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Les manifestations s'intensifient en Thaïlande

26/11/2013 09:04 EST | Actualisé 26/01/2014 05:12 EST

BANGKOK - La première ministre thaïlandaise Yingluck Shinawatra a dû se défendre sur deux fronts mardi, quand elle a été confrontée à une motion de censure au parlement pendant que des manifestants forçaient la fermeture de plusieurs ministères pour tenter de la chasser du pouvoir.

Les leaders de la manifestation ont menacé de propager le mouvement aux bureaux gouvernementaux dans les provinces, tandis que la police émettait un mandat d'arrestation à l'endroit de Suthep Thaugsuban, un ancien parlementaire de l'opposition qui a pris la tête du mouvement de contestation et qui avait notamment dirigé, lundi, l'invasion des locaux du ministère des Finances.

Les policiers ont toutefois promis de ne pas l'arrêter pendant la manifestation, après s'être engagés à éviter les affrontements avec les manifestants.

Un porte-parole des manifestants, de son côté, a promis qu'ils ne s'empareraient pas des aéroports, comme l'avaient fait d'autres manifestants en 2008. Cette tactique avait paralysé les transports aériens du pays pendant une semaine.

Les manifestants exigent la démission de Mme Yingluck, qui a été élue en 2011. Ils prétendent que son gouvernement est en réalité contrôlé par son frère, l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, qui a été chassé par l'armée en 2006. M. Thaksin vit à l'étranger depuis cinq ans pour échapper à la peine de deux ans de prison pour corruption qui l'attend en Thaïlande.

La situation demeurait toutefois très volatile. Des milliers de manifestants ont pris la direction de nouvelles cibles à Bangkok, mardi, encouragés par le succès de leur opération au ministère des Finances, où ils ont passé toute la nuit en compagnie de M. Suthep. Les ministères du Transport, de l'Agriculture et du Tourisme étaient aussi fermés mardi, en raison de la tenue de manifestations à proximité.

Des manifestants ont encerclé le ministère de l'Intérieur avant de couper l'alimentation électrique et en eau des lieux pour contraindre les employés à sortir. Le personnel de sécurité s'est plutôt barricadé à l'intérieur, avec les employés toujours sur place.

Les manifestants semblaient avoir converti le ministère des Finances en quartier-général de leur mouvement. Ils ont déclaré mardi «jour de repos» et ont érigé des tentes dans le terrain de stationnement.

«Demain (mercredi) il y aura une manifestation nationale», a lancé aux journalistes le porte-parole des manifestants, Akanat Promphan. Il a ajouté que les manifestants veulent paralyser le fonctionnement du gouvernement en s'emparant des ministères et des agences gouvernementales pour les empêcher d'être utilisés «comme mécanismes par le régime Thaksin».

On ne sait toutefois pas jusqu'à quel point cet appel sera respecté. Le mouvement anti-Thaksin est particulièrement robuste à Bangkok et dans le sud du pays, tandis que les nombreux partisans de Mme Thaksin pourraient fort bien opposer une résistance ailleurs.

Toujours mardi, le Parti démocrate a lancé une motion de censure contre la première ministre. Le parti accuse son administration de corruption et l'a traitée de marionnette incompétente dont les fils sont tirés par son frère. Le vote ne risque toutefois pas de détrôner Mme Yingluck, puisque son parti Pheu Thai contrôle la Chambre des représentants.

Mme Yingluck a lancé un appel au calme et a offert de négocier avec les manifestants.

«Si nous pouvons discuter, je crois que le pays reviendra à la normale», a-t-elle dit.

La première ministre a promis de ne pas avoir recours à la violence pour mettre fin aux manifestations, mais elle a imposé lundi une loi d'urgence dans la région de Bangkok.

La Loi sur la sécurité intérieure s'appliquera à toute la région de Bangkok et à de larges secteurs voisins. Trois quartiers particulièrement explosifs de la capitale sont couverts par cette loi depuis le mois d'août, quand ont fait surface les premiers signes d'instabilité politique.

La loi permet aux autorités de bloquer des routes, d'agir en réponse à des menaces à la sécurité, d'imposer des couvre-feu et d'interdire l'utilisation des appareils électroniques dans les secteurs désignés. Des manifestations pacifiques sont autorisées par la loi.

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