 2009, le richissime entrepreneur avait pourtant assuré au président de la FTQ Michel Arsenault qu'il n'avait jamais fait affaire avec Denis Vincent, et qu'il ne voulait pas le faire non plus.

Jean Lavallée, ex-président de la FTQ-Construction, venait pour sa part de perdre son poste au conseil d'administration de la SOLIM, dans la foulée d'une opération de gestion de crise enclenchée par une enquête menée par le journaliste de La Presse Denis Lessard. 

Cette enquête portait sur de présumées commissions que M. Vincent aurait empochées dans le projet TIPI, au sujet duquel la commission a déjà entendu trois témoins, dont l'ex-adjoint de M. Gionet, Guy Thériault, et un ancien directeur de comptes de la Fédération des caisses Desjardins, Richard Gagnon. 

Denis Vincent était très proche de Jean Lavallée, mais aussi des Hells Angels de Trois-Rivières. L'enquêteur Comeau a quelque peu levé le voile sur ces relations hier, en révélant qu'il avait été organisé à deux reprises des transport en hélicoptère à leur profit. 

Les écoutes électroniques ont permis d'apprendre que le rôle trouble joué par Denis Vincent était connu de plusieurs hauts dirigeants du Fonds bien avant que les journalistes ne s'y intéressent. L'apparition de son nom dans le domaine public a cependant semé la panique dans les rangs. 

La journée devrait aussi être marquée par l'annonce de la décision au sujet des multiples requêtes déposées en vue du témoignage annoncé de l'homme d'affaires Louis-Pierre Lafortune, accusé de gangstérisme dans le cadre de l'opération Diligence. 

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales a demandé à ce que M. Lafortune témoigne sous ordonnance de non-publication préventive, afin de ne pas compromettre l'intégrité de son procès, qui doit se dérouler devant juge et jury.

L'avocat de M. Lafortune a aussi déposé une requête en cassation de son assignation à comparaître et une autre pour qu'il témoigne à huis clos, si jamais la première requête était rejetée. 

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