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Le PDG de Tourisme Montréal recevait 400 000 $, observe le VG dans un rapport

27/11/2013 10:23 EST | Actualisé 27/01/2014 05:12 EST

QUÉBEC - Un rapport du vérificateur général, déposé mercredi, a mis en lumière les généreuses conditions de travail de l'ancien président-directeur général de Tourisme Montréal Charles Lapointe, qui touchait près de 400 000 $ par année avant de quitter ses fonctions avec une prime de 654 000 $.

Dans son document, le vérificateur Michel Samson a illustré que ces conditions salariales étaient de trois à quatre fois supérieures à celles des homologues de M. Lapointe travaillant dans d'autres associations touristiques régionales (ATR), des organismes financés en bonne partie par des fonds publics.

M. Samson a également découvert que M. Lapointe avait bénéficié de remboursements de frais auxquels il n'avait pas droit ou qui suscitent des interrogations sur leur pertinence.

«L'ATR de Montréal utilise parfois des fonds publics de façon inappropriée, notamment à l'égard de la rémunération de son plus haut dirigeant ainsi que les frais de voyage et de représentation de celui-ci», a-t-il dit en conférence de presse.

Le contrat de travail de M. Lapointe, qui a quitté ses fonctions en août, prévoyait aussi une prime équivalente à 654 000 $, soit l'équivalent de deux ans de salaire et d'autres avantages, comme un bureau et une secrétaire fournis pendant une période de trois ans.

M. Samson a aussi relevé que M. Lapointe avait réclamé des remboursement à Tourisme Montréal pour des participations à des événements de financement, totalisant 64 000 $ au cours des trois dernières années, des dons pour lesquels il avait obtenu des reçus avec lesquels il a pu réduire son revenu imposable auprès des autorités fiscales québécoises et canadiennes.

Selon le rapport, confronté par les découvertes du vérificateur, l'ancien PDG a amorcé des discussions avec les autorités pour rembourser les sommes dues pour la période de 2005 à 2012.

Par ailleurs, la vérification a révélé que M. Lapointe recevait de manière injustifiée une allocation annuelle de 10 800 $ pour l'utilisation d'une automobile, alors que Tourisme Montréal lui fournissait déjà un véhicule.

À la suite des observations qui ont été communiquées à Tourisme Montréal avant le dépôt du rapport de M. Samson, M. Lapointe a remboursé 72 000 $ à l'ATR, l'équivalent de sept ans d'allocation, à même sa prime de départ.

L'organisme, dont 75 pour cent des revenus proviennent du gouvernement du Québec, a aussi diminué de 36 000 $ sa cotisation au régime de retraite de M. Lapointe, en plus d'annuler son accès à un bureau et aux services d'une secrétaire.

Le rapport relève aussi que M. Lapointe, un ancien ministre libéral fédéral qui a occupé pendant 24 ans la direction de Tourisme Montréal, a réclamé des dépenses de déplacement excessives.

Pour six de ses 10 déplacements à l'étranger au cours des deux dernières années, le PDG a logé dans des hôtels dont le prix par nuit excédait le double du coût de 250 $ autorisé dans les politiques gouvernementales, auxquelles Tourisme Montréal n'est cependant pas soumis. À deux reprises, les prix payés par M. Lapointe étaient quatre fois plus élevés que cette limite, note le vérificateur.

Au cours des deux dernières années, Tourisme Montréal a aussi remboursé 39 700 $ en frais de repas, dont une part importante est composée de dépenses en alcool, une remarque que M. Lapointe juge «impertinente» dans ses commentaires inclus dans le rapport.

«En ce qui concerne l'alcool, comment peut-on oeuvrer dans le milieu de la vente et de l'hospitalité sans offrir à boire et à manger à ses contacts et clients?» demande-t-il dans le document.

Le vérificateur général, qui exerce depuis deux ans ses fonctions à titre intérimaire, a estimé que Tourisme Québec, ainsi que le conseil d'administration de Tourisme Montréal, auraient dû jouer un rôle plus important, notamment concernant le salaire de M. Lapointe, une question gérée uniquement par le président du C.A.

«Je pense que les membres de ces conseils d'administration ont une responsabilité en matière de gouvernance pour s'assurer que les fonds sont gérés sainement», a-t-il dit.

Tourisme Montréal a indiqué mercredi que M. Lapointe n'occupe plus de fonctions au sein de l'organisme, contrairement à ce qui avait annoncé en juin, alors qu'il prévoyait demeurer président émérite, une fonction rémunérée.

«Objectivement, je pense qu'à cause de ce qui émanait du rapport du vérificateur, il a pris sa retraite, il a jugé bon de ne pas continuer ce statut-là», a dit le vice-président Pierre Bellerose.

M. Bellerose a affirmé que le PDG actuel, Yves Lalumière, touche un salaire «similaire» dont il a refusé de divulguer la teneur précise. Le porte-parole de Tourisme Montréal a expliqué que l'organisme préfère se comparer à des agences semblables aux États-Unis notamment, plutôt qu'aux autres ATR, pour établir la rémunération de son dirigeant.

«On ne le paie pas trop cher, c'est dans le standard des offices de tourisme comparables», a-t-il dit.

Le ministre délégué au Tourisme, Pascal Bérubé, a estimé que la gestion des fonds publics à Tourisme Montréal était inacceptable, notamment en ce qui concerne la rémunération de M. Lapointe.

«Nous avons des questions sérieuses à poser au conseil d'administration pour nous assurer que cela ne se reproduira plus et comprendre ce qui s'est passé», a-t-il affirmé.

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