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Commission Charbonneau: Denis Vincent à l'origine de la crise au Fonds de solidarité

27/11/2013 09:12 EST | Actualisé 27/01/2014 05:12 EST
Capture d'écran

L'intérêt des médias pour les liens entre Denis Vincent et la SOLIM, le bras immobilier du Fonds de solidarité, va semer un vent de panique à la FTQ qui sera à l'origine du grand nettoyage qui sera fait en 2009 au Fonds de solidarité et à la SOLIM. La tempête emportera l'un après l'autre Denis Vincent, le président du C.A. de la SOLIM Jean Lavallée et son PDG Guy Gionet.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

Des écoutes policières de 2009 présentées par l'enquêteur Michel Comeau à la commission Charbonneau démontrent que l'ex-président de la FTQ savait depuis des années qu'il fallait se méfier de Denis Vincent mais ignorait que, selon la police, il était réputé proche des Hells Angels.

Elles indiquent cependant que c'est l'intérêt soudain du journaliste de La Presse Denis Lessard pour M. Vincent qui a décidé de son sort. La crainte est alors grande pour la réputation de la FTQ et du Fonds.

Les écoutes montrent que le président de la FTQ, le PDG du Fonds de solidarité Yvon Bolduc et celui de la SOLIM, Guy Gionet, ont débattu à l'hiver et au printemps 2009 de moyens pour l'écarter des dossiers dans lesquels il est impliqué à la SOLIM.

Il y est notamment question de sa présence dans le dossier de Place Telus, un dossier porté à la SOLIM par son ami Jean Lavallée et qui a bénéficié d'un investissement de 5,5 millions de dollars. Ils s'entendent pour le sortir du dossier, sans que ni lui ni M. Lavallée ne devinent leur intention.

Guy Gionet mène un double jeu dans toute cette histoire, comme en témoignent ses échanges à la même époque avec Denis Vincent dans lesquels il se soucie beaucoup des intérêts de ce dernier, lui confiant notamment des choses sur les déboires de son ami Jean Lavallée qui sera par la suite éjecté de son siège au CA de la SOLIM.

On dirait que Guy Gionet est « dirigé par Johnny » Lavallée, avance l'enquêteur Comeau.

Les liens entre Denis Vincent et les Hells Angels

Selon l'enquêteur Michel Comeau, Denis Vincent a notamment organisé le transport par hélicoptères de Hells Angels en 1999 pour une fête au local des Blatnois à Grand-Mère, un club école des Hells. C'était « un ami invité », dit l'enquêteur Comeau. M. Vincent a aussi organisé en juin 200 le transports de Rowdy Crew vers le local des Hells de Trois-Rivières. Il est aussi ami avec Pyramide Pronovost, qui a été membre des Blatnois.

À l'origine de Denis Vincent

Un échange du 18 mars 2009 entre Michel Arsenault et Gilles Audette, son conseiller politique, démontre que les deux hommes se méfient au moins depuis 2004 de Denis Vincent qu'ils considèrent comme un « grand chum » de M. Lavallée.

Les deux hommes sont inquiets de l'enquête menée par Denis Lessard, de La Presse, sur le fait que M. Vincent aurait touché une commission dans la transaction de 2004 qui avait permis à Grue Guay d'acheter Fortier Transfert.

« Je me souviens de t'avoir parlé de ça, moi. Pis je me souviens d'avoir entendu que Denis Vincent est alentour de ce deal-là, pis que j'avais dit au conseiller financier : tabarnak, y a pas de commission, lui », mentionne M. Audette. « Tu vois toute l'ostie de ''schème'' à Johnny », ajoute-t-il.

M. Audette indique à M. Arsenault qu'il va parler à Normand Bélanger, qui avait mené ce dossier à l'époque, selon lui. M. Bélanger est l'actuel PDG du Fonds immobilier FTQ.

Une conversation entre les deux hommes du 2 avril va permettre à M. Audette de préciser ce qu'il pense de M. Lavallée. « Johnny, quand un dossier arrivait au Fonds, il contactait l'entrepreneur pour qu'il fasse affaire avec Denis Vincent », dit- il à M. Arsenault.

L'enquêteur Comeau dit avoir effectivement constaté, dans des écoutes, que M.Lavallée désignait M. Vincent comme une sorte de « courtier fantôme » auprès d'entrepreneurs.

Confidences entre Accurso et Arsenault

Les écoutes vont incidemment démontrer les liens étroits entre M. Arsenault et Tony Accurso. Le président de la FTQ va ainsi s'entretenir avec ce dernier afin d'en savoir davantage sur M. Vincent. « Moi, je veux pas faire affaire avec », dit l'entrepreneur. « C'est jamais clair ses affaires. [...] J'ai pas le temps pour des petits deals; moi, je veux des gros deals. »

M. Accurso lui révèle en outre que Henri Massé, le prédécesseur de Michel Arsenault, lui a déjà demandé d'enquêter sur Denis Vincent, et qu'il avait alors embauché un détective à ce sujet. L'enquête, dit-il, n'a rien donné de concluant.

Michel Arsenault lui demande alors de but en blanc si Denis Vincent est lié au crime organisé. « C'est un gars qui peut flirter un petit peu le crime organisé, mais de là à dire qu'il est impliqué, non, non, non. Ça, ça me surprendrait ben gros », lui répond l'entrepreneur.

L'enquêteur Comeau a souligné qu'il était « inquiétant » que M. Arsenault fasse enquête sur Denis Vincent auprès de Tony Accurso. Il a relevé les liens de « copinage » entre les deux hommes.

M. Arsenault va notamment lui parler de l'intérêt des journalistes pour le Fonds et la SOLIM, avant de lui confier: « Keep it for you : il y a une taupe au Fonds de solidarité ». Les deux hommes s'entendent sur l'importance de ne pas parler aux journalistes, M. Accurso convaincu alors qu'il filtre tous leurs appels.

Exit Jean Lavallée

La détermination du président de la FTQ à couper tous les liens entre Denis Vincent et la SOLIM ira croissant. Lors d'une conversation tenue le 25 mars, MM. Bolduc et Arsenault sont déterminés à le sortir de tous les dossiers dans lesquels il est impliqué. Ils se félicitent aussi du départ prochain de Jean Lavallée de la SOLIM.

« Le plus vite que Johnny part de SOLIM, le mieux c'est », dit M. Bolduc à M. Arsenault. L'écoute nous apprend aussi qu'Yvon Bolduc entend parler avec Denis Vincent, ce qui indique qu'il ne connaît quelque peu.

La même journée, Michel Arsenault et Tony Accurso se sont parlé à nouveau. Le président de la FTQ semble alors résolu à régler le problème de Denis Vincent. « Y va prendre une hostie de sortie mèque j'aille fini avec lui », dit-il à l'entrepreneur. Ce dernier semble approuver, en notant que Vincent n'est qu'une « sangsue ». « Y veut des commissions », ajoute-t-il.

Michel Arsenault lui confie ensuite que « la majorité syndicale sur le conseil d'administration » de la Solim veut le voir le lendemain. « Y vont vouloir la peau à Johnny », anticipe-t-il. « Je sais pas comment ce que je vas gérer ça. Mais Johnny, son chien est mort », annonce-t-il à Tony Accurso. « Le monde le déteste ostie, chu pu capable de rien faire. [...] Y va être en tabarnak ».

Le président de la FTQ s'inquiète de la possibilité que Jean Lavallée aille « placoter » avec les journalistes, mais l'entrepreneur le rassure. « Y va juste prendre sa retraite pis c'est tout. [...] C'est pas le genre de gars pour démolir qu'est-ce que lui-même a construit ».

La procureure Lebel a noté qu'il était curieux que le président de la FTQ prévienne un entrepreneur de la sortie imminente de Jean Lavallée, alors que cette affaire ne le concerne aucunement.

L'éviction de M. Lavallée va se confirmer, comme en témoigne une conversation du 7 avril 2009 entre M. Vincent et Guy Gionet. Ce dernier lui indique que la FTQ a décidé d'éjecter Jean Lavallée de son siège au C.A. de la SOLIM. Denis Vincent, qui paraît se résigner, espère seulement avoir le temps de boucler des dossiers avec la SOLIM, notamment le projet de Place Telus. Il l'avertit d'ailleurs qu'il va rencontrer M. Lavallée sous peu, mais souhaite le voir auparavant.

Gionet talonné par TIPI

Une conversation du 14 avril 2009 entre Guy Gionet et Mario Tremblay, vice-président aux Affaires publiques du Fonds, indique que les hommes sont inquiets de l'article à venir de Denis Lessard de La Presse qui s'intéresse au projet TIPI du promoteur Laurent Gaudreau. M. Tremblay cherche alors à en savoir plus auprès de M. Gionet sur la façon dont M. Gaudreau a approché la SOLIM, et notamment si M. Vincent avait alors joué un rôle, ce que semble réfuter M. Gionet.

Puis, dans une autre conversation, M. Tremblay lui demande si, comme lui a affirmé Denis Lessard, il aurait lui-même demandé à Laurent Gaudreau, dans une lettre du 26 août 2008, qu'il fasse de Denis Vincent son partenaire. M. Gionet soutient que c'est faux, mais n'écarte pas entièrement qu'il puisse y avoir une lettre qui pourrait être mal comprise, lue hors contexte. Ni M. Gionet ni la police par la suite ne retrouveront cette fameuse lettre.

L'article de M. Lessard sera publié le lendemain, 15 avril. Le journaliste cite M. Gaudreau qui affirme que c'est Denis Vincent qui lui a présenté Jean Lavallée. Y sont aussi évoqués les liens présumés entre M. Vincent et des motards criminels.

Guy Gionet va alors s'empresser d'appeler Denis Vincent afin qu'ils s'entendent sur leur version des faits sur la façon de M. Gaudreau l'a rencontré, lui, ainsi que Jean Lavallée.

Dans une conversation du 21 avril 2009 entre Denis Vincent et Guy Gionet, ce dernier, s'inquiètent des changements que le Fonds entend apporter à la SOLIM, notamment sur son conseil d'administration. Celui qui ne sera plus PDG de la SOLIM dans quelques jours soutient avoir toujours bien géré ses dossiers.

« Les Risque réputationnels, c'est des notions que je ne connais pas et que je ne veux pas connaître », fait valoir M. Gionet, qui souligne qu'ils « ont tellement peur ».

Lorsque la réputation en prend pour son rhume...

Une conversation du 28 avril 2009 entre MM. Arsenault et Bolduc montre que la panique monte à la FTQ alors que les révélations se multiplient dans les médias, notamment les investissements que le Fonds a faits des projets de Ronald Beaulieu, un sympathisant des Hells Angels.

M. Arsenault paraît incidemment soulagé lorsque M. Bolduc lui confirme que son association avec les Hells n'est pas mentionnée dans les minutes du procès-verbal sur le dossier Pascal, ce qui aurait augmenté la possibilité, dirait-on, que cette information soit coulée aux médias.

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