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Commission Charbonneau: «Michel Arsenault, c'est nous autres qui l'a mis là»

27/11/2013 11:30 EST | Actualisé 27/01/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - La Commission Charbonneau a entendu, mercredi, plusieurs extraits d'écoute électronique, qui démontrent l'influence d'un intermédiaire, Denis Vincent, auprès de l'ancien président de la SOLIM, Guy Gionet, et de l'ancien président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée. Il va même jusqu'à se vanter d'avoir placé à son poste Michel Arsenault, président de la FTQ.

Lorsque M. Vincent perd ses accès à la SOLIM — le bras immobilier du Fonds de solidarité de la FTQ — parce que Jean Lavallée, qui y siégeait aussi, a quitté, et que Guy Gionet vient d'être suspendu temporairement pour une enquête interne, en mai 2009, il s'en inquiète.

«Il n'y a pas de leader. Michel Arsenault, il ne "lead" plus rien. Si Johnny n'est plus là et que Michel... Michel, c'est nous autres qui l'a mis là. Pis c'est plate en tabarnak, il a la chienne dans ses culottes», s'exclame Denis Vincent en parlant à un dénommé Yves, qui n'a pas été identifié devant la commission.

L'enquêteur de la commission Michel Comeau, qui a présenté ces extraits d'écoute électronique, s'est dit étonné de voir «comment M. Vincent peut se mettre à égalité de ces hauts gestionnaires-là, alors qu'il n'a pas de poste, pareil comme si c'était un décideur».

Les maints extraits entendus ont démontré la proximité entre Denis Vincent et Guy Gionet. L'enquêteur Comeau a décrit Denis Vincent comme une relation de certains Hells Angels. Il était également pilote d'hélicoptère. Il était même présent, selon lui, à une fête des Hells Angels à Grand-Mère, au milieu de ceux-ci, bien qu'il n'en soit pas membre. «C'est lui qui "drivait" le show», a relaté le policier.

Or, dans certains extraits d'écoute électronique qui datent de 2009, Denis Vincent est aussi décrit par Michel Arsenault comme «un chum» de Jean Lavallée, ancien président de la FTQ-Construction, qui siégeait aussi à la SOLIM.

La présence de Denis Vincent irrite Michel Arsenault, au point où il s'en ouvre à l'entrepreneur Antonio Accurso dans un autre extrait d'écoute électronique qui date de mars 2009.

M. Arsenault le consulte notamment pour savoir qui est au juste Denis Vincent. «On t'a jamais dit que ce gars-là était proche du crime organisé?» demande M. Arsenault à Tony Accurso.

«Pas vraiment. Et je ne pense pas qu'il l'est non plus. Je pense qu'il peut flirter un petit peu le crime organisé, mais de là à dire qu'il est impliqué, non, non, non; ça me surprendrait bien gros», répond M. Accurso.

Dans un autre extrait, Michel Arsenault confie à l'entrepreneur sa colère contre Denis Vincent qui va prendre «une hostie de sortie» quand il va en avoir fini avec lui.

Tony Accurso lui répond qu'il n'a jamais voulu faire affaires avec Denis Vincent et il le qualifie de «sangsue» qui ne veut que des «commissions».

Yvon Bolduc, actuel président-directeur général du Fonds de solidarité de la FTQ, qualifie Denis Vincent de «gars qui est louche», qui crée de la richesse pour lui-même, pas pour le Fonds.

Les extraits démontrent, de façon générale, comment le Fonds, plus particulièrement la SOLIM, a cherché à prendre ses distances de Denis Vincent et à le convaincre de se départir de ses participations quand les médias ont commencé à s'intéresser à certaines transactions dans lesquelles il aurait été impliqué.

Yvon Bolduc explique à Michel Arsenault que «c'est un type de dossier qui peut nous sauter dans la face à cause de l'association avec Denis Vincent». Il souligne que ce dossier est entré au Fonds par Jean Lavallée. Et M. Arsenault rappelle lui-même que Denis Vincent est «un chum de Johnny» Lavallée.

«C'est toute la question de dire: est-ce qu'on favorise les amis ou pas?» conclut M. Bolduc.

MM. Arsenault et Accurso, qui étaient respectivement président de la plus grosse centrale syndicale du Québec et l'un des plus importants entrepreneurs en construction du Québec à l'époque, discutent également en 2009 de l'avenir de Jean Lavallée, que M. Arsenault va devoir pousser vers la porte à cause des controverses qui se multiplient.

L'impression qui se dégage de ces extraits d'écoute électronique, selon la procureure chef de la commission, Me Sonia LeBel, est celle d'un malaise face à des dossiers qui étaient entrés à la SOLIM par deux filières: celle de Jocelyn Dupuis, ex-directeur général de la FTQ-Construction, et celle de Jean Lavallée—Denis Vincent.

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