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Le cheik Omar Bekri rêve de voir le drapeau islamiste flotter sur le Liban

27/11/2013 07:00 EST | Actualisé 27/01/2014 05:12 EST

Omar Bekri ne se fait pas prier pour exprimer ses opinions sur le terrorisme et Al-Qaïda. L'homme a le sens de l'autopromotion. Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, il a connu une célébrité instantanée au-delà des milieux musulmans en Grande-Bretagne en baptisant les 19 kamikazes d'Al-Qaïda les « magnifiques ».

Un texte de Marie-Ève Bédard

Le cheik Omar Bekri s'exprime dans un anglais courant à une rapidité étourdissante comme s'il était dans l'urgence. Mais le ton est doux, la verve toujours accompagnée d'un sourire. Les propos eux, n'en sont pas moins empreints de violence.

Il a créé l'émoi au Liban cette semaine, un pays qu'il a adopté après avoir été interdit de séjour en Grande-Bretagne où il a vécu une vingtaine d'années, en déclarant que le double attentat meurtrier devant l'ambassade de l'Iran ne pouvait pas être qualifié d'attentat-suicide, mais qu'il fallait plutôt parler d'une opération de sacrifice.

Alors que l'attentat a été dénoncé unanimement par toutes les classes politiques et religieuses ici, ses propos ont soulevé une vague d'indignation sur les médias sociaux. Pour plusieurs au Liban, l'attaque de l'ambassade iranienne marque un tournant dans la série d'événements violents de la dernière année. Une première opération kamikaze dans un pays pourtant habitué aux bombes et aux voitures piégées qui a fait naître des comparaisons avec le meurtrier conflit sectaire en Irak. Une attaque présumément commise par des fils du pays : Mouïn Abou Dahr, 21 ans, de Saïda et Adnane Moussa al-Mohammad, un Palestinien ayant grandi dans un camp du sud du pays.

Pour le cheik, « Dieu a dit, donne-moi ta vie et tes richesses. Combats pour moi, tue pour moi et sois tué. Je t'offrirai en retour le paradis. C'est un raccourci vers le paradis. »

Et c'est, selon lui, ce que les deux jeunes hommes responsables de l'attaque qui a fait 29 morts au dernier décompte auraient fait. « Les deux hommes se sont sacrifiés pour Dieu. C'est un acte violent, de la violence cinq étoiles, nul doute, un acte terroriste. Mais dans la psyché du moudjahidine, le terrorisme et la violence peuvent représenter la destruction de la vie, mais aussi être pro-vie. Ils sont maintenant des héros aux yeux des djihadistes dans le monde, croit-il.

Omar Bekri joue habilement sur deux tableaux. Il présente ses propos les plus controversés et teintés de violence en sa capacité d'expert des mouvements djihadistes salafistes, mais ajoute du même souffle qu'il souhaite la venue d'Al-Qaïda au Liban.

Le personnage est controversé. Même à Tripoli, la plus grande ville sunnite dans le nord du Liban où il vit, le cheik est loin de faire l'unanimité dans les milieux salafistes et ne prétend pas parler en leur nom.

« Je ne suis pas un membre d'Al-Qaïda, je ne peux que l'espérer. J'aimerais faire partie d'Al-Qaïda, c'est une bénédiction de Dieu, mais je ne suis pas à la hauteur », dit-il à voix basse. « Il n'y pas d'Al-Qaïda au Liban. Ça ressemble peut-être à Al-Qaïda, mais ce n'est pas Al-Qaïda », dit-il au sujet des attentats. « Mais s'il s'agissait d'Al-Qaïda, nous sommes heureux » dit-il.

À propos de la contribution des islamistes sunnites libanais à la rébellion armée dans la Syrie voisine, il parle de la honte.

« Il n'y a que 100 ou 200 Libanais sunnites qui se battent en Syrie, à peine. Comment se fait-il qu'on retrouve 45 000 combattants venant de Libye, d'Algérie, de Tunisie, du Maroc, du Canada, de la Finlande, de l'Amérique, de l'Afghanistan, de la Somalie qui se battent en Syrie, mais les Libanais qui sont de l'autre côté de la frontière n'y sont pas! C'est une honte. »

Il croit que si Al-Qaïda ne s'est pas investie au Liban, c'est que les sunnites libanais sont trop doux. Il les traite d'« islamistes au chocolat », de femmes ayant l'apparence d'un homme seulement à cause de la barbe.

Omar Bekri croit cependant que les choses sont en train de changer au Liban. « Avec les atrocités commises par le Hezbollah à Qusair (en Syrie) et leur appui au régime criminel de Bachar Al-Assad, les sunnites ne peuvent plus accepter la situation. C'est pour ça que nous avons eu cette attaque des brigades Abdallah Azzam, la première attaque islamiste contre l'autorité. Ce n'était pas une attaque contre l'Iran, mais contre le pouvoir. »

« Ce n'est qu'une question de temps avant que l'on voit le drapeau islamiste flotter sur le Liban », souhaite-t-il.

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