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18/11/2013 10:10 EST | Actualisé 18/01/2014 05:12 EST

Le meilleur du cinéma francophone présenté à Moncton

L.P. Chiasson

Depuis 1987, Moncton déroule le tapis rouge au meilleur du cinéma du Québec, de la France, de la Belgique et des autres territoires francophones. Pendant neuf jours, les cinéphiles de la région ont rendez-vous avec le Festival international du cinéma francophone d'Acadie (FICFA) et sa centaine de films, la plupart sous-titrés en anglais. Au cas où le cinéma pourrait rapprocher les deux solitudes...

Le directeur général Marc Gauthier a beau porter ce titre depuis un an seulement, il connaît le festival sous tous ses angles. En quelques années, le jeune homme de Kedgwick passe d'un baccalauréat en traduction qui le rend semi-heureux à des études en logistique du transport jusqu'au jour où une prof de philosophie le fait entrer dans l'équipe du festival pour un emploi d'été, «malgré mes cheveux teints en rouge et ma barbe de 30 cm», raconte Marc Gauthier. Dix ans plus tard, le voilà capitaine de ce festival qui présente près d'une centaine de films durant neuf jours à un public qui, le reste de l'année, a peu accès au cinéma en français.

Bien qu'à sa 27e année, le festival ne jouit pas encore de la notoriété de son grand âge. «Encore aujourd'hui, il arrive souvent que j'apprenne l'existence du festival à des gens qui ont 50 ans et qui vivent ici depuis toujours. Quand ton milieu de base n'est pas totalement derrière toi, c'est plus difficile de rayonner à l'extérieur. »

Qu'à cela ne tienne, l'équipe du FICFA compte sur ses invités pour répandre la bonne nouvelle de l'existence d'un festival de films en français au Nouveau-Brunswick. Ici, une bonne partie des invités dorment dans une petite auberge, sorte de colonie de vacances avec ses chambres-dortoirs. Après les projections du soir, c'est là que se retrouvent cinéastes, artistes et bénévoles autour d'un fricot acadien, cuisiné pour eux pendant qu'ils étaient dans les salles. Ça discute cinéma jusqu'aux petites heures et ça reprend autour des rôties du matin. «Nous, on veut créer une famille FICFA. On n'accueille pas de grandes vedettes mais les gens qui viennent repartent et vont forcément parler du festival. Ils deviennent des ambassadeurs». Comme dans les familles, certains repas se prennent à la maison, par exemple celle de la programmatrice du festival, où, cette année, Robert Lepage et Robert Morin ont mangé du homard en compagnie de jeunes réalisateurs de court-métrages. Entre les projections, des visites des beautés de la région, la dune de Bouctouche, par exemple, finissent de conquérir le cœur de ces futurs ambassadeurs.

Lancement de festival sur fond de chicane

Le dévoilement de la 27e édition a été marquée par une petite polémique, impliquant une boîte de production insatisfaite du nombre de films acadiens sélectionné au festival et L'Acadie-Nouvelle, le grand quotidien francophone de la province. Cette année, dix films acadiens ont été soumis. De ceux-là, deux ne respectaient pas les conditions d'admissibilité. Le festival a au final programmé six de ces films. «Sur 92 films présentés au total, on a six films acadiens. On ne peut pas parler de sous-représentation. Est-ce que l'Acadie représente 7 % de la production cinématographique francophone? Je ne crois pas», lance en riant le directeur. «Au lendemain du dévoilement de notre programmation, ce que je vois à la une du journal c'est ma photo et le titre "peu de films acadiens". C'était blessant.» Mais Marc Gauthier ne s'en formalise pas outre-mesure et croit que la plupart des festivals régionaux doivent composer avec cette pression de représentation locale. Et ajoutons que l'Acadien moyen défend farouchement ses intérêts: «c'est un peuple qui se bat, qui va toujours se battre, qui est fier. Dès qu'il y a un moindre soupçon que quelqu'un fait quelque chose contre l'Acadie, les râteaux et les fourches sont en marche!»

Mais le festival bat maintenant son plein depuis cinq jours, les chicanes sont loin et le cinéma est bon. Du côté de la programmation, le FICFA n'a pas à rougir devant quiconque. La vie d'Adèle, d'Abdellatif Kechiche, Grand Central, de Rebecca Zlotowski, Le passé, d'Asghar Farhadi et Suzanne, de Katell Quillévéré compte parmi les gros canons. On aura aussi pu faire d'agréables découvertes, notamment Au bord du monde, de Claus Drexel, documentaire touchant sur la vie nocturne des sans-abri à Paris et le corrosif Au nom du fils, coécrit par Philippe Falardeau et Vincent Lannoo. Du côté des court-métrages, la sélection est relevée et deux des espoirs canadiens pour les prochains oscars étaient présentés. La tendresse, film belge de Marion Hansel, mettant en vedette Olivier Gourmet, arrive à Moncton en première nord-américaine pour clore le festival le 22 novembre.

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