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17/11/2013 09:35 EST | Actualisé 17/01/2014 05:12 EST

Dimanche de prière pour les populations touchées par Haiyan

ASSOCIATED PRESS
An elderly woman is evacuated from the airport in Tacloban, Wednesday, Nov. 13, 2013 in Tacloban city, Leyte province, central Philippines. Typhoon Haiyan, one of the strongest storms on record, slammed into six central Philippine islands on Friday leaving a wide swath of destruction. (AP Photo/Wong Maye-E)

Les populations touchées par le typhon Haiyan dans le centre des Philippines se sont rendues en masse dimanche dans les églises pour prier et communier neuf jours après la catastrophe qui a fait au moins 3974 morts, déplacé quatre millions de personnes et provoqué des dégâts matériels considérables.

Critiqué pour sa gestion de la catastrophe alors que l'aide humanitaire peine à atteindre certaines zones reculées, le président philippin Benigno Aquino s'est rendu sur place ce dimanche. Comme il s'y est déjà employé au cours de la semaine écoulée, le chef de l'État a tenté de rejeter la responsabilité des problèmes sur les autorités locales coupables, à ses yeux, d'un manque de préparation.

À Guiuan, localité durement frappée sur le littoral de la province orientale de Samar, il a félicité le maire pour l'efficacité de la procédure d'évacuation de la ville, ce qui a permis de limiter le nombre de morts à moins de 100, en jugeant que cela contrastait fortement avec ce qui s'était passé dans d'autres endroits.

« Ailleurs, je préfère ne pas en parler. En tant que président, je n'ai pas le droit de me mettre en colère même si je suis déjà contrarié. Je m'en tirerai avec des aigreurs d'estomac », a-t-il dit.

Vendredi, les autorités philippines et les agences internationales estimaient à 900 000 le nombre de déplacés. Le chiffre a été spectaculairement revu à la hausse, on parle à présent de quatre millions de personnes.

D'après les Nations unies, près de 250 000 habitations ont été touchées, la moitié d'entre elles détruites par les rafales de vent et les pluies qui se sont abattues sur le centre des Philippines, principalement dans les provinces de Leyte et Samar.

Le gouvernement philippin recense par ailleurs 1186 disparus.

« On ne s'habitue pas à l'odeur de mort »

Notre envoyée spéciale aux Philippines, Sophie Langlois, est arrivée à Tacloban, la zone la plus touchée par le typhon.

« C'est pire qu'on peut l'imaginer. La dévastation est totale sur des centaines de kilomètres. [...] À Tacloban, il y a des rues entières où il n'y a pas de survivants, tout le monde est mort, soit noyé ou frappé par des débris. Et l'odeur est absolument épouvantable », raconte-t-elle.

Écoutez le témoignage de notre correspondante aux Philippines, Sophie Langlois :

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Vous pouvez aussi suivre Sophie Langlois sur Twitter : @SRClanglois.

« De la part du peuple américain »

Le risque de maladies respiratoires et de diarrhées est très élevé en raison des dégâts importants subis par les hôpitaux et les centres de soins.

« Il pleut beaucoup donc tout est humide. La qualité de l'eau n'est pas suffisante », a dit Jean Pletinckx, responsable des opérations de Médecins sans frontières après le passage de Haiyan.

« À Guiuan, la ville est complètement détruite. Il n'y a plus rien. Tout est cassé. L'hôpital est complètement rasé », a-t-il dit à Reuters.

Si la distribution de l'aide d'urgence s'organise, notamment par le biais des rotations des hélicoptères arrivés sur place à bord du porte-avions américain George-Washington, les habitants de certaines zones montagneuses difficilement accessibles continuent de souffrir de la faim.

L'ONU souligne que les informations en provenance de plusieurs provinces dans l'ouest de la région des Visayas demeurent « limitées » et que 60 % des habitants des villes de la province de Capiz, sur une île située à l'ouest de Tacloban, ont besoin d'une aide alimentaire.

« Je demeure préoccupée par la santé et le bien-être de millions d'hommes, de femmes et d'enfants qui sont toujours dans la détresse », a déclaré Valerie Amos, secrétaire générale adjointe de l'ONU chargée des affaires humanitaires.

À Cabungaan, un village de l'intérieur du district de Tanauan dans la province de Leyte, l'arrivée d'un hélicoptère Seahawk américain a représenté la première aide extérieure depuis le passage du typhon.

Enfants en tête, des villageois ont accouru vers l'hélicoptère à son atterrissage sur une pelouse non loin de leurs cabanes. Deux membres d'équipage ont alors déchargé des caisses d'aide portant l'inscription « De la part du peuple américain » en déclenchant des cris de joie et de remerciements de la part des habitants.

Depuis une semaine, les quelque 200 habitants du village se nourrissaient d'un repas par jour composé de « poisson séché, parfois de noix de coco, pas suffisamment de riz », a dit Richel Maballo, 19 ans. Suffisamment éloigné de la côte, le village n'a pas subi la hausse du niveau de la mer qui a dévasté la capitale régionale, Tacloban, et aucun mort n'y a été recensé.

Église sans toit

De retour dans les airs, un membre de l'équipage de l'hélicoptère, Jeremy Smith, a expliqué par écrit que cette distribution d'aide avait été calme « comparée à d'autres où des hélicoptères ont été pris d'assaut ».

En l'état, le gouvernement estime à environ 230 millions de dollars les dégâts matériels essuyés par l'agriculture et les infrastructures.

Si les agriculteurs ne reçoivent pas rapidement de l'aide, la facture pourrait croître, prévient l'ONU. En décembre et janvier, en effet, l'heure sera aux nouvelles plantations dans la riziculture.

Le secteur de la pêche, autre ressource alimentaire cruciale dans cette région, a également été fortement touché.

« La destruction de bateaux, de matériels de pêche, de bassins de pêche et d'équipements a privé de nombreuses familles de tout moyen de subsistance et fait chuter l'apport en protéine », a prévenu le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA).

Dans l'église catholique de Santo Niño, près du front de mer de Tacloban, où une partie du toit a été arrachée, des oiseaux volent au-dessus des fidèles. Parmi eux, Rosario Capidos, 55 ans, en larmes, qui serre dans ses bras son petit-fils de neuf ans, Cyrich.

Le 8 novembre, lorsque Haiyan a frappé, cette grand-mère s'était réfugiée avec des membres de sa famille dans sa maison. Quand l'eau a monté, elle a installé trois de ses petits-enfants sur une planche de polystyrène et les a emmenés à l'abri en traversant une rue inondée et charriant des débris en tout genre.

Sa famille a survécu. « C'est pour cela que je pleure, je rends grâce à Dieu pour m'avoir accordé une deuxième chance », dit-elle.

Reuters

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