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21/11/2013 02:46 EST | Actualisé 20/01/2014 05:12 EST

Le flot de réfugiés syriens au Liban se poursuit

Un peu plus de 2000 Syriens ont trouvé refuge au Liban au cours de la nuit dernière. Ils fuient d'intenses combats provoqués par l'offensive du gouvernement de Bachar Al-Assad pour reprendre la région de Qalamoun, tout près de la frontière avec le Liban.

Un texte de Marie-Ève Bédard, envoyée spéciale de Radio-Canada en Syrie

Les nouveaux arrivants s'installent là où ils peuvent, mais des abris à Arsal, il en reste bien peu. « Les gens se sont installés avec d'autres familles déjà sur place ou dans des édifices inachevés. Certains occupent des halls de réception et des restaurants vides. C'est très improvisé », dit Lisa Abou Khaled du Haut-commissariat aux réfugiés des Nations-Unies.

Selon le Haut-commissariat, 13 000 Syriens avaient déjà fait le même parcours en moins d'une semaine. « C'est le plus grand flot de réfugiés que l'on voit ici dans la Beeka en une période de temps aussi courte depuis le début du conflit », affirme Lisa Abou Khaled, qui se trouve dans la petite ville d'Arsal.

Des tentes pour répondre à l'urgence

Pour la première fois, le Liban, qui n'a jamais fermé ses frontières aux réfugiés syriens, a permis à l'agence onusienne de construire un camp d'hébergement temporaire pour les derniers rescapés d'une guerre civile qui est dans sa troisième année. Une cinquantaine de tentes sont en train d'être installées pour autant de familles, mais elles seront loin de suffire.

Depuis le début du conflit qui fait rage en Syrie, près de 800 000 réfugiés syriens se sont enregistrés auprès des Nations-Unies, mais ce chiffre sous-estime le nombre total de Syriens maintenant installés dans le Liban voisin. Le ministère des Affaires sociales libanais croit qu'ils sont au nombre de 1 200 000 au bas mot. Une personne sur quatre au Liban serait un réfugié, une proportion qui défie l'imagination.

S'endetter pour survivre

Pour survivre, bien peu de ces familles arrivent à trouver une source de revenus au-delà des allocations d'urgence versées par les Nations Unies et les différents organismes de charité. Selon une nouvelle étude dévoilée par OXFAM aujourd'hui, les réfugiés syriens s'enlisent dans la spirale de l'endettement.

Seulement 17 % des familles contactées pour l'enquête approfondie des besoins des réfugiés ont pu trouver un emploi rémunéré depuis leur arrivée au Liban. Et même lorsqu'un membre de la famille trouve un emploi, ça ne comble pas les besoins essentiels. Le revenu moyen des familles réfugiées au Liban est de moins de 250 $ par mois, à peine la moitié des dépenses courantes.

« Ce sont des gens qui ont quitté la Syrie avec des économies. Ils étaient restaurateurs, entrepreneurs, occupaient de bons emplois, mais ils sont au bout de ces économies après à peine six mois », dit Nigel Timmins de OXFAM.

L'alimentation et le logement à eux seuls coûtent au ménage moyen plus que les sommes disponibles. Il ne reste plus rien pour les soins de santé ou encore l'éducation des enfants.

Une génération sacrifiée

« Seulement 25 % des enfants syriens vont à l'école au Liban. Avec leurs économies, c'est aussi l'avenir de leurs enfants que ces parents voient disparaître. Certains en sont à leur troisième année sans aucune éducation et leurs parents angoissent de ne pas voir la fin du conflit. »

La majorité des Syriens interrogés ne croient pas pouvoir rentrer chez eux dans l'année à venir. « Il ne faut pas sous-estimer l'impact de la crise sur le Liban. Imaginez si le Canada devait soudainement absorber 6 à 7 millions de réfugiés. Avec l'afflux de réfugiés, on voit une véritable déflation des revenus pour le travail journalier au Liban et avec l'hiver qui approche, les menus emplois dans la construction et l'agriculture vont disparaître », dit Nigel Timmins d'OXFAM.

Soulignant l'urgence de répondre aux besoins des réfugiés dans la région, Nigel Timmins relance l'appel à l'aide.

« La communauté internationale doit prendre conscience que le Liban accueille les réfugiés syriens en notre nom à tous. Nous avons une responsabilité collective de voir à ce que leurs besoins soient comblés et à ce qu'une solution politique soit trouvée rapidement. Entre-temps, nous avons le devoir de reconnaître que les réfugiés syriens sont des gens comme vous et moi, qui avaient des projets, des aspirations et nous devons les épauler dans cette très sombre période de leur histoire. »

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