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19/11/2013 03:21 EST | Actualisé 19/01/2014 05:12 EST

Fatima Houda-Pepin gagne son pari et demeure dans le caucus libéral

QUÉBEC - La députée libérale Fatima Houda-Pepin a joué gros en défiant son chef, Philippe Couillard, sur les questions de laïcité de l'État, et elle a gagné son pari.

Elle a réussi ce qui semblait impossible: amener le Parti libéral du Québec (PLQ) de Philippe Couillard à revoir sa position sur la neutralité religieuse de l'État.

Après près d'une semaine de suspense, la députée de La Pinière s'est présentée la tête haute, mardi, aux côtés de son chef, pour annoncer aux médias qu'elle était satisfaite du compromis conclu avec M. Couillard, qui lui donne la marge de manoeuvre nécessaire pour conserver sa place au sein du caucus libéral et y jouer un rôle actif, sans devoir renoncer à ses convictions profondes.

M. Couillard, qui se montrait intraitable sur ces questions depuis des mois, répétant sur tous les tons que sa position ne changerait pas, a donc finalement mis de l'eau dans son vin, pour ne pas perdre une de ses députées, ce qui aurait pu provoquer une crise dans son parti et ébranler son leadership.

Sur la question du port des signes religieux, M. Couillard prônait la liberté absolue, en autant que le visage soit découvert. Il fait donc volte-face et accepte désormais, comme l'exigeait Mme Houda-Pepin, d'envisager la possibilité d'interdire de porter des signes religieux dans certains cas, soit aux personnes ayant un pouvoir coercitif, comme les juges et les policiers, conformément à la recommandation de la commission Bouchard-Taylor.

Entre-temps, le chef libéral a adapté son discours. «Je suis à la recherche d'une voie qui rallie. Cette voie qui rallie peut passer par un réexamen de cette question-là», a-t-il dit mardi. Le 29 août, par exemple, à la suite de commentaires du député Pierre Paradis, qui semblaient indiquer une ouverture du parti sur la laïcité, M. Couillard avait déclaré: «sur cette question fondamentale, notre position ne changera pas», faisant valoir qu'il ne fallait pas confondre la neutralité religieuse de l'État et celle des individus.

M. Couillard met cependant une condition importante à un éventuel changement de cap: le parti n'ira pas en ce sens s'il en vient à la conclusion, après analyse, que cette avenue contrevient aux chartes des droits, la québécoise et la canadienne. Car il prévient qu'il n'ira pas jusqu'à recourir à la clause dérogatoire, a-t-il précisé, au terme d'une réunion du caucus de ses députés.

«Cet attachement profond aux libertés et aux chartes, pour nous, il est incontournable et non négociable», a tranché M. Couillard, en point de presse. «Il faudra me passer sur le corps», a-t-il ajouté, pour contrevenir aux chartes.

Par souci d'affirmer la priorité à accorder à l'égalité entre hommes et femmes sur la liberté religieuse, la députée Houda-Pepin a aussi obtenu du chef qu'il s'engage à ce que le PLQ rejette la candidature éventuelle de femmes portant le tchador, autre brèche au principe de la liberté absolue qu'il prônait.

En échange, Mme Houda-Pepin a accepté de travailler avec le comité présidé par le député de Fabre Gilles Ouimet, qui préparera un projet de loi sur l'intégrisme, portant désormais uniquement sur cette question. Le projet de loi devait initialement porter surtout sur une révision de la loi de la protection de la jeunesse, une question qui sera désormais traitée séparément autour des crimes d'honneur et des mariages forcés. Mme Houda-Pepin avait refusé de présider ce comité, jugeant qu'il ne faisait pas écho au projet de loi qu'elle avait rédigé en 2011 sur l'intégrisme et que les libéraux avaient mis de côté. Le document de 2011 sera désormais intégré dans le processus en cours et inclura «l'encadrement des phénomènes extrémistes et intégristes au Québec», a indiqué Mme Houda-Pepin, sans donner de détails.

La députée avait créé tout un émoi, jeudi dernier, en faisant parvenir à La Presse Canadienne, sans prévenir son chef, un texte incendiaire dans lequel elle contestait la position du chef sur le tchador et réclamait qu'il s'ouvre à l'idée d'interdire dans certains cas les signes religieux, quand l'intérêt public l'exigeait. Vendredi, M. Couillard lui donnait raison sur le tchador, mais lui lançait un ultimatum, en exigeant qu'elle s'engage rapidement à cesser de faire bande à part, à travailler en équipe avec le caucus et au sein du comité sur l'intégrisme.

Elle a dit qu'elle n'avait pas été tenue de s'excuser devant ses collègues d'avoir ainsi contesté son chef sans prévenir personne. «Je ne me suis pas excusée. J'ai échangé avec mes collègues sur la démarche que j'avais entreprise», a-t-elle dit, en ajoutant qu'elle entendait se prononcer sur la charte de la laïcité et le projet de loi 60 du gouvernement Marois «très bientôt», ce qu'elle n'a pas pas encore fait malgré les pressions de toutes parts.

Le gouvernement Marois a réagi avec modération. Le ministre responsable de Montréal, Jean-François Lisée, s'est montré satisfait de «l'évolution» effectuée par l'équipe libérale.

«Il y a, à l'intérieur de la famille libérale, disons, une démarche qui semble au diapason de la réalité, de la proposition que nous, nous avons faite. Je ne veux pas voir ça comme un recul mais comme une avancée», a-t-il dit.

La ministre de l'Immigration, Diane De Courcy, s'est permis de faire la leçon à M. Couillard: «Quand on est au coeur d'un débat, les affirmations péremptoires, bien, ça évolue, et donc il faut se garder d'avoir ce discours péremptoire».

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