NOUVELLES

Les manifestants thaïlandais maintiennent la pression sur le gouvernement

27/11/2013 09:13 EST | Actualisé 27/01/2014 05:12 EST

BANGKOK - Des manifestants déterminés à renverser le gouvernement thaïlandais ont défilé dans les rues de Bangkok pour une quatrième journée consécutive mercredi­.

Des milliers de personnes se sont massées autour d'une poignée de ministères, suscitant de nouvelles craintes de violences politiques.

Les manifestations se sont déroulées de manière pacifique et, à la tombée du jour, seul le ministère des Finances échappait toujours au contrôle l'administration de la première ministre Yingluck Shinawatra, même si l'opposition avait menacé de les prendre tous.

Quelques dizaines de milliers de personnes ont participé aux manifestations, soit nettement moins que les quelque 100 000 qui s'étaient déplacées pour témoigner de leur colère dimanche dernier. Les manifestants risquent donc d'avoir besoin d'un soutien populaire plus important — ou à la limite d'une intervention de la justice ou de l'armée — pour détrôner le gouvernement.

En fin d'après-midi, des foules bruyantes se massaient autour ou à l'intérieur de six des 19 ministères du gouvernement, mais ils sont repartis de la moitié d'entre eux après quelques heures. Un groupe plus important dirigé par Suthep Thaugsuban, un des leaders des manifestants, a pénétré dans les locaux de la police fédérale thaïlandaise et se proposait d'y passer la nuit.

«Nous aimons les méthodes pacifiques, a dit aux journalistes M. Suthep, la voix rauque à force de crier par-dessus les hurlements des manifestants. (Mais) si nous ne réussissons pas, je suis prêt à mourir sur le champ de bataille. Le peuple abandonnera seulement quand le pouvoir de l'État sera entre ses mains. Il n'y aura pas de négociations.»

Mme Yingluck a répété à plusieurs reprises qu'elle veut éviter la violence et qu'elle est prête à négocier avec les manifestants. Jusqu'à présent, les forces de l'ordre n'ont même pas encore utilisé de gaz lacrymogènes en réponse aux manifestations.

Un mandat d'arrestation a été émis contre M. Suthep, mais il n'a pas été appliqué.

«Nous ne devons pas y voir une situation où il y aura des perdants et des gagnants, a lancé Mme Yingluck aux journalistes. Aujourd'hui, personne ne perd ni ne gagne, seul le pays souffre.»

Les manifestants exigent la démission de Mme Yingluck, qui a été élue en 2011. Ils prétendent que son gouvernement est en réalité contrôlé par son frère, l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, qui a été chassé par l'armée en 2006. M. Thaksin vit à l'étranger depuis cinq ans pour échapper à la peine de deux ans de prison pour corruption qui l'attend en Thaïlande.

Certains observateurs s'inquiètent de la tournure que pourraient prendre les événements.

«Avons-nous appris nos leçons? Est-ce que l'Histoire va se répéter?, pouvait-on lire mercredi dans les pages éditoriales du quotidien Bangkok Post. D'un côté nous avons les leaders des manifestants qui réclament du sang. De l'autres nous avons le gouvernement — qui a abusé du pouvoir de sa majorité — prêt à se battre jusqu'au bout. L'avenir semble en effet très sombre.»

M. Suthep nie vouloir être premier ministre et il a affirmé, mercredi, aimer son nouveau rôle.

«En tant que parlementaire, on porte un complet et un cravate, on se pavane dans une pièce climatisée. Quand on se lève pour parler, les gens applaudissent, a-t-il dit aux journalistes. Ici, tu parles à en perdre la voix. Mais c'est décidé: je préfère être ici à travailler pour le peuple.»

PLUS:pc