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21/11/2013 09:36 EST | Actualisé 21/01/2014 05:12 EST

France: le tireur de «Libération» serait confus et en colère contre les médias

PARIS - Une lettre «confuse» rédigée par l'homme qui aurait notamment ouvert le feu dans les locaux du quotidien français «Libération» critique la manipulation des médias et le capitalisme, en plus d'inclure une référence nébuleuse à la Syrie, selon ce qu'ont révélé les autorités jeudi.

Le suspect, Abdelhakim Dekhar, est détenu dans un hôpital de la banlieue parisienne après avoir été épinglé par la police mercredi soir, mettant fin à une chasse à l'homme de deux jours à travers le pays. Les policiers l'ont retrouvé dans un état «semi-conscient» après qu'il ait apparemment tenté de s'enlever la vie avec des médicaments, a indiqué aux journalistes le procureur de Paris, François Molins.

Le procureur a ajouté que Dekhar, qui a vécu au Royaume-Uni pendant plusieurs années, est soupçonné de tentative de meurtre et d'enlèvement en lien avec la fusillade chez «Libération»; un incident survenu la semaine dernière dans les locaux de la station BFM-TV; des coups de feu tirés devant le siège social de la banque Société Générale; et le bref enlèvement d'un automobiliste qu'il aurait contraint à le ramener à Paris.

Dekhar est connu de la police depuis 1994, quand il avait trempé dans un complot anarchiste qui visait à semer le chaos à Paris et qui s'était soldé par une poursuite automobile et la mort de trois policiers, d'un chauffeur de taxi et d'un assaillant. Dekhar avait purgé quatre ans de prison dans cette affaire, mais les autorités n'avaient aucun signalement de cet homme depuis ce temps, selon le ministre français de l'Intérieur, Manuel Valls.

Le motif de la plus récente attaque demeure obscur.

Les policiers ont retrouvé Dakhar dans un stationnement sous-terrain après avoir reçu des informations d'un témoin qui le connaissait. La police avait largement distribué des images captées par des caméras de surveillance pour tenter de l'identifier.

Après son arrestation, les policiers ont retrouvé deux lettres qu'il avait laissées derrière lui. Une semblait être une lettre de suicide tandis que l'autre, plutôt confuse, évoquait des «complots fascistes».

Dans cette lettre, a dit M. Molins, le suspect reproche aux médias de «participer à la manipulation des masses, les journalistes sont payés pour faire avaler des mensonges au public à la petite cuillère».

Il dénonce aussi le capitalisme et le peu d'attention accordé par les gouvernements aux projets immobiliers banlieusards, qu'il qualifie «d'entreprise déshumanisante d'une population dont le capital ne veut pas».

Ces projets, où habitent de nombreux immigrants issus des anciennes colonies françaises en Afrique, ont été le théâtre de violentes émeutes en 2005, et les tensions entre les jeunes qui y résident et la police demeurent vives.

La lettre incluait une référence vague à la Syrie, selon une porte-parole du bureau du procureur, Agnès Thibault-Lecuivre.

M. Molins a déclaré que des psychiatres qui avaient examiné Dekhar dans les années 1990 l'ont décrit comme ayant des «tendances de raconteur» mais «aucune anomalie dans le sens psychiatrique du terme».

Le témoin qui l'a dénoncé a affirmé qu'ils s'étaient connus à Londres il y a 13 ans, à l'époque où ils travaillaient dans un restaurant ensemble.

L'avocate qui avait représenté Dekhar lors de son procès des années 1990, Emmanuelle Hauser-Phelizon, l'a décrit jeudi comme un type réticent, membre d'une bonne famille, qui prétendait travailler pour les services secrets français et algériens.

«Il ne m'a jamais semblé être un individu dangereux ou violent. Il était un peu spécial, avec une personnalité spéciale, a-t-elle dit à l'Associated Press. C'est quelqu'un qui avait peut-être besoin d'être connu. Ce n'était pas un extrémiste, de la droite ou de la gauche. Il était fragile et il s'identifiait (à ces idéologies).»

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