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17/11/2013 06:22 EST | Actualisé 17/01/2014 05:12 EST

Dénonciation à l'assurance-emploi: Sylvie Therrien a payé cher son geste

OTTAWA - «Un gouvernement conservateur (...) offrira des récompenses monétaires aux dénonciateurs qui signalent des actes répréhensibles.»

C'est ce qu'on peut lire dans le programme du Parti conservateur du Canada à la campagne électorale de 2006. Stephen Harper et ses troupes surfaient alors sur l'indignation générale face au scandale des commandites. Comment tout un appareil de la fonction publique avait pu laisser faire? Comment avait-on pu museler les quelques fonctionnaires dénonciateurs?

Sylvie Therrien vit chez des amis depuis son renvoi de la fonction publique. Elle n'a plus les moyens de se payer un loyer. Et elle ne peut que souligner l'ironie.

«On me veut à genoux, autant que possible», dit-elle de son ancien employeur qui lui reproche d'avoir révélé qu'il exige des quotas - entre 35 000 $ et 40 000 $ de prestations récupérées par mois - à chaque fonctionnaire enquêtant sur la fraude à l'assurance-emploi.

Elle est convaincue que cette révélation, elle avait le droit de la faire à un journaliste.

«Ce n'est pas vrai que c'est contre la loi. Et si le gouvernement a une telle loi où on n'a pas le droit de dire la vérité et être honnête avec les citoyens qu'on est supposé servir, à ce moment-là c'est une loi injuste et on ne devrait pas la suivre.»

Et puis, elle croit qu'elle n'avait pas d'autre choix que de se tourner vers les médias. La loi qui aurait dû la protéger, en tant que fonctionnaire dénonciateur, aurait dû lui attirer des félicitations, croit-elle, à défaut de la payer pour son courage. Mais elle n'y a jamais cru.

«Qu'est-ce que j'étais supposée faire? J'ai pensé aller au commissaire de l'intégrité. Je connais des fonctionnaires qui y sont allés, sont passés par le système interne, montés jusqu'au commissaire à l'intégrité. Ils sont sans emploi aujourd'hui... parce qu'ils se sont plaints.»

L'Alliance de la fonction publique, le syndicat dont elle était membre, a déposé un grief contre son congédiement. Et le Conseil national des chômeurs et des chômeuses, lui organise une campagne d'aide financière.

«Ça me touche tellement. Les dons des gens sont à un peu plus de 12 000 $», confiait-elle, la semaine dernière. (En date de vendredi, les dons étaient de près de 20 000$.) «Et ça, ce sont des gens, des citoyens, qui me disent "C'est dommage qu'il n'y a pas plus de gens comme toi''.»

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