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18/11/2013 04:11 EST | Actualisé 18/01/2014 05:12 EST

Fatima Houda-Pepin veut demeurer dans le caucus, mais pas à n'importe quel prix

QUÉBEC - Le suspense régnait toujours lundi, à l'Assemblée nationale, quant à l'issue de la partie de bras de fer engagée la semaine dernière entre la députée libérale Fatima Houda-Pepin et son chef, Philippe Couillard.

Rien n'a filtré de la décision attendue de la députée rebelle, qui doit dire si elle accepte ou non la condition formulée par M. Couillard vendredi pour demeurer dans le caucus, soit de cesser de faire bande à part, pour travailler désormais en équipe, de concert avec ses collègues dans le comité chargé de préparer un projet de loi devant lutter contre l'intégrisme religieux.

Elle a lancé un cri du coeur lundi, sous forme de communiqué aux médias, dans lequel elle dit refuser le dilemme qui l'amènerait à devoir choisir entre ses convictions sur la neutralité de l'État et la lutte à l'intégrisme, d'une part, et son adhésion au Parti libéral du Québec (PLQ) et à son caucus, d'autre part.

Si elle ne s'amende pas «rapidement», selon l'ultimatum lancé par son chef, elle risque l'exclusion du caucus. Elle devrait donc siéger comme indépendante, le cas échéant.

«Je ne veux pas me retrouver dans une situation où on me force à renier soit mes convictions profondes ou mon attachement au Parti libéral du Québec», soutient la députée, qui ne donne aucun indice sur ses intentions.

Impossible, donc, de savoir si elle participera ou non au prochain caucus libéral, mardi en début d'après-midi. En principe, elle doit aussi, en soirée, participer au banquet annuel de la tribune de la presse, une activité sociale à laquelle assisteront aussi M. Couillard et de nombreux députés libéraux.

Quant à lui, M. Couillard sera présent au caucus.

Depuis l'ultimatum lancé par son chef vendredi, la députée de La Pinière garde le silence. Elle refuse les demandes d'entrevue.

De toute évidence, les deux parties en cause cherchent à trouver une issue honorable au différend, sans pour autant perdre la face.

La députée Houda-Pepin a provoqué une crise au sein des troupes libérales depuis qu'elle a fait parvenir à La Presse Canadienne, jeudi dernier, un texte incendiaire dans lequel elle se dissociait de la position du parti et de son chef sur le port du tchador par des candidates libérales, ainsi que, plus largement, sur le choix de M. Couillard de s'opposer à toute forme d'interdiction de porter des signes religieux.

Les deux libéraux se sont parlés à quelques reprises depuis, une première fois samedi, puis à deux reprises lundi, une fois avant la transmission du communiqué, puis encore une fois après, comme quoi les ponts sont rétablis. Mais ils demeurent fragiles: la députée n'avait pas prévenu son chef jeudi dernier qu'elle ferait une sortie publique et ne l'a pas informé non plus, lundi, qu'elle allait rendre public un communiqué.

Dans son communiqué, elle reconnaît avoir une divergence fondamentale avec M. Couillard sur l'approche à privilégier en matière de lutte à l'intégrisme. Experte sur les questions de laïcité, elle souhaitait que le projet de loi qu'elle avait préparé sur le sujet en 2011 soit soumis pour discussion au caucus et déposé dès cet automne en Chambre.

Sauf qu'elle a frappé un mur. Comme prix de consolation, on lui a plutôt proposé de présider un comité sur l'intégrisme, en mettant de côté son projet de loi. Elle a cependant refusé, considérant que, selon elle, ce comité avait pour mandat de vider de sa substance l'esprit de son projet de loi de 2011. Finalement, la direction du comité a été confiée au député de Fabre, Gilles Ouimet.

«J'ai refusé de mettre le projet de loi sous le tapis et j'ai accepté cependant, en femme d'équipe, d'agir comme personne ressource pour le nouveau comité qui n'a reçu son mandat du chef, M. Philippe Couillard, que le 13 novembre dernier», écrit-elle, voulant se montrer magnanime.

Dans son communiqué, elle conteste aussi l'image d'une personne solitaire et autoritaire que d'aucuns ont voulu lui accoler dans certains reportages, préférant se définir comme une femme d'équipe, prête à collaborer avec ses collègues et à demeurer loyale à son chef. Elle dénonce le fait que certains médias ont véhiculé, selon elle, des informations erronées à son sujet, se livrant à des attaques personnelles.

Il se dégage surtout du texte qu'elle veut demeurer au sein du parti et du caucus, mais pas au prix de renoncer à ses convictions profondes. Mme Houda-Pepin mène depuis des décennies un combat acharné en faveur de la neutralité religieuse de l'État et contre toutes les formes d'intégrisme religieux.

Cherchant à éviter toute confusion et surtout à ce que son geste ne soit pas récupéré par le gouvernement, Mme Houda-Pepin affirme qu'elle «n'endosse pas la charte des valeurs du gouvernement Marois».

Au cours des derniers mois, elle a toujours refusé de dire sa position sur le sujet, même si elle est considérée de tous comme étant, de loin, la députée la plus aguerrie pour aborder ces questions qui sont au centre de son action politique depuis des décennies. On ne sait donc pas exactement où elle se situe, par exemple, quant au port du hijab ou d'autres signes religieux par les employés de l'État.

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