Entre web-documentaire et jeu vidéo, "Fort McMoney" propose dès le 25 novembre aux internautes de participer aux débats et de faire valoir leurs arguments sur la question de l'exploitation pétrolière au Canada et ses conséquences environnementales et sociales.

L'idée est originale. Plutôt que de livrer aux téléspectateurs un documentaire figé et orienté, "Fort McMoney" laisse chacun se forger sa propre opinion sur les avantages ou les inconvénients d'une exploitation pétrolière hors du commun, dans une région souvent rude du nord Canadien.

Communauté de la province de l'Alberta (ouest du Canada) à un peu plus de 400 km au nord d'Edmonton, Fort McMurray, surnommée "FortMcMoney" dans le documentaire, respire le pétrole et contribue pour 7% du volume total de gaz à effet de serre du Canada.

Le pétrole y est extrait des sables bitumineux dont les écologistes dénoncent une exploitation aux effets dévastateurs pour l'environnement. Début octobre, 21 prix Nobel avaient jugé "l'impact désastreux sur les changements climatiques" de ces pétroles non conventionnels. A l'inverse le Canada met en avant son autonomie énergétique.

Une fois entré dans ce jeu documentaire gratuit, le joueur spectateur explore trois facettes de cette région hors du commun, "l'industrie, le social et l'environnemental", explique le créateur et réalisateur français David Dufresne, installé à Montréal depuis deux ans.

Ce documentaire cherche "à vous attirer au-delà" d'un récit unilatéral et au fur et à mesure du déroulé chacun va "faire en sorte que ses convictions l'emportent".

Pour cela le spectateur pose ses propres questions à tous les acteurs clés de ce documentaire, les patrons des compagnies pétrolières, le maire de la ville, les tenanciers de bars, les travailleurs parqués dans des baraquements sommaires ou divers lobbyistes. Au total ce sont des centaines de combinaisons qui ont été imaginées par les concepteurs.

60 jours de tournage

Comme dans un jeu vidéo, le "joueur" progresse et va franchir des étapes. Tous les dimanches soirs et en fonction du vote des participants, la ville va bouger, l'environnement du documentaire sera modifié en fonction de la majorité et ceci sur 4 semaines. "La ville de Fort McMurray est reproduite virtuellement et va évoluer en fonction de l'interactivité", souligne M. Dufresne.

A travers ce jeu-documentaire, "l'idée est de dire aux spectateurs +prenez-vous en mains+. Que fait-on du pétrole et que fera-t-on quand il n'y aura plus de pétrole", explique M. Dufresne.

Le réalisateur a signé le web-documentaire "Prison valley" sur l'industrie pénitentiaire aux Etats-Unis, pour lequel il a décroché un prestigieux prix World Press en 2011.

Le défi pour la réalisation de ce nouveau web-documentaire était de "toujours faire en sorte que le jeu soit au service du documentaire" et non l'inverse. Il fallait garder toute la force au sujet en juxtaposant l'exploitation des sables bitumineux pour la production de pétrole nécessaire à une des principales économies mondiales et l'impératif environnemental.

Pour accéder à "Fort McMoney", décliné en anglais, français et allemand pour offrir un accès très large à travers le monde, les joueurs se connectent indifféremment avec leur compte Facebook ou Twitter ou simplement par leur identifiant de courrier électronique.

Grâce au partenariat passé avec la télévision publique Radio-Canada et aux grands quotidiens, le Süddeutsche Zeitung, Le Monde et le Globe and Mail, le documentaire sera accessible depuis les sites de ces médias qui consacreront régulièrement une couverture à la problématique des sables bitumineux.

La réalisation a nécessité 60 jours de tournage pour un budget de 870 000 dollars. L'essentiel du financement est assuré par l'ONF (Office national du film du Canada) et par la télévision franco-allemande Arte.

Le jeu-documentaire sera mis en ligne le 25 novembre, à l'adresse http://fortmcmoney.com/ avec plus de six heures de contenu gratuit.

À VOIR AUSSI:

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  • Prolongement du North East — Access Pipeline

    Longueur : 297 km. Capacité : 350 000 barils par jour de bitume dilué. Investissements : non-disponible. Expansion d'un système d'oléoducs déjà en service. De Conklin, lieu d'extraction des sables bitumineux, jusqu'au terminal Sturgeon, près de Redwater, tous deux en Alberta. Le projet est peu controversé puisque d'autres pipelines existent déjà, presque sur les mêmes tracés. La construction est donc déjà amorcée. Source : Canadian Energy Pipeline Association

  • Northern Gateway — Enbridge

    Longueur : 1,177 km Capacité prévue : 525 000 barils de pétrole par jour Investissements : 5,5 milliards de dollars Enbridge cherche à exporter du pétrole vers la Chine depuis un terminal sur la côte ouest. Le projet est cependant sur la glace. Le gouvernement provincial de la Colombie-Britannique a refusé d'y donner son aval, considérant qu'Enbridge n'a pas donné de réponse satisfaisante aux inquiétudes de la population et des Premières Nations. Source : Canadian Energy Pipeline Association

  • Ligne 9B — Enbridge

    Longueur : 639 km Capacité : 300 000 barils de pétrole par jour Investissements : 110 millions de dollars (aucune nouvelle construction nécessaire) Un plan B qui devient crucial. Puisque le pétrole albertain se dirige vers une impasse avec deux projets freinés (Northern Gateway et Keystone XL), l'industrie cherche des débouchés à l'Est. Enbridge voudrait inverser le flux de l'oléoduc existant, pour acheminer du pétrole de North Westover (Ontario) jusqu'à Montréal. La compagnie Enbridge promet de fournir un pétrole brut moins dispendieux que celui actuellement importé de l'étranger. Les environnementalistes déplorent que le pétrole des sables bitumineux soit particulièrement polluant. Quelques groupes ont également évoqué des inquiétudes sur la sécurité du transport, rappelant qu'Enbridge a été reconnue responsable de plusieurs déversements aux États-Unis, dont celui de plus de 3 millions de litres au Michigan. La décision est attendue au début 2014. Source : Canadian Energy Pipeline Association

  • Oléoduc Énergie Est — TransCanada

    Longueur totale : 4500 km Capacité : 1 million de barils de pétrole brut par jour Investissements : 12 milliards de dollars L'objectif est de convertir 3000 km de gazoduc en oléoduc entre l'Alberta (Hardistry) et l'Ontario et construire un pipeline supplémentaire de 1400 km jusqu'à Saint-Jean au Nouveau-Brunswick. Le Québec deviendrait donc un endroit de transit. L'étude du projet qui nécessite de nouvelles infrastructures d'envergure pourrait être assez longue. Il ne démarrera pas avant 2017. Source : Canadian Energy Pipeline Association

  • Keystone XL — Trans Canada

    Longueur : nouveau tronçon de 2000 km. Capacité : 830 000 barils de pétrole par jour Investissements : 7 milliards de dollars. L'industrie albertaine des sables bitumineux cherche à exporter le pétrole de l'Alberta jusqu'aux raffineries du Texas, pour le marché américain. Le projet affronte de l'opposition locale, puisque l'on redoute que les impacts économiques soient faibles et parce que le pétrole des sables bitumineux est réputé très polluant. Le président Obama hésite à approuver cet oléoduc. Source : Canadian Energy Pipeline Association

  • Expansion du pipeline Trans Mountain — Kinder Morgan

    Longueur : 1150 km sont déjà en place, l'expansion prévoit 980 km supplémentaires pour transporter du pétrole brut. Capacité : Faire passer la capacité de 300 000 à 890 000 barils par jour. Investissements : 5,4 milliards de dollars Il s'agit de doubler l'oléoduc déjà existant pour en augmenter la capacité, en conservant à peu près le même tracé. Des inquiétudes ont été soulevées quant à la sécurité du transport par oléoduc, puisque des fuites des tuyaux de cette compagnie sont survenues à plusieurs reprises dans les dernières années. La plus récente anomalie, en juin 2013, aurait laissé échapper jusqu'à 4000 litres. Source : Canadian Energy Pipeline Association

  • Programme « light oil access » — Enbridge

    Longueur : plusieurs projets. Capacité totale : acheminement d'environ 400 000 barils supplémentaires par jour Investissements : 6,2 milliards de dollars pour l'évaluation préliminaire. En réponse aux changements dans la production et la demande en Amérique du Nord, on veut approvisionner davantage les raffineries de l'Ontario, du Québec et du Midwest américain. Au programme : expansion des canalisations, augmentation de la puissance de pompage et de la capacité des terminaux. Les différents projets devraient être sur pied entre 2014 et 2016. Source : Canadian Energy Pipeline Association

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