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17/11/2013 11:02 EST | Actualisé 17/01/2014 05:12 EST

L'écrivaine britannique et lauréate d'un prix Nobel Doris Lessing est décédée

LONDRES - Lorsqu'elle est sortie d'une voiture de taxi noire devant sa maison à Londres, un beau jour en 2007, l'écrivaine Doris Lessing a été confrontée à une horde de journalistes qui lui annonçaient qu'elle avait gagné le prix Nobel de littérature.

Elle a cligné des yeux et répondu: «Oh Seigneur! Je n'en ai rien à cirer.»

L'auteure britannique indépendante d'esprit, souvent irascible, est décédée dimanche à l'âge de 94 ans, après une longue carrière durant laquelle elle a notamment publié le roman «Le Carnet d'or» en 1962, qui a fait d'elle une icône du mouvement féministe.

Sa maison d'édition, HarperCollins, a précisé que l'écrivaine, qui a signé plus de 50 ouvrages de fiction, essais et recueils de poésie, avait rendu l'âme paisiblement tôt dimanche. La cause de sa mort n'a pas été précisée et sa famille souhaitait vivre le deuil dans l'intimité.

«Même à un âge très avancé, elle était toujours intellectuellement agitée, se réinventait, était curieuse du monde qui change, toujours totalement inspirante», a affirmé Nicholas Pearson, son éditeur chez HarperCollins dans un des nombreux hommages qu'il lui a portés.

Parmi les sujets qu'elle a explorés dans ses romans figurent l'Afrique coloniale, la Grande-Bretagne contre-utopique, le mystère d'être une femme et les dédales inconnus de la science-fiction.

En 2007, son oeuvre a été récompensée par le Nobel de littérature. L'académie suédoise l'avait encensée pour son «scepticisme, sa fougue et son côté visionnaire».

Mme Lessing n'a jamais eu la langue dans sa poche. Dans les dernières années, elle avait notamment pris pour cible l'ancien président américain George W. Bush, «une calamité mondiale», et la femme moderne, «suffisante, arrogante». Elle a aussi fait scandale en qualifiant les attaques terroristes du 11 septembre 2001 de «pas si terribles».

Mais c'est pour «Le Carnet d'or» («The Golden Notebook») qu'elle demeure le plus connue. Dans ce livre, son héroïne Anna Wulf utilise quatre carnet de notes pour réunir les parties séparées de son existence désintégrée. Le roman porte sur des thèmes de la condition féminine qui n'avaient encore jamais été abordés auparavant, comme les menstruations, les orgasmes et la frigidité, et ont fait de Doris Lessing une icône de la libération de femmes.

Publié en Angleterre en 1962, il n'a pas atteint la France et l'Allemagne avant 14 ans, parce qu'il était considéré comme trop incendiaire. Lorsqu'il a été réédité en Chine, en 1993, 80 000 copies se sont vendues en deux jours.

«Mme Lessing a rejeté les conventions avec lesquelles elle a grandi pour installer une sorte de fracture, pour célébrer la désintégration comme expérience représentative d'une génération», a affirmé Lorna Sage, une universitaire qui la connaissait depuis les années 1970.

Née Doris May Tayler en 1919 en Perse (maintenant l'Iran), où son père était gérant de banque, elle est déménagée en Rhodésie du Sud (maintenant le Zimbabwe) à l'âge de cinq ans et y est restée jusqu'à l'âge de 29 ans. Élevée aux Charles Dickens et Rudyard Kipling, elle a quitté l'école catholique pour filles de Salisbury (maintenant Harare) avant d'avoir terminé son éducation secondaire.

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