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17/11/2013 07:57 EST | Actualisé 17/01/2014 05:12 EST

Présidentielle au Chili, un second tour sera nécessaire

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Chilean former president (2006-2010) Michelle Bachelet waves to supporters after a campaign rally for next November's presidential elections, in Santiago, on April 13, 2013. AFP PHOTO/Claudio SANTANA (Photo credit should read CLAUDIO SANTANA/AFP/Getty Images)

SANTIAGO - L'ex-présidente socialiste Michelle Bachelet devra affronter sa rivale de droite Evelyn Matthei lors d'un second tour de la présidentielle chilienne, après avoir échoué dimanche à dépasser les 50% des voix nécessaires pour éviter ce duel.

Après dépouillement de 78,38% des suffrages, Mme Bachelet est créditée de 46,69% des voix contre 25,18 % à Mme Matthei, rendant inévitable un second tour le 15 décembre, selon le Service électoral (Servel).

«Nous l'avons dit dès le premier jour et peu de gens nous ont cru (...) nous avons battu les sondages et les analystes politiques qui disaient que Bachelet gagnerait au premier tour», se réjouissait dimanche soir la porte-parole de la candidate de droite, Lily Perez.

Le porte-parole de Mme Bachelet Alvaro Elizalde a pour sa part estimé que «le pays a donné un signal clair de désir de changement et c'est évident».

«Aujourd'hui la grande gagnante de loin est Michelle Bachelet» a-t-il affirmé. «Nous attendons les résultats définitifs, a-t-il ajouté, mais nous sommes super satisfaits».

Michelle Bachelet, 62 ans, médecin de formation et première femme élue à la tête d'un pays sud-américain en 2006, était la grande favorite du scrutin, forte d'une popularité inaltérée depuis la fin de son premier mandat en 2010. A l'époque, la Constitution l'avait empêchée de postuler à un second mandat consécutif.

Le directeur du Service électoral (Servel) Patricio Santamaria a annoncé à la presse que la fréquentation des bureaux de vote constatée en début d'après-midi montrait "un intérêt très important" pour ces élections, sans toutefois fournir d'indications chiffrées.

La participation des quelque 13,5 millions d'électeurs demeurait dimanche soir la grande inconnue de ce scrutin après l'abolition du vote obligatoire en 2011. Aux municipales d'octobre 2012, l'abstention avait atteint 60%.

Mme Matthei, première femme investie par la droite chilienne pour une présidentielle après une cascade de retraits de leaders conservateurs, a créé la surprise en dépassant les scores de 14 à 21% annoncés par les instituts de sondages.

Dans une brève déclaration à la presse avant de rejoindre son QG de campagne, elle s'est déclarée "très contente" de figurer au deuxième tour.

Une histoire commune

Radicalement opposées politiquement, les deux postulantes à la présidence du Chili se connaissent depuis l'enfance. Lorsque Michelle avait six ans et Evelyn quatre, les fillettes se côtoyaient sur la base aérienne de Cerro Moreno, à Antofagasta au nord du Chili. Leurs familles étaient voisines et leurs pères, très liés, partageaient le même goût pour la musique et les livres.

Mais le coup d'État d'Augusto Pinochet contre le président socialiste Salvador Allende, le 11 septembre 1973, devait bouleverser leur vie. Alberto Bachelet fut torturé à mort pour sa fidélité à l'égard du président déchu. De son côté, Fernando Matthei fit partie de la junte militaire jusqu'à devenir responsable hiérarchique du lieu de détention de son ami.

Mme Bachelet, appuyée par une large coalition, la «Nouvelle majorité», regroupant communistes (qui n'ont pas participé à un gouvernement depuis 40 ans), démocrates-chrétiens et divers courants socialistes, se fait fort de répondre aux attentes d'un pays différent de celui qu'elle avait quitté en 2010 pour exercer les fonctions de directrice exécutive de l'ONU Femmes.

L'ex-présidente a promis de mettre en marche dans les 100 jours après son élection un ambitieux programme de réformes.

Ce programme est notamment fondé sur une révision de la Constitution de 1980 héritée de la dictature, une réforme fiscale envisageant une augmentation de l'impôt des sociétés de l'ordre de huit milliards de dollars (3% du PIB) destinée en particulier à une refondation du système éducatif pour instaurer une éducation publique de qualité, l'amélioration du système de santé et des services publics.

Dans cette société chilienne très conservatrice, Mme Bachelet s'est en outre faite l'avocate des droits des femmes. Elle envisage de légaliser l'avortement, interdit au Chili même à des fins thérapeutiques, et d'ouvrir le débat sur l'union entre personnes du même sexe.

De son côté, Mme Matthei n'envisage pas de «changements profonds» dans la société chilienne. Son programme libéral prône la continuité du gouvernement de Sebastian Piñera, axant son programme économique sur un meilleur contrôle de l'évasion fiscale et de la redistribution des ressources.

Sur l'éducation, un des grands thèmes de la campagne, Mme Matthei s'est contenté d'annoncer la création, si elle est élue, de subventions aux familles et non aux établissements scolaires, sans remettre en cause un système éducatif à deux vitesses hérité de la dictature.

La capacité de manoeuvre de la future présidente et l'ampleur des réformes promises dépendront du résultat, pas encore connu dimanche soir, des élections législatives et sénatoriales qui renouvelaient dimanche la totalité de la Chambre des députés et plus de la moitié du Sénat (20 sénateurs sur 38).

Selon les autorités militaires chargées de coordonner la surveillance du vote, le processus électoral s'est déroulé «normalement» et sans aucun incident.