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24/11/2013 06:15 EST | Actualisé 24/01/2014 05:12 EST

«Bagarreurs Inc», à Canal D : un documentaire coup de poing

Courtoisie Canal D

Canal D présente ce soir Bagarreurs Inc., un documentaire pour le moins frappant - sans mauvais jeu de mots - sur la violence au hockey. Réalisé par Sophie Lambert et scénarisé par le journaliste sportif Mathias Brunet, le long métrage de deux heures s'intéresse aux raisons et aux conséquences des batailles sur la glace. Si celles-ci font souvent le bonheur des spectateurs dans les estrades, elles peuvent être lourdes de séquelles physiques et psychologiques pour ceux qui «jettent les gants». Le document ne prend position ni pour ni contre cette brutale, mais payante, industrie et cherche plutôt à en dépeindre tous les aspects.

Bagarreurs Inc. aborde le sujet en suivant le parcours du jeune Danick Paquette, ancien attaquant des MAINEiacs de Lewiston et des Remparts de Québec, qui travaille d'arrache-pied pour joindre les rangs de la Ligue nationale de hockey. Pour atteindre son objectif, Danick fait usage de ses poings. Son père, Lucien, lui a rapidement conseillé, lorsqu'il était plus jeune, de trouver une manière de se démarquer des autres joueurs. «Fais quelque chose de différent, arrange-toi pour être vu», lui suggérait-il. Aujourd'hui, aux dires de Lucien Paquette, quand Danick est dans le feu de l'action, il ne faut pas détourner le regard, car tout peut arriver.

Lucien Paquette investit énormément d'énergie à pousser son fils dans cette carrière de goon, tout en trouvant parfois difficile de faire les sacrifices nécessaires pour y arriver. Paradoxalement, l'homme doit encourager son garçon à se battre, car c'est, selon lui, la clé de son succès. La mère et la sœur de Danick ont versé des larmes les premières fois où celui-ci a reçu des coups sous leurs yeux, mais elles aussi veulent que Danick s'impose devant ses adversaires.

«Je ne veux pas penser qu'il peut lui arriver quelque chose de grave. Quand il droppe, je veux qu'il frappe!», martèle sa mère. «Je ne veux pas qu'il se fasse frapper... Alors, let's go, frappe!», renchérit sa sœur.

Différentes visions

Bagarreurs Inc. tend le micro à d'autres intervenants, comme les anciens hockeyeurs Chris Nilan, Gino Odjick, André Roy et Georges Laraque. Ce dernier confiera à la caméra qu'il a toujours détesté la violence, mais que sa carrure l'a rapidement amené à jouer les durs à cuire, lui qui s'est battu 130 fois en 10 ans.

Chris Nilan affirme n'avoir jamais subi de commotion cérébrale, mais Gino Odjick, lui, avoue avoir arboré quelques bonnes cicatrices. «C'était plus facile quand on ne savait pas c'était quoi», laissera-t-il tomber, en référence à son époque, alors qu'on ignorait les dangers liés à la bagarre. André Roy, de son côté, parlera du «rôle ingrat» de ces justiciers chaussés de patins.

Les journalistes sportifs, eux, ont souvent une tout autre vision du phénomène. «C'est une espèce de Far West», estime Dany Dubé. «Quand ça saigne, les gens sont heureux», relève Mathias Brunet.

Un neuropsychologue dressera pour sa part la liste, impressionnante et inquiétante, des troubles qui guettent ces agitateurs : commotion cérébrale, dépression, violence conjugale, surconsommation, suicide, Alzheimer et autres. Il avance le fait que, au quotidien, les gestes posés par les bagarreurs seraient passibles d'accusations de voies de fait, mais que, puisqu'ils sont menés dans le cadre de joutes de hockey, on les accepte sans mot dire. «C'est comme les gladiateurs romains dans l'arène», illustre-t-il. Tous les observateurs anticipent qu'il y aura sans doute, un jour, un décès lié à une altercation trop agressive, mais, d'ici là, aucun règlement n'a encore été appliqué.

«Ma première intention, c'était de montrer les dessous du métier de bagarreur, a expliqué Mathias Brunet. Je voulais qu'on montre tout le côté sombre de ce métier-là. On a tous eu envie, dans notre vie, de donner un coup de poing sur la gueule de quelqu'un, mais ce n'est pas socialement accepté. Il y a une dimension de spectacle, comme lorsqu'on ralentit, en voiture, pour regarder un incendie. Mais est-ce qu'on est en faveur des incendies pour autant? Non. Il y a beaucoup de voyeurisme là-dedans. Dans le film, on montre les deux côtés, même si moi, je prends position depuis des années contre les bagarres et les coups à la tête. Je pense qu'on commence à connaître les effets à moyen et long terme. Est-ce qu'on peut commencer à en faire, de la prévention?»

Bagarreurs Inc., ce dimanche, à 19h, à Canal D.

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