DIVERTISSEMENT
19/11/2013 11:33 EST | Actualisé 19/11/2013 11:35 EST

RIDM: «À jamais, pour toujours», une lettre d'amour aux Soudanais

Katerine Giguere

Alexandra Sicotte-Lévesque (Le silence est d’or) s’énerve à chaque fois qu’elle lit une nouvelle en provenance du Soudan. Une colère d’autant plus forte que la Québécoise de 35 ans qui travaille à New York pour le compte de l’ONU sait que le pays n’est pas qu’une terre de misère habitée par des fanatiques sanguinaires, images qui selon elle sont généralement véhiculées par les médias.

«Notre vision de l’Afrique n’est pas juste, déclare-t-elle en entrevue pour le Huffington post Québec. Le Soudan est un pays pauvre confronté à des défis nombreux, mais c’est d’abord une région magnifique où les habitants vous accueillent les bras ouverts».

La jeune femme connaît bien le pays. Elle vient d’y rester trois ans dans le cadre de son travail. Elle en revient avec l’œuvre À jamais, pour toujours, son beau documentaire titré comme un poème de Rimbaud. En y dessinant le portrait de plusieurs Soudanais qu’elle a suivis avec sa caméra de 2009 à 2011, la réalisatrice tord le cou aux idées reçues.

«J’ai vécu à Khartoum, la capitale. C’est vrai, le pays est dirigé par un gouvernement répressif qui n’aime pas trop les curieux. Pourtant, c’est très différent des histoires que l’on peut entendre par exemple en Iran ou en Corée du Nord. Le pire qui pouvait m’arriver, c’était de me faire expulser par les autorités», explique-t-elle.

Toutefois, elle savait bien sur place qu’il aurait été difficile de la sortir du pays, puisque son statut d’employée de l’ONU lui conférait une certaine immunité. «J’ai profité d’une protection diplomatique. Cela m’a permis d’établir des contacts haut placés qui m’ont ainsi laissé travailler sur mon documentaire», dit-elle.

Une liberté fragile puisque son appartement aura quand même été cambriolé deux fois en une semaine. «On m’a fait croire à des voleurs, mais au fond je sais bien que ce sont les services secrets soudanais qui sont rentrés par effraction dans mon appartement», se rappelle-t-elle. Que cherchaient-ils? «Ma caméra. Ils voulaient savoir ce que j’avais filmé au Sud-Soudan», répond-elle avant de préciser que Khartoum est habituellement une ville très sûre.

Depuis le référendum de 2011, on ne parle plus d’un Soudan, mais plutôt de deux Soudans, le Sud et puis le Nord, apparu après une guerre civile meurtrière qui aura fait plus de deux millions de morts. «La partition du pays a créé de nombreuses fractures dont celles d’entretenir la haine entre les musulmans du nord et les chrétiens du sud. D’un côté, vous avez le dictateur Omar el-Béchir qui n’hésite pas à nourrir la division tout en imposant la sharia dans les rues. De l’autre côté, vous avez un peuple qui doit malgré les souffrances endurées construire un nouveau pays», dit-elle.

Pourtant, la cinéaste insiste sur le fait qu’elle ne voulait pas réaliser une œuvre purement didactique tentant d’expliquer les racines d’une situation complexe. «J’avais la chance d’être sur place. Alors, j’ai décidé de donner la parole aux Soudanais, quelles que soient les croyances et les origines, ceux qui vivent un quotidien difficile, ceux qui doivent composer avec leur nouvelle réalité. Au fond, je vois mon documentaire comme la récolte de témoignages intimes de gens espérant survivre dans les remous d’une région tourmentée», explique-t-elle.

Présenté dans le cadre des RIDM, À jamais, pour toujours prendra l’affiche au Québec le 29 novembre prochain.

À jamais, pour toujours – Les Films du 3 mars – Documentaire – 74 minutes – Sortie en salles le 2013 – Canada/Québec.

EN IMAGES:

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