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20/11/2013 06:26 EST | Actualisé 20/01/2014 05:12 EST

Lucien Bouchard dénonce l'intimidation, dont il a été victime dans sa jeunesse

MONTRÉAL - S'il y a bien un politicien qui a fait frémir ses adversaires tant à Québec qu'à Ottawa, c'est Lucien Bouchard.

L'ex-premier ministre a pourtant lui-même été victime d'intimidation dans son enfance, et il a décidé de partager son expérience à l'invitation de la Fondation Jasmin Roy dans le cadre de la Semaine nationale de sensibilisation à l'intimidation.

«Je sais ce que c'est que d'être intimidé par quelqu'un de beaucoup plus vieux, de beaucoup plus robuste que soi», confie M. Bouchard dans une vidéo mise en ligne sur le site Internet de l'organisation, qui se bat depuis des années contre l'intimidation sous toutes ses formes.

Lucien Bouchard y plaide que l'intimidation est «un mal destructeur de la société» puisqu'elle est susceptible d'engendrer une véritable «spirale de violence», en plus de porter atteinte au sentiment de dignité de la victime.

«L'intimidation, pour celui ou celle qui la subit, c'est d'abord et avant tout une atteinte à sa liberté. C'est une perte de respect de soi provoquée par quelqu'un qui, par malveillance, veut arriver à ce résultat», expose-t-il.

L'ancien politicien n'est pas tendre envers les intimidateurs — des individus qui croient pouvoir «suppléer à des déficiences» et qui estiment pouvoir grandir ou améliorer leur situation «en diminuant quelqu'un d'autre».

Lucien Bouchard n'est pas le seul à brandir sa main droite en disant «Non à l'intimidation!»: des personnalités québécoises de tous les horizons ont accepté l'invitation de la Fondation Jasmin Roy.

Le chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin le fait de façon bien personnelle en livrant un plaidoyer en faveur de l'acceptation de la différence.

Il raconte qu'à l'école primaire, personne ne comprenait pour quelle raison il se voyait déjà à la tête d'un ensemble de musiciens classique.

«Ça ne veut pas dire que j'ai été malheureux pour autant. Au fond, j'ai toujours continué de croire en ce qui était ma propre différence (...) et à un moment donné, je me suis rendu compte que le fait de m'accepter moi-même, ça faisait en sorte que les gens n'avaient pas le choix que de m'accepter», affirme-t-il.

«Je pense que la vie vaut la peine d'être vécue seulement quand on s'accepte.»

Le bosseur Alexandre Bilodeau, pour sa part, relate avoir été intimidé à l'école et par des compétiteurs plus âgés sur le circuit de ski acrobatique, mais il fait surtout référence aux quolibets auxquels son frère handicapé a été exposé.

«Mon frère s'est fait intimider devant moi, je me suis fait intimider par rapport au fait que j'avais un frère qui avait la paralysie cérébrale, ma soeur également», se souvient l'athlète qui a remporté la première médaille d'or du Canada aux Jeux olympiques de Vancouver, en 2010.

«C'est quelque chose qui est difficile à accepter en premier lieu, et après ça, de se faire rappeler le tout par d'autre monde, c'est quelque chose d'assez difficile», poursuit-il.

La Fondation Jasmin Roy souhaite faire évoluer les mentalités face à ce fléau qui a «tant été banalisé».

Son porte-parole, qui a donné son nom à l'organisme, fait régulièrement la tournée des écoles de la province afin de sensibiliser les élèves aux conséquences dramatiques de l'intimidation.

Selon un article intitulé «Bullying and Suicide. A review», paru dans l'International Journal of Adolescent Medicine and Health en 2008, l'intimidation augmente le risque d'idées suicidaires chez les jeunes, qu'ils en soient les instigateurs ou les victimes.

Au cours des dernières années, les médias ont rapporté plusieurs cas de jeunes qui ont préféré s'enlever la vie plutôt que de continuer à subir cette violence.

L'histoire de Rehtaeh Parson est la dernière en lice. L'adolescente néo-écossaise est morte le 7 avril à l'âge de 17 ans, quelques jours après avoir été retrouvée pendue.

Sa famille soutient qu'elle a été victime de harcèlement pendant des mois après la publication d'une photo sur Internet témoignant d'une agression sexuelle dont elle aurait été victime en novembre 2011.

Le ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay, et son homologue de la Sécurité publique, Steven Blaney, ont dévoilé mercredi après-midi à Ottawa les grandes lignes d'un projet de loi destiné à combattre la cyberintimidation.

«La cyberintimidation s'étend bien au-delà de l'intimidation dans la cour d'école et, dans certains cas, elle peut devenir une activité criminelle» et appelle donc clairement «une intervention plus musclée de la justice pénale», a fait valoir le ministre MacKay dans un communiqué.

La mesure législative interdirait la distribution non consensuelle d'images intimes, autoriserait un juge à ordonner le retrait d'images intimes d'Internet, permettrait à un juge d'ordonner la saisie de l'ordinateur, du téléphone cellulaire ou d'un autre appareil mobile utilisé pour commettre l'infraction.

Sur une échelle évaluant 35 pays, le Canada occupe le neuvième rang en ce qui a trait à l'intimidation chez les jeunes de 13 ans, d'après les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

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