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Le pape François lance des consignes tous azimuts pour réformer l'Eglise

26/11/2013 11:31 EST | Actualisé 26/01/2014 05:12 EST
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CAGLIARI, ITALY - SEPTEMBER 22: Pope Francis delivers his speech during a meeting with young people on September 22, 2013 in Cagliari, Italy. Pope Francis heads to Cagliari on the Italian island of Sardinia for a pastoral visit that includes celebrating mass at the Sanctuary of Our Lady of Bonaria. The Pope announced in May that he wished to visit the Marian Shrine of Bonaria or 'Good Air' because it gave his hometown of Buenos Aires its name. During his 10-hour visit to the city of Cagliari, the Pope will also meet workers, business representatives, prisoners, the poor, young people, leading representatives from the world of culture and the island's Catholic bishops. (Photo by Franco Origlia/Getty Images)

CITÉ DU VATICAN (AFP) - Le pape François a appelé mardi à une réforme tous azimuts et à une revitalisation de l'Eglise pour qu'elle soit collégiale et défende les pauvres, tout en restant intraitable sur des thèmes comme l'ordination des femmes.

Dans ce texte de 160 pages, "Evangelii Gaudium" ("La joie de l'Evangile"), premier document d'importance entièrement écrit de sa main, reviennent ses mots clés: "sortir de soi", "miséricorde", "mission", "tendresse" qu'il a développés dans ses messes quotidiennes à la résidence Sainte-Marthe.

Il consacre de longs passages à une vive critique du système économique mondial, condamnant un "marché divinisé" ou la "spéculation, nouvelle tyrannie invisible".

Dans l'Eglise, François souhaite des changements et en tire la conclusion pour lui: "je dois penser à une conversion de la papauté. Il me revient de rester ouvert aux suggestions orientées vers un exercice de mon ministère". Un ton humble pour le chef d'une Eglise d'1,2 milliard de fidèles.

Le texte est écrit à la première personne, même s'il livre des orientations issues de l'Assemblée synodale d'octobre 2012 convoqué par Benoît XVI sur "la Nouvelle évangélisation": il cite d'ailleurs des évêques, des Etats-Unis à la France (sur le lien du mariage) à l'Afrique et à l'Asie.

"Ce que je veux exprimer ici a une signification programmatique et des conséquences importantes. J'espère que toutes les communautés feront en sorte de mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour avancer sur le chemin d'une conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont", martèle le pape dans un passage fondamental.

Reprenant une idée du Concile Vatican II (1962-65), il plaide pour plus de collégialité, en donnant plus d'autorité aux conférences des évêques, "y compris doctrinale".

"Je ne crois pas qu'on doive attendre du magistère papal une parole définitive ou complète sur toutes les questions", remarque-t-il, répétant qu'il préfère le risque d'une "Eglise accidentée" à une Eglise "enfermée".

Le document est très conciliaire, et s'il cite Benoît XVI, Jean Paul II et Paul VI, il prend certaines libertés par rapport aux magistères du passé.

François, qui a engagé une réforme de la Curie, critique un certain eurocentrisme, recommande de dépasser des pratiques obsolètes "ostentatoires", évoque la légitimité de la "liberté" dans l'Eglise des recherches sur "d'innombrables questions".

François avoue que les "guerres" entre factions libérales et conservatrices lui font "très mal".

Il met en avant aussi la relativité de la faute en fonction des facteurs personnels. Et semble recommander que l'Eglise réfléchisse à un accès plus souple aux sacrements : baptême pour les enfants de mères célibataires, communion pour les divorcés par exemple.

François consacre de très larges passages à l'obligation des fidèles et des prêtres d'aller vers les pauvres, à la piété populaire.

"Tant que ne s'éliminent pas l'exclusion sociale et la disparité sociale, dans la société et entre les divers peuples, il sera impossible d'éradiquer la violence. On accuse les pauvres (...) de la violence, mais, sans égalité de chances, les différentes formes d'agression et de guerre trouveront un terrain fertile qui tôt ou tard provoquera l'explosion", prévient-il.

Il dénonce la traite des êtres humains -prostitution, travail des enfants, réseaux d'immigration clandestine- et leurs complices: "beaucoup ont les mains qui ruissellent de sang à cause d'une complicité confortable et muette".

En revanche, pas d'ouverture sur l'ordination des femmes -"le sacerdoce réservé aux hommes est une question qui ne se discute pas", tranche-t-il- même s'il veut confier des responsabilités aux femmes.

De même, "on ne doit pas s'attendre à ce que l'Eglise change de position" sur la défense des enfants à naître, "auxquels on veut nier aujourd'hui la dignité humaine", dit François.

Dans le document, des questions ont fait les "unes" sur l'Eglise ces dernières années, sont introuvables: pédophilie, sexualité, homosexualité, contraception, préservatif.

Le pape argentin n'aime pas culpabiliser en évoquant les thèmes de la sexualité, et polariser les enjeux de l'Eglise sur ces seuls thèmes.

François évoque comme essentiel le dialogue avec les autres religions et les non croyants. Il "implore humblement" les pays musulmans d'assurer la liberté religieuse aux chrétiens, "prenant en compte la liberté dont les croyants de l'islam jouissent dans les pays occidentaux".

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