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«Trans Avenue» par Ianna Book: autoportrait d'une transsexuelle transformée (ENTREVUE/PHOTOS)

22/11/2013 01:33 EST | Actualisé 22/11/2013 09:34 EST
Ianna Book

Alors que les réflexions et les références à l’homosexualité ont de plus en plus de visibilité, la transsexualité est souvent mise de côté, incomprise, négligée. Afin d’apprivoiser sa propre transformation, la photographe Ianna Book vient de publier Trans Avenue, un ouvrage d’autoportraits sur son intimité et sa nouvelle réalité.

Dès la puberté, à l’époque où elle était encore un garçon, Ianna a senti que quelque chose «clochait» chez elle. «Je vivais tout ça à l’intérieur de moi, puisque ma famille ne me semblait pas très ouverte à l’homosexualité, ni à la transsexualité. Selon eux, les hommes devaient être droits et très typés. Je n’étais pas confortable là-dedans.Après avoir fait mon "coming out", les membres de ma famille ont compris mes sentiments. J'ai du support d'eux maintenant.»

Durant sa jeunesse et ses premières années comme adulte, elle mettait parfois des vêtements féminins lorsqu’elle se retrouvait seule. «Ce n’était pas du travestissement. C’était moi. J’ai toujours été une femme dans un corps qui n’était pas le mien. Mais j’ai vécu un très long processus avant de faire les grands changements. On peut être dans le déni pendant plusieurs années.»

«Je me mettais la tête dans le sable et je me disais que ça allait passer. Je ne comprenais pas pourquoi je ressentais tout ça, je pensais que je n’étais pas normale et que j’avais un problème de santé mentale. J’ai tout fait pour être un homme, ce qui est la pire des choses. C’est une perte de temps, parce que la transition doit se faire un jour. C’est indéniable.»

trans avenue ianna book Transformation

À 36 ans, Ianna Book a débuté la transition. Après avoir obtenu une lettre d’un psychologue pour débuter le processus d’hormonothérapie, elle a pris de l’œstrogène et des bloqueurs de testostérone pendant trois ans.

Il y a un an, elle a subi trois importantes chirurgies dont une vaginoplastie. Tout cela à Montréal. «Nous avons l’un des meilleurs spécialistes au monde dans le domaine. Les gens viennent de partout pour se faire opérer ici. Il est reconnu pour réaliser un travail très esthétique.»

De toute évidence, qui dit opérations majeures, dit convalescence. «Je devais apporter énormément de soins pour que ça guérisse bien. Les deux premiers mois étaient vraiment très intenses. Je ne pouvais pas travailler. il a fallu beaucoup de patience, car les traitements sont quotidiens. Maintenant c'est guéri et j'ai des sensations. Aussi, puisque mes seins avaient peu poussé avec les hormones, j’ai eu une augmentation mammaire l’été dernier.»

Pour la postérité

Au cours des dernières années, Ianna Book a créé Trans Avenue, un des rares ouvrages québécois traitant de transsexualité. «Un représentant du centre d'archivage Artexte m'a révélé que mon livre allait probablement laisser une trace dans l'histoire de l'art queer au Québec. La transsexualité est encore un sujet tabou. Même dans la communauté LGBT (Lesbiennes, Gais, Bisexuels, Transgenres), le T n’est pas aussi valorisé que les autres. Un peu comme s’il y avait une hiérarchie et qu’il existait une marginalisation dans les groupes minoritaires.»

Artiste visuelle multidisciplinaire, elle a mené une recherche artistique jumelant transsexualité et urbanité, avec le corps et la ville comme espaces de transformation et d’émancipation. «Je suis graphiste de profession à temps plein et j’ai étudié en arts visuels, alors j’ai une facilité à communiquer avec les images. J’ai voulu raconter ma transition, avec toutes les questions et les émotions qui ont surgi. C’est une façon d’apprivoiser ma transformation et de m’inscrire dans l’espace métaphoriquement, en disant que j’existe autrement désormais. Comme une deuxième naissance qui me permet de prendre ma place.»

Nudité

À travers les différents autoportraits, Ianna Book tente de s’affranchir de la peur et du manque de confiance liés à son identité hors-norme. «Durant le processus de transition, on vit toutes sortes de craintes, on se regarde, on s’analyse, on se compare. J’avais peur que plus personne n’ait de désir pour moi. Mais finalement, je n’ai jamais eu autant de gens qui me démontrent leur attirance, pendant et à la fin des transformations.»

Elle pousse d’ailleurs l’apprivoisement de son nouveau corps jusqu’à se dénuder sur plusieurs clichés. «Les filles trans sont souvent ridiculisées. Je pense que le désir est un sentiment complexe. Je voulais montrer une nouvelle forme de sensualité. Je me suis mise à nue dans une volonté de transparence et de vérité pour aller vers ce que je suis vraiment.»

Le livre Trans Avenue est en vente sur iannabook.com.

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